Jour 55 ~De Crabtree Meadows à Tyndall Creek
14 km 600 D+ 500 D- durée 5 h 30 Le cœur du massif. Quand vous vous réveillez tôt et que la nature ce drape dans ce quelle a de plus beau, vous vous dites qu’être ici est une chance incroyable. La prairie de Crabtree Meadows est silencieuse, sans vent et les rares brumes de la rivière s’évapore dans l’air sec et mordant de la haute altitude. Les couleurs sont à dominante de bleu, un bleu un peu dur, froid, qui vous fait sentir le gèle au plus profond des os. L’azur du ciel se reflète dans le givre présent au sol, mais aussi sur les arbres, et le torrent. C’est majestueux et impressionnant. Ce cirque montagneux est un de ces endroits qui conforte dans le choix de marcher longtemps. Le soleil derrière le sommet du mont Withney éclaire les crêtes, et à-pics en un arc-en-ciel de teintes changeantes de minutes en minutes. Il fait moins 6 degrés ce matin et le réveil glacial est un des plus saisissants que nous ayons eu depuis le début. L’eau gèle en direct dans les gamelles, et les doigts malgré les gants commencent à trouver l’expérience pénible. Heureusement, nous sommes bien équipés et il n’y a pas de risque de se faire une gelure. Par contre, nous ne restons pas traîner au petit déjeuner. Plus tôt nous serons à marcher, plus tôt nous nous réchaufferons. En plus la montée en altitude permettra de se mettre au soleil. L’immense barre verticale des sommets à l’est, qui culmine à 4300 mètres s’interposant entre celui-ci et notre camp. Aujourd’hui, la progression devrait être plus tranquille. On a pour objectif d’aller camper au pied du col Forester situé à 4 000 m. Bon les puristes diront 3 999. Après il suffit de monter de un mètre à droite ou à gauche et vous voilà à 4 000 m. L’étape sera l’une des plus belles depuis le début de cette aventure. Nous restons au-dessus de 3100 mètres d’altitude toute la marche. C’est inimaginable pour un randonneur européen. À cette hauteur en Europe, vous seriez à côtoyer, voire à évoluer sur des glaciers. Vous pourriez être au pied des grandes Jorasses, ou à parcourir la plus longue portion du glacier Blanc dans le massif des Écrins ! Or ici, c’est forêts, prairies, et surtout neiges, mais sans crevasses. Un vrai luxe. Probablement qu’être à la latitude de Gibraltar explique cela. Après une rapide montée en sous-bois, au-dessus du campement, dans les pentes du Mont Young, et un premier chaussage de crampons dans des pentes gelées et bien raides, nous arrivons notre premier torrent du jour, Wallace Creek. L’eau est à 2 °C et le courant pousse fort. Le lit de la rivière est bien plat et permet un passage sans difficulté aucune. La seconde traversée, au niveau de Wright creek se fera, en restant au sec, mais au prix d’un scabreux exercice d’équilibriste sur un tronc, suivi d’un saut pour atteindre l’autre rive. Un troisième torrent, Tyndall Creek juste avant le campement sera plus sportif à franchir. Le courant est fort, à mi-cuisse, avec un départ les pieds nus dans neige, et une température bien basse. Nous sortons de celui-ci transis et rafraîchis ! Profitons, il paraît que les massages à l’eau froide sont bons pour les articulations douloureuses. Le point haut de la journée sera la traversée du plateau de Big Horn à 3500 m. Le site est incroyable, la vue à 360° sur l’ensemble des sommets de la Sierra Nevada, Mt Withney au Sud, Kaweah et Triple Divide Peak à l’ouest est monumentale. C’est grandiose, imposant, et ressemble presque à une cathédrale céleste. Ce cirque est des plus beaux que nous n’ayons jamais contemplé. Nous progressons sans trace aucune. Nous sommes seuls et le sentiment de solitude est palpable. Pas une présence humaine, que ce soit dans le ciel, les avions de ligne contournant la Sierra, ou sur les crêtes environnantes. Si nous avions eu le temps, c’est vraiment LE lieu où poser sa tente. Les levées et couchers de soleil doivent être grandissimes. C’est un endroit où l’homme est juste toléré, mais que celui-ci n’a ni conquis, ni domestiqué. Merci aux Américains d’avoir su protéger ces espaces vierges. Nous arrivons tôt au campement. Nous avons la chance de trouver des emplacements hors neige de quelques jours probablement, le sol étant encore mou de la fonte récente. Chacun s’installe dans une pastille à sa taille et nous creusons dans les congères des chemins pour que chacun puisse rejoindre son voisin sans se mouiller les pieds. L’ambiance est excellente et nous sommes tous un peu impatients de ce qui nous allons découvrir demain. Nous sommes maintenant dans Sequoia National Park, au début de la vallée qui va nous conduire au col Forester. C’est un passage mythique du PCT, point culminant de l’ensemble des 4200 km, mais aussi le premier ou dernier verrou dans la Sierra selon le sens de progression du hiker. Demain, nous nous réveillerons à 2h00 pour un départ à 3h00. Ça y est, le moment des levers tôt est arrivé. Keep Going J56 J55 Crabtree Meadows au levant j55 Départ du campement au matin J55 Sur le PCT, sur les flancs du Mont Young J55 Hélène regardant le chemin sur la berge en face, au loin le Whitney J55 Le Whitney, le maitre des lieux J55 L’immense barrière de haut sommet vers l’ouest J55 En route vers le plateau de BigHorn J55 Signalétique du John Muir Trail, commun avec le PCT J55 Début du plateau de BigHorn J55 Le cadre majestueux de BigHorn J55 Le plateau de BigHorn J55 Que des plus de 4000 mètres au loin J55 Préparation de franchissement du torrent Tyndall Creek J55 Hélène au campsite du soir J55 Janet au campsite du soir J55 Anthony au campsite du soir J55 Chloé au campsite du soir One step back Sierra Nevada One step forward
Jour 54 ~De CottonWodd Pass à Crabtree Meadows
26 km 850 D+ 1100 D- durée 8 h 00 Journée magnifique, mais usante tant sur le plan physique, que moral. Comme nous le craignions hier soir, le groupe s’est scindé en deux. Benjamin ne se sent pas à l’aise dans la neige et Tamara est trop pénalisée par ses micros spike et à peur de ne pas arriver à passer le col Forester dans deux jours. Ils ont décidé de sortir du PCT en rebroussant chemin après une longue discussion. Du col de Trail Pass, ils partiront vers le nord vers Horse Meadows, et feront du stop vers la ville de Lone Pine. De celle-ci, ils se rendront à Bishop, ou nous serons dans 3 à 4 jours. Après ce moment difficile où nous avons l’impression de perdre un peu de l’âme du groupe, nous nous remobilisons avec Hélène et préparons nos affaires. Nous nous levons plus précocement que d’habitude, et sommes concentrés. Le froid est bien présent et il ne faut pas rester statique nous peine de vite se rafraîchir. Le lever de soleil à l’est sur Trail Peak est un festival de teintes roses, orange. Quelques nuages couvrent l’horizon, mais ne devraient pas nous gêner. Après un départ enneigé, sans besoin de crampons, la surface étant durci par le regel, nous avançons en montée, puis descente avant de rejoindre les abords du lac Chicken Spring sous Trail Master Peak. Les vues ouvertes vers le sud sont maintenant en cinémascope et nous nous arrêtons régulièrement pour apprécier les paysages. Une grande partie de la matinée se déroule entre 3300 et 3500 m, crampons aux pieds. La progression est rendue complexe par le souffle court de la haute altitude, la marche dans une neige parfois traffolée, et une navigation au GPS obligatoire. Les prédécesseurs sont passés au mieux, en suivant les lignes de faiblesse du relief. Nous devons monter droit dans des pentes raides afin de retrouver le chemin, notamment quand celui se faufile entre des verrous rocher. Comme nous sommes les premiers à démarrer ce matin, il y a peu de traces et c’est par moment pénible. Au plus haut point de notre journée, à 3500 m, les paysages sont réellement exceptionnels, hauts plateaux désertiques, prairies ou pinèdes d’altitude. On sent que les conditions naturelles sont ici particulièrement difficiles. Après presque 5 h 00 de marche, au seizième kilomètre, nous rencontrons notre première vraie traversée de rivière ou « river crossing » un peu musclée au niveau de Rock Creek. Le torrent a un sacré débit, et l’eau passe au-dessus des genoux. Les bâtons, indispensable pour ne pas être déséquilibré, vibrent sous l’effet du courant. C’est le début d’une longue série. Pour beaucoup de randonneurs, c’est probablement ce qui est le plus craint. En cas de chute, le sac à dos, même si nous défaisons l’ensemble des sangles, risque de vous entraîner au fond. Sans penser aux conséquences qu’aurait ici la perte de ses affaires. Cela se passe bien et respectons les consignes, toujours trois appuis, et ne pas de se précipiter. Nous continuons à avancer et franchissons le col de Guyot à 3330 mètres en fin d’après-midi. La montée de 400 mètres pour y arriver se déroule dans un cirque majestueux sous le mont éponyme. Le chemin est remarquablement bien tracé et facilite la marche, même si les 100 derniers mètres sont bien raides. On sent la fatigue des plus de 50 jours de voyage qui se combine avec l’altitude. Il nous reste encore deux heures et un peu de 5 kilomètres à parcourir. Normalement, cela devrait se faire sans trop de difficulté, le PCT étant maintenant en descente jusqu’au campement. Sauf que la neige complique la progression, les prédécesseurs ont tracé droit dans les pentes raides. Elle est, en plus, fondue. Nous sommes méfiants à ne pas nous faire une entorse en nous enfonçons violemment entre deux cailloux. La fin de journée sera des plus désagréable. Nous descendons 100 mètres en moins de 400 mètres de distance. Il n’y a pas de vraies empreintes et un chemin bien glissant. Je fais l’erreur de ne pas prendre le temps de laisser Hélène mettre ses crampons. Celle-ci va se faire peur, alors que nous avons tous les outils pour que le PCT soit parcouru en sécurité. Pas très intelligent de ma part. C’est la contrainte d’une entrée précoce dans la Sierra, les traces sont parfois plus que pénibles et faites en dépit du bon sens ! Après avoir franchi, en équilibre sur un tronc d’arbre, la rivière Whitney Creek nous arrivons enfin. Janet, Anthony et Chloé sont déjà la. Le campement est immense et nous montons vite nos tentes, à la jonction entre le PCT et du chemin qui part vers le sommet du Mt Whitney. Nous ne ferons pas l’ascension de celui-ci, car en ce début de saison cela tient plus d’une course d’alpinisme, certes facile, que d’une randonnée tranquille. Nous prenons des nouvelles de Tamara et Benjamin avec la balise satellitaire. Ils sont bien arrivés à Bishop et tout s’est bien passé pour eux. Cool, nous sommes rassurés. Demain nous filons vers le site de campement du col Forester. Keep Going J 55 J54 Campsite du matin, au froid J54 Trail Peak au levant J54 CottonWood Pass au lever de soleil J54 Dans les pentes au dessus du Chicken Spring Lake J54 Vue sur Big Whithney Meadows J54 Siberian Pass Creek et au loin la Haute Sierra J54 Rock Creek J54 En montée vers Guyot Pass J54 Clairière sans nom J54 Et enfin le Mont Whitney J54 Lever de lune sur le Mont Hitchcock J54 Mont Withney au couchant One step back Sierra Nevada One step forward
Jour 53 ~De Death Canyon à CottonWood Pass
28 km 1100 D+ 600 D- durée 9 h00 Nous entrons dans le monde de la haute altitude. Nous ne redescendrons pas en dessous de 3000 m avant 3 jours. Nous savons que nous allons avoir une importante journée de marche. Nous serons au plus bas à 2900 mètres ce matin, en quittant le camp et nous serons au point culminant de notre étape ce soir. Ce sera une de ces journées incroyables que seul le PCT est capable d’offrir. Nous devons utiliser toutes nos compétences de randonneur, l’endurance, bien évidemment, mais aussi la résilience, car la solitude et l’éloignement de la civilisation n’ont jamais été autant présents. Le démarrage au matin se fait plutôt aisément, le sentier, fine trace sablonneuse, hors neige se faufile dans l’une des belles forêts que nous ayons traversées. Nous commençons sur une crête rocheuse, Sharknose Ridge, qui surplombe les vallées d’Owens et son immense lac, puis South Fork Ash Creek, et d’Ash Creek, où nous montons de 350 m de dénivelé en 1h 30. Les couleurs au lever de soleil sont magnifiques, et les températures pas trop chaudes permettent d’avancer rapidement. La forêt qui nous entoure est probablement multimillénaire. Les arbres sont torturés avec des branches en tourbillon de teintes ocre, jaunes ou blanches. Cette partie de Sequoia National Forest est connue pour abriter des espèces dont l’âge dépasse plus de 3000 ans. Nous ne passerons pas loin de conifères parmi les plus vieux du monde, entre 4500 et 5000 ans. Imaginer que des êtres vivants soient contemporains des Sumériens donne plus que le vertige. Sauf qu’ici aussi, les conséquences de notre immaturité d’humain commencent à menacer ces grands anciens. Malgré la montée en altitude, nous n’avons pas besoin de mettre les crampons pour progresser, la neige étant gelée et portante. C’est une vraie chance. À midi, nous arrivons au niveau d’une zone en descente, qui surplombe Ash Meadows. Nous décidons de nous arrêter avec Janet pour faire la pause déjeuner. Le lieu est incroyable, immense forêt, aux BritleScone de toutes tailles. Des troncs d’arbres morts, au sol, ou encore sur pied, dévoilent leurs anatomies torturées. Certains ressemblent à des débuts de tornades ligneuses figées. Il est impossible de ne pas être stupéfait devant la variété invraisemblable des formes tortueuses des bois secs. La densité de l’aubier et du duramen, remplis de résine leur permet de ne pas de se décomposer rapidement et certaines branches ont des âges évalués à 10 000 ans. Nous ne verrons pas les grands séquoias, mais nous observons, peut-être et sûrement, des lieux et arbres aussi spectaculaires et extraordinaires ! Nous recroisons Tamara et Anthony, qui reprenne le sentier, ils avancent plus lentement ce jour. Nous repartons tôt, et ne traînons pas. Nous savons que nous allons avoir une suite d’étape plus longue, le chemin ne faisant plus que monter à partir de maintenant. Nous allons devoir évoluer dans un environnement ou la neige va se faire plus présente. Rapidement, dès le col séparant Diaz Creek et Mulkey Creek, le PCT bifurque vers l’ouest. Il se faufile dans les escarpements de Trail Peak. Nous passons les cols de Mulkey Pass et Trail Pass. Les pentes encombrées obligent à chausser les crampons et la vitesse est sévèrement diminuée. Des congères sont formées et nécessitent moult acrobaties pour les franchir. Devoir grimper dans des sections raides avec nos gros sacs est usant physiquement et mentalement. Par contre, cerise sur la neige, nous avons la chance de voir un coyote à deux reprises dans Poison Meadows. Il va nous observer à environ 200 m pendant une dizaine de minutes. Nous avançons au mieux entre 1,5 et 2 km/h et commençons à trouver le temps long. Nous ne progressons plus qu’au GPS et à la visée directe des courbes de niveau, le PCT n’étant plus visible. C’est une sensation étrange que ce déplacement hors trace. Nous avons l’impression de vivre, un peu, ce que les pionniers ont connu il y a plus d’un siècle auparavant. Au vingt sixième kilomètre, nous profitons pour nous ravitailler en eau. Ce soir le camp sera sec, à 3380 m, au niveau du col de CottonWood pass, qui est complètement blanc, à l’exception de quelques rares zones permettant de poser les tentes. Ambiance fraîche. Il fait probablement zéro dès le coucher du soleil. Nous sommes seuls, avec Janet. Benjamin, Chloé, Tamara et Anthony sont plus lents et encore derrière nous. Nous sommes rejoints une heure après notre arrivée par Benjamin et Chloé. Tamara et Anthony seront encore plus tardifs, juste à la tombée de la nuit. Tamara a eu peur dans les pentes raides avec ses micros spikes. Nous espérons que le moral ne soit pas trop entamé. Demain nous filons au pied du Mont Whitney, le plus haut sommet des USA hors Alaska. Go to Canada J54 J53 L’incroyable chaine de la haute Sierra J53 Au loin le Whitney J53 Sharknose Ridge J53 Premier névé sur SharkNose ridge J53 Vue sur la vallée d’Owens et Owens Lake à l’est J53 THE Britlescone J53 le PCT dans le sud Sierra J53 L’arbre serpent J53 Tag PCT sur le chemin J53 Névès de petite taille J53 La forêt au dessus d’Ash Meadows J53 Pause midi J53 Un vieux Britlescone J53 Le graphisme incroyable des arbres morts J53 Et au loin des PCTistes J53 Entre ombre et lumière J53 Trail Pass J53 Horseshoe Meadows à l’est J53 Col sans nom dans les pentes de Trail Peak J53 Campsite à CottonWood Pass One step back Sierra Nevada One step forward
Jour 52 ~De South Fork Kern River à Death Canyon
25 km 1100 D+ 700 D- durée 8 h 00 Trois mille mètres. Aujourd’hui, nous continuons notre lente ascension vers les hauts plateaux entre 3500 m et 4000 m d’altitude, que nous allons franchir et côtoyer pendant plusieurs étapes. Nous savons que nous allons démarrer notre périple dans les pentes enneigées et un peu de tension est perceptible. Nous allons réellement avoir une idée de ce qu’il en est de notre forme physique, mais aussi de nos habiletés pédestres à évoluer dans des traces raides, avec un gros sac à dos qui déséquilibre. Nous passons aussi la barre symbolique des 3000 mètres dans la journée. Les choses sérieuses commencent. Nous quittons le campement tôt. Cela va devenir une constante de la Sierra. Nous allons devoir nous lever encore plus précocement dans peu de temps. Après un déjeuner sur notre table de luxe en marbre, nous partons un peu plus tardivement que Janet, Tamara et Anthony qui ont déjà plié bagage. Seuls Chloé et Benjamin procrastinent. Ce n’est pas bien grave, nous savons que nous devrions tous nous retrouver ce soir. Nous passons le pont de la rivière Kern dans le brouillard. Cela donne le ton. Nous avons vraiment l’impression de nous enfoncer plus avant dans la Sierra. L’ambiance est solennelle et nous avons la sensation d’un voyage sans retour possible. Après avoir longé la vallée Kern Fork Creek, nous bifurquons plein nord, en nous engageant dans Cow Canyon. La progression est facile, le chemin bien tracé, en pente douce dans une forêt de pins Ponderossa de tailles immenses, entre 40 et 50 mètres de hauteur. Nous avançons vite le long des flancs du Pic Olancha. Nous sentons que nous sommes en altitude et soufflons plus que d’accoutumé. La montée jusqu’à 3 255 m se fera dans la neige et nous devons mettre les crampons pour rester en sécurité. Les paysages sont très typés hautes plaines de montagne. Cool. À la côte de 2800 m, au kilomètre sept, nous quittons l’Olancha Pass Trail qui était commun avec le PCT. Nous continuons à avancer pour atteindre les pentes ouest du Pic Olancha après plus de 1000 d’ascension et 12 kilomètres. C’est notre première confrontation avec la neige. Le moment est particulier. Il n’y a plus de traces, et nous devons progresser « à l’aveugle » en nous fiant à la précision du GPS et de la carte. Nous sortons définitivement de notre confort de randonneur européen estival. Nous y sommes « into the Wild ». Plus de pas humain sauf les vôtres ou ceux, rares, des prédécesseurs quand nous arrivons à être sur ce qui devrait être le chemin. C’est une autre aventure qui démarre. Après un repas de midi, en groupe, au col sans nom, point haut de notre progression du jour, nous filons crampons au pied droit dans la pente, « dré dans l’pentu » comme dirait les savoyards. C’est étonnant la neige, malgré une heure tardive pour nos standards européens, porte et nous ne nous enfonçons pas. Il n’y a plus qu’a espérer que cela reste vrai pour le reste de la Sierra. Deux heures après ce moment tranquille, changement de ton. Un orage éclate et nous nous retrouvons à essayer de nous protéger de grêlons de la taille d’œufs de caille. Heureusement, nous trouvons un refuge entre des arbres. Nous ne sommes quasiment pas trempés. Par contre nous commençons à nous refroidir au bout de 30 minutes, malgré nos affaires chaudes. Le bivouac statique est vraiment un piège en montagne ! Il nous faut composer avec une nature brute et sauvage. Alors que nous sommes toujours à l’abri, nous voyons passer la rester du groupe qui ne s’est pas arrêté pour se soustraire aux intempéries. Ils sont bien humides et n’ont pas d’autres choix que de bouger pour se réchauffer. Nous embrayons avec eux, et reprenons notre avancée. Après vingt minutes, nous croisons Janet qui a dû monter sa tente en catastrophe pour se protéger. Malheureusement pour elle, son duvet et ses vêtements sont trempés ! Pas cool. Nous l’informons que nous allons marcher encore 6 kilomètres et nous arrêter plus loin. Celle-ci hésite à repartir. Après une heure de chemin facile, nous franchissons la rivière Dry Creek qui se fraye un passage dans Death Canyon. Nous nous chargeons en eau, car nous savons que le campsite sera sec. Nous faisons péniblement les 3 derniers kilomètres, et nous sommes bien contents de la fin d’étape. Nous sentons les effets de la montée en altitude et nos poumons confirment que nous sommes à 2900 mètres. Nous sommes rejoints une heure plus tard par Janet. Nous sommes tous rassurés de son arrivée, nous ne voulions pas prendre de l’avance sur elle. Le site de couchage est extraordinaire. Une forêt de pin BritleScone nous entoure de toute part. Leurs formes torturées au soleil du soir sont un plaisir pour les yeux. À l’ouest le Four Canyons va s’éclairer quelques instants permettant de capturer des photos cartes postales. Chloé et Benjamin ont décidé de faire un feu de camp. Chouette initiative et nous profitons tous du moment. Demain, nous aurons notre première grosse journée dans la neige. Keep Going J53 J52 Benjamin au réveil J52 Toilette du matin J52 La team au petit déjeuner J52 Le pont de la South Fork Kern River J52 South Fork Kern River J52 Monache Meadows J52 Au loin le campsite de la veille J52 Première neige J52 Pin Ponderossa J52 PCT vers 2800 m J52 Dans les pents d’Olancha Peak J52 Pause déjeuner à 3255 m J52 Première descente en neige J52 Genvrier Occidental J52 Le campsite du soir J52 Coucher de soleil sur Four Canyon J52 Coucher de soleil en cinémascope J52 Britlescone au couchant One step back Sierra Nevada One step forward
Jour 51 ~De Kennedy Meadows South à South Fork Kern River
23 km 900 D+ 400 D- durée 6 h 00 Ça y est, nous y sommes. L’ambiance à Grumpy Bear alterne entre excitation et crainte. Nous partons pour la Haute Sierra. L’aventure va changer de dimension. Nous avons lu partout que la période idéale de franchissement de ces vallées isolées commence à partir du 15 juin. Nous sommes un mois plus tôt et nous ne savons pas comment nous allons encaisser physiquement la marche continue dans la neige, en altitude de surcroît. C’est un vrai saut dans l’inconnu. Nous croisons les doigts pour que tout se passe bien. Nous ne sommes à peine qu’au tiers du chemin. La bonne nouvelle est que si cela se déroule correctement, nous aurons fait le plus dur, du moins sportivement. Mentalement, ce sera toujours difficile de continuer à avancer alors que nous pourrions procrastiner. Le départ se fait vers 10h00, dans le véhicule de chez Grumpy. Nous réussissons à monter à… 11 dedans. C’est clairement l’arlésienne. La voiture est prévue pour 6 personnes maximum. Nous sommes presque le double. Le conducteur nous informe que pour l’instant c’est son record. Après je ne vois pas comment entasser plus de monde, en sachant que cela représente aussi un volume de 10 sacs à dos. L’ambiance est à la plaisanterie et chacun y va de son « so close! » Après avoir roulé une dizaine de minutes, nous voici au départ. Un groupe de randonneurs parti plus tôt est présent. Une jeune femme est allongée sur le bord du chemin. Elle fait une hypoglycémie. Il semble qu’elle ait eu du mal à se nourrir ces jours-ci. Un autre hiker repart chercher de quoi manger et ils verront si cela s’améliore. Après les classiques photos de départ, la Team Fantastic se lance dans le grand inconnu. Le trail emprunte le même type de terrain que celui des deux étapes avant l’arrivée à Kennedy Meadows South. Nous marchons sur un sable fin dans une prairie aride plate le long de la rivière Kern. Nous allons la suivre presque toute la journée. Ce soir nous dormirons à côté de celle-ci. Avant de commencer l’ascension, nous avons un contrôle du permis PCT. C’est une première depuis le départ. C’est une volontaire de l’association du PCTA qui vérifie que nous ayons bien le sésame autorisant l’entrée dans le parc national de Sequoia que nous atteindrons dans deux jours. Elle contrôle aussi la présence des « BearCans ». Après le tampon validant la conformité de notre situation, nous avons droit à quelques conseils de prévention. Le leave no trace est de nouveau décliné sous toutes ses formes, toilettes, zone de camping, flores et faunes. Elle nous remet enfin, un sachet poubelle pour le papier hygiénique. Ça y est nous entrons dans Sequoia National Forest. Nous montons tranquillement et franchissons la rivière Kern au niveau d’un pont en bois. Nous sommes en montagne et l’altitude est perceptible. Nous passons les 2500 m dans l’après-midi et dormirons vers 2400 mètres ce soir. La végétation est une alternance de prairie et de forêt de pins. C’est réellement magnifique. Le mont Grag Peak nous domine de ses 2800 mètres. Le franchissement du col sans nom entre celui-ci et le mont Deer Mountain est saisissant. Devant nous s’étale Monach Meadows, la plaine est immense, les arbres s’arrêtent à ras de la zone humide et la rivière South Fork Kern ré apparaît. Elle a contournée Deer Mountain par son flanc est et nous par son flanc ouest. Nous rejoindrons celle-ci et campons à côté du pont permettant de l’enjamber une ultime fois, au bout de 6 kilomètres faciles, dans une ambiance magique. Nous arrivons au site de couchage que nous avons repéré sur la carte. Parfait, il n’y a pas d’autres randonneurs et les emplacements sont libres. Anthony nous informe qu’il a vu un ours noir en fin d’après-midi. Les conseils de la volontaire du PCTA seront utiles, leurs hibernations se terminent et ils commencent à se mettre en chasse de nourriture. Nous serons vigilants. Nous avons aussi observé nos premières marmottes. Ça y est, on est en montagne. Demain, nous aurons les premières montées au-dessus de 3000 m. Keep going. J52 J51 Au départ de Grumpy’s J51 La Team se prépare J51 Team Fantastic J51 Traversée de la South Fork Kern River J51 Clover Meadows J51 BritleScone J51 Monache Meadows J51 Au loin Olancha Peak, en neige J51 Première marmotte J61 South Fork Kern River One step back Sierra Nevada One step forward
Jour 50 ~Kennedy Meadow South
Zero Day Ce cinquantième jour est particulier. Nous devons préparer et organiser la prochaine étape. Celle-ci est unique. Nous savons que nous allons devoir marcher longtemps, en haute altitude et dans le froid. Nous ne connaissons pas l’état du sentier. Les seules informations que nous avons sont celles des randonneurs qui ont franchi la sierra… 10 jours plus tôt. Et comme ces données ont au minimum une semaine de décalage, elles sont à prendre avec un vrai recul. Nous discutons tous ensemble et j’explique ce que je pense être une bonne stratégie. Dans un premier temps, s’assurer que la météo garantisse de pouvoir passer à minima le col Forester, à 4000 m, sans mauvais temps, puis considérer que la neige sera omniprésente. Ce dont nous sommes surs, les prédécesseurs ayant marché entre 5 et 8 jours dans le blanc. Nous progresserons donc plus lentement. Nous préparons un avancement à l’identique de ce que les premiers ont vécu. Nous espérons qu’avec la fonte nous aurons des conditions plus clémentes. Nous décidons de prendre 8 jours d’autonomie. Cela correspond à sept jours d’avance dans la première partie de la Haute Sierra, auquel nous ajoutons une journée de sécurité. Chloé et Benjamin nous ont rejoints la veille, et vont partir avec notre groupe. Régis, par contre, attend des colis, avec tente et sac à dos. Il espère débuter au mieux dans 5 à 6 jours. Nous sommes donc 7, Tamara, Anthony, Chloé, Benjamin, Janet, Hélène et moi. Janet décide de nommer ce groupe la Team Fantastic. Paradoxalement, Janet sera la seule américaine. Cela nous va bien, l’ambiance est sympa et tout le monde est motivé. Nous sommes sur tous les fronts dès le matin. Nous déjeunons, puis dînons au restaurant Grumpy’s, où nous dévorons hamburgers géants de 25 cm de haut avec 3 viandes, avocats, puis milk shakes et pancakes d’un kilogramme. On arrive presque à finir nos assiettes, seul le pancake résiste. Il est vraiment effrayant et peu de randonneurs parviennent au bout de celui-ci. C’est un challenge bien connu que « the beast ». Les repas font au minimum entre 3000 et 5000 kcal. Hélène va d’ailleurs faire sensation en attaquant le burger Triple Crown Burger. C’est démesuré, colossal, un vrai scandale diététique. Celle-ci réussira à le terminer, à la grande surprise de la serveuse. Elle viendra dire à Hélène que c’est injuste, les randonneurs mangent de façon honteuse et malgré cela ils perdent du poids ! « It’s a shame, despite your incredible diet you’re losing weight! » En début d’après-midi, nous filons faire nos achats en remplacement de matériels usés, ou cassés, sans oublier le ravitaillement de nourriture pour 8 jours (plus un petit déjeuner). Nous allons au magasin de sport à proximité de Grumpy’s, le célèbre Triple Crown Outfitters. Il n’existe que pendant les 3 mois de la saison du PCT. Il est tenu par une randonneuse Yogi qui est triple Crowner. Elle ne fait pas l’unanimité dans la communauté des hikers, du fait de sa situation et du monopole local. Nous irons malgré tout au seul endroit permettant de se ravitailler. Effectivement, l’exclusivité autorise quelques écarts de prix et la facture est monstrueuse. Pas moins de 250 euros la semaine par personne de nourriture ! Pas le choix, c’est l’unique magasin à des kilomètres à la ronde. Nous repartons vers notre campement, et installons une pyramide de lyophilisées, barres, pot de beurre de cacahuètes sur la table de piquenique devant la yourte. Va alors démarrer une épreuve de Tetris consistant à faire rentrer 8 jours de nourriture dans les fameuses boîtes à Ours. Nous regardons et apprenons des autres randonneurs, les chips sont aplatis en fins copeaux, les sacs vidés de leurs surplus d’air, les Snickers rangées aux millimètres près en couche serrée dans le réceptacle. Nous nous retrouvons avec un mille-feuille extraordinaire de junk food. Nous finissons par y arriver, après une bonne heure de préparation, cogitation et surtout de patience. Et dire qu’il faudra fouiller dedans dans les prochains jours ! Nous trichons aussi, un peu, pas trop. Nous savons que la protection anti ours est obligatoire après la deuxième étape. Nous avons donc, 7 jours dans la boîte et 2 jours dans notre classique SakaBouffe. Nous suspendrons celui-ci dans les arbres comme à l’accoutumée. Ce n’est qu’au prix de ces petites concessions que nous arrivons à faire rentrer tout notre bazar dans les sacs à dos. Ils sont d’ailleurs devenues des enclumes, car s’ajoute à ce poids, piolet, crampon, et vêtement chauds. Pour ne pas nous miner le moral, nous ne pesons pas nos sacs. De toute façon, cela ne changerait rien au fait qu’il faille porter ceux-ci. Nous sommes prêts au départ pour la Sierra demain. La pression et l’excitation sont perceptibles. Nous regardons les randonneurs du jour partir. C’est rassurant, nous ne serons pas seuls. C’est aussi un rien stressant. Ils ne font pas les malins et les visages sont sérieux. Nous verrons bien. Go to Canada. J51 J50 L’ours de Grumpy’s J50 Grumpy’s J50 En route vers Triple Crown Outfitters J50 Triple Crown Burger J50 Douche et laverie J50 A la péche aux Hikers One step back Sierra Nevada One step forward
Jour 49 ~De Chimney Basin Road à Kennedy Meadows South
22 km 400 D+ 700 D – durée 5 h 00 KMS. Kennedy Meadows South. Lieu mythique dans la psyché des PCTistes, il clôt la section « Désert du Mojave ». C’est difficile de décrire ce moment. C’est un temps que nous attendions. C’est aussi un moment que nous redoutons. Nous avons entendu tant d’histoire de randonneurs qui se sont arrêtés avant, blessés, lassés, ou incapables de se remobiliser après un passage ici. Nous sommes à la fin d’une aventure et au début d’une autre. Le groupe se lève tôt et nous espérons atteindre l’objectif du jour avant midi. Cela permettrait de prendre le dîner au calme, et assis. Ce sera le cas, la team est motivée et fait les 22 km en 5 h 00. Il y a dans l’air une excitation et une inspiration différente des jours précédents. Des sourires de satisfaction sont présents sur les visages. La sensation de tourner la page est réelle. Jusqu’à présent le climat, les paysages variaient, mais au rythme lent des pas. Ici, brutalement, les montagnes et les plaines prennent une dimension nouvelle. Nous évoluons dans un environnement qui a encore changé. Comme si en quelques kilomètres, le désert acceptait enfin de nous libérer de son omniprésence. Nous observons au loin des falaises qui font penser au Yosemite. De grands pans granitiques peu escarpés, des pins immenses, un sol sablonneux plus jaune, des pics lointains de blancs vêtus nous entourent à 360°. Nous y sommes enfin dans THE Sierra. Nous traversons quelques forêts aux arbres éparses et voyons au détour d’un virage dans la plaine de South Fork Kern River un verrou d’une centaine de mètres de large. Passage géologique entre deux pentes de collines, il barre l’horizon. Le chemin grimpe en montée sur la rive gauche, notre droite, et franchit l’obstacle sans difficulté aucune. Nous savons que dès que nous serons dans la prairie, derrière, à longer la rivière, il n’y aura plus que 10 kilomètres de marche. Ce sera la fin d’une première grande page du PCT. Midi. Ça y est, nous foulons le bitume de Sherman Pass Road ! Le chemin continue devant nous, sans nous aujourd’hui. Nous prenons à droite et commençons à imaginer le repas de midi. Nous franchissons une série de tubes en acier qui raye la route pour empêcher les bovins de quitter leurs pâturages, saluons le panneau « leaving Sequoia National Forest » et accélérons le pas. Encore 1,5 kilomètre et ce sera la quille. Nous avons en tête les images des prédécesseurs, arrivant crasseux, barbus, hagards ou excités au Kennedy Meadows General Store sous les applaudissements des autres randonneurs. Notre passage ne sera pas aussi flamboyant. Peu de monde, et surtout des hikers épuisés et plutôt occupés à siroter leurs cocas. Nous sommes surpris du peu de personnes sur KMS et apprenons que nous évoluons dans une demi-bulle. Près de 70 PCTistes sont partis dans la Sierra il a 2 à 3 jours. Les premiers retours sont excellents. Il n’y a pas eu de demi-tour. Nous prenons commande et récupérons nos colis, dans lequel nous avons chaussures, vêtements chauds et boites à Ours. C’est un réceptacle résistant aux appétits des plantigrades, protégeant la nourriture. L’outil est efficace, mais abominablement lourd, 1,5 kilogramme de plastiques bleuâtres qui permet au mieux de ranger sept jours de victuaille. La consolation c’est que nous voilà maintenant avec un tabouret ! Après une pause bien méritée, le collectif prend place dans un mini bus pour aller à l’autre lieu mythique, Grumpy’s, ou nous resterons pour un zéro day. Le cadre et l’ambiance sont étonnants. Une vingtaine de randonneurs sont présents, mélanges détonants de hippies, de machines de guerre ultra affûtées, d’Américains en goguette et de rednecks locaux. Nous profitons du peu de hikers pour louer une yourte à cinq, Régis, Tamara, Anthony, Hélène et moi même. Le luxe absolu de pouvoir avoir deux nuits dans un vrai lit. Après nous être installés, nous filons faire toilettes, puis lessive en prenant notre temps, savourant d’avoir de nouveaux vêtements. Le top. Demain on commence à organiser le départ vers la Sierra, et nous nous projetons déjà corps et âme dans la suite du PCT. Keep Going. J50 J49 Départ aux aurores J49 Au loin les premiers dômes granitiques J49 L’immense vallée de South Fork Kern River J49 Des vues extraordinaires J49 Figuiers de Barbarie J49 Au loin le verrou avant la plaine de Kennedy Meadows J49 Il fait encore chaud J49 Hikers souriants J49 Sherman Pass Road J49 Arrivée au Général Store de KMS One step back Sierra Nevada One step forward
Jour 48 ~De Lamont Peak à Chimney Basin Road
26 km 1000 D+ 900 D- durée 7 h 00 Réveil matin peu habituel. Depuis 5 h 00, un oiseau au-dessus de la tente de Tamara et Anthony s’évertue à imiter le son d’une alarme de voiture. C’est probablement un petit Northern Mockingbird, ou Moqueur Polyglotte, de la famille des Mimidae. Il n’est pas bien gros en taille, mais a des capacités vocales étonnantes. Nous sommes sur son territoire et il nous le fait savoir. Pas besoin de montre pour avoir les yeux grands ouverts dans son duvet ce matin. Le lever est agréable et, malgré l’altitude de 2000 mètres, il fait déjà bon. L’étape devrait être facile, si la météo reste à l’identique des jours précédents. La température est fraîche aux aurores, puis plus élevée à partir de 14 h 00. On sent depuis quelque temps une montée progressive de la chaleur, mais qui reste supportable. Nous quittons le camp comme d’habitude à 6h30, en compagnie de Janet, le long des pentes de Spanish Needle. Nous filons plein nord sur une crête évasée en balcon au-dessus de Sand Canyon à l’est et de la vallée de Chimney Creek à l’ouest. Nous restons pendant les 10 premiers kilomètres à l’ombre des flancs ombragés, dans une forêt de pins Ponderossa. La journée va être une affaire de gestion des distances, de point d’eau en point d’eau. Nous sommes en permanence à choisir entre portage lourd et restriction hydrique. C’est un compromis constant, et on mesure à quel point il est important de ne pas se tromper. Les paysages sont inchangés, même si nous évoluons dans des collines au caractère de plus en plus alpin, excepté les animaux. Les lézards, mais aussi les rattle snakes sont toujours bien là. Le serpent à sonnette est un compagnon de route dont on se passerait bien. À chaque fois que l’on oublie sa présence, il se rappelle à vous ! Les arbres commencent par contre à être différents et nous croisons nos premiers forets de pins multi centenaires Britlescones. Ils sont impressionnants, troncs torturés et déformés, branches de tailles énormes. Ça fait plaisir de voir des coins de la Californie intacts. Cela nous change des forêts brûlées que nous avons traversées sur les sections précédentes. Même si la repousse de nombreux buissons a pansé les plaies, l’omniprésence des rameaux blanchis par le soleil rappelle la fragilité de la végétation en ces temps tourmentés de réchauffement climatique. Au détour d’un virage, Hélène réussit à s’assommer. Elle n’a pas vu une branche, et à une énorme bosse. Heureusement, la casquette a amorti une partie du choc. Décidément ce n’est vraiment pas la section qui lui aura été le plus agréable. Nous apprenons le soir que Régis, que l’on va rattraper dans l’après-midi c’est lui aussi cogné la tête sur le même arbre ! Au treizième kilomètre nous croisons Canebrake Road, piste en latérite perdue au milieu de nulle part. Celle-ci marque le début de la difficulté du jour. Nous allons devoir monter 750 mètres de dénivelée sur 6 kilomètres. Rien de bien extraordinaire, sauf que ce versant de Chimney Peak est intégralement pelé, cicatrice béante d’un ancien incendie. Nous allons avoir chaud et nous devons continuer à être économes. Nous profitons de la présence idéale d’une source pour remplir nos gourdes. L’eau est claire et abondante. Nous ne prenons que le nécessaire et referons le plein au seizième kilomètre, à Fox Mill Spring. Elle est située au 2 -ème tiers de montée. Nous nous ravitaillerons en quantité à celle-ci. Ce soir le campsite sera sec et nous devons anticiper. Les vues sur la Sierra Nevada sont maintenant plus proches. C’est immense et impressionnant. Au kilomètre vingt-trois, nous n’avons plus qu’une vallée entre nous et au loin les sommets de la Sierra qui domine sur l’horizon au Nord. Nous apercevons de nouveau des pics de plus de 3000 mètres, en neige. Nous arrivons à notre campement en milieu d’après-midi. Il est au bord de la route Chimney Basin Road, dans un fond de vallon aride et sans eau. Nous sommes aux portes de Sequoia National. Nous sommes presque au complet de ce que sera notre future équipe pour la traversée de la Haute Sierra. Régis, Janet Tamara et Anthony sont présents. L’ambiance est cool et on se sent bien plus serein. C’est le dernier couchage avant d’arriver à Kennedy Meadows. SoCal a déjà été une aventure incroyable. On verra la suite. Demain nous sortons symboliquement du désert ! Go to the North. J49 J48 En descente vers Sand Canyon J48 Pin Britlescone J48 Phlox diffus J48 Pin BritleScone, seigneur des lieux J48 En route vers la Haute Sierra J48 Lezard cornu, encore J48 Forêt du Sud Sierra J48 Bientôt la Sierra J48 Faiseur de veuve J48 En descente de Chimney Peak J48 Le camp site du soir J48 La Belgique aux pieds nus One step back Sierra Nevada One step forward
Jour 47 ~D’Owens Peak Wilderness à Lamont Peak
30 km 1300 D+ 1100 D- durée 8 h 00 Une de ces étapes magnifiques qui fait la magie du PCT. Après un départ vers 6h30, nous commençons par une courte montée sur les hauteurs de la montagne Morris Peak. Les couleurs sont remarquables. Sur le sentier nous croisons des fleurs de yucca d’une nouvelle espèce, dopée aux hormones, immenses et d’un blanc superbe, légèrement vanillé. C’est gratifiant et nous avons chaque jour notre lot de surprises. Nous avons clairement quitté le désert, même si le chemin reste couvert de poussière. La progression est maintenant sous l’aune des dénivelées. Il n’y a plus de section plate, à l’exception des rares fonds de vallée que nous franchissons. Nous sentons nettement que nous avons commencé à nous élever en altitude. Les collines s’apparentent plus à des « Pré-Alpes ». Les sentiers sont devenus exigeants en termes de pentes tant en montée qu’en descente. Et évidemment les genoux en font les frais. Les arbres sont de plus en plus impressionnants. Nous retrouvons une futaie proche de ce que nous avions connu sur les monts San Jacinto et Baden Powell, pins Ponderossa, à sucre et les premiers Britlescone. Ce pin endémique de la région du sud-ouest et de la Sierra Nevada va être un fidèle compagnon de randonnée durant plus d’un mois. C’est un arbre extraordinaire, le tronc et les branches sont torturés par le temps passé. Ils sont d’une longévité invraisemblable, les plus vieux ont 4500 ans ! La mixité avec les plantes du désert parfois encore présente crée une diversité unique au monde, et à chaque virage on ne peut qu’être impressionné. Nous aurons aussi la chance de bénéficier de la pause d’un lézard cornu qui consent à un gros plan photo des plus graphique. Il n’y a pas que la flore qui est incroyable ! Après avoir contournons Morris Peak par l’ouest, nous franchissons un petit col sans nom, et arrivons sur le flanc est du mont Jenkins. En quelques mètres on se retrouve au-dessus de la plaine gigantesque de la vallée d’Indian Wells vers l’est, que nous surplombons de plus de 1000 mètres. Un nombre important de canyons se jette dans celle-ci, Buena Vista, Manuel, Morris et Indian Wells Canyon. Les pentes sud de ce dernier sont des à-pics immenses de granit grisâtre. Ce sont les premières falaises de la Sierra que nous contemplons. Au vu de leurs grandeurs, on n’ose imaginer la suite. Les vues sont à couper le souffle. Le trail poursuit son avance dans les fonds de vallées puis le long des talwegs. Les ouvreurs ont taillé, probablement à l’aide d’explosif le chemin. L’aspect minéral est maintenant omniprésent. Au dixième kilomètre nous franchissons de nouveau un col sans nom, point haut d’Indian Wells Canyon, et basculons en face ouest, sous Owens Peak. Nous longerons celui-ci pendant plus de 10 kilomètres. Cette face est aussi le départ d’immense canyon, Berts, Cow, et Spanish Needle Creek qui se jette dans la vallée vers Lake Isabella. L’ascension des pentes de ce torrent sous le pic Spanish Needle va être à être à l’origine d’une surprise des plus désagréable. Nous avions prévu de dormir sur le campsite à mi-montée. Les commentaires du topo étaient plutôt engageants. Funeste erreur. Le site est à peine grand pour une tente une personne et surtout boueux. Impossible de pouvoir rester. Nous décidons de poursuivre le chemin, en plein soleil couchant vers l’ouest. L’absence d’ombre et la rigueur de la pente seront pénibles et Hélène a, durant cette montée, une énorme baisse de motivation. Après 47 jours de vie en plein air, c’est juste étonnant que ce moment de ras-le-bol ne soit pas arrivé plus tôt. Nous arrivons enfin à un col à 2000 m. Des randonneurs sont déjà présents, et ont installé leur tente en mode seul au monde. Il occupe à eux deux les emplacements d’au moins trois sites ! Pas cool. Heureusement, nous trouvons avec Janet un peu plus loin un espace agréable avec vue imprenable. Nous serons rejoints 2 h 00 plus tard par les deux Franco-québécois, Tamara et Anthony. Ils ont eux aussi été piégés par le tente site bidon décrit dans le topo. Nous avions laissé un endroit disponible, du coup ils s’installent avec nous. Demain nous poursuivrons dans ces collines, en espérant que nous ne serons pas en difficulté après l’énergie importante que nous avons dépensée ce jour. Keep going. J48 J47 Au départ de Morris Peak J47 Indians Wells Canyon J47 Randonneuses contemplatives J47 Buena Vista Canyon J47 Nolina parryi S.Watson J47 Lezard Cornu J47 Floraisons exceptionnelles J47 Les vues exceptionnelles sur Indians Wells Valley J47 Dernière vue sur le Mojave J47 Le col avant d’arriver dans les pentes du Pic Jenkins J47 Dans les pentes du Mont Jenkins J47 La laitue rouge de Mineur en séchant J47 Janet et Hélène, Col sans nom au dessus d’Indians Wells Canyon J47 Emgan et Hélène J47 Fleurs d’Asters J47 Sous le pic Spanish Needle J47 Bloom flower J47 Coucher de soleil sur la Californie J47 Le camp site du soir J47 Fin de journée entre ombre et lumière One step back Sierra Nevada One step forward
Jour 46 ~De Walker Pass à Owens Peak Wilderness
5 km 400 D+ 0 D- durée 1 h 30 Nero Day. C’est décidé, on repart aujourd’hui. Nous ferons une matinée et une après-midi tranquille, puis nous irons sur le chemin. On laisse les pieds cicatriser des micros traumatismes accumulés, lors des étapes précédentes. Ce n’est pas un luxe. Si on ne fait pas attention, on finira pas se blesser. C’est un marathon ce PCT, pas un 100 mètres. Nous dormons deux heures de plus que d’habitude, puis on se lève… à 7h00. Le corps est tellement habité maintenant que nous avons l’impression d’avoir fait une énorme grasse matinée ! On file manger avec Janet en ville, à l’Américaine. Le repas est pantagruéliques pancakes, œufs pochés, lards, saucisses, café à volonté et chocolat chantilly. Pas très diététique, mais sacrément efficace pour recharger les batteries. Nous allons ensuite faire le ravitaillement. La nourriture est hors de prix, nous payons au tarif le plus élevé que nous ayons rencontré sur le PCT pour l’instant : 170 euros pour 3 jours et pour deux. Ça calme. Bon après on n’a pas le choix. Mais les achats sont très peu « hikers friendly » à Lake Isabella. Nous aurions sûrement dû aller à RigdeCrest. Les autres PCTistes qui ont fait ce choix nous ont confirmé que la ville est bien plus sympathique. Tant pis, c’est aussi cela le chemin. Tout ne peut pas être parfait. De retour au camping, nous faisons de nouveau le déconditionnement/reconditionnement de la nourriture. Encore une fois, nous sommes impressionnées par la quantité de plastiques et de déchets. On est clairement dans un drôle de moment de civilisation ou le paraître prédomine sur le bon sens. Certains gâteaux sont en triple emballage, carton, puis plastique, puis plastique. Au secours ! À midi, joue décidons de commander une pizza sur les conseils du gérant. Ce sera n’importe quoi. À l’appel le restaurant nous donne un délai de livraison qui nous permettra d’arriver vers 15 h 00 sur le chemin. Au final il mettra 3 h 00 pour nous amener des plats froids et on ne démarrera que vers 17 h 00. On ne peut que déconseiller Lake Isabella, propriétaire du camping peu sympathique, prix prohibitif et possibilité de se nourrir limitée. Heureusement le stop se passe bien mieux. Un jeune de 23 ans, local, nous conduit au col de Walker Pass, en faisant un détour. C’est un ancien Marine qui a fini son temps militaire. On le sent touché par ce qu’il a vécu. Je devine qu’un PTSD (Post-traumatic stress disorder) est sournoisement à l’œuvre. Il est à vouloir aller ailleurs, la vallée de son enfance est devenue inhospitalière. Malgré la disparation des habitants, les rares logements sont trop chers. La frustration s’entend dans son discours. Il part dans deux jours dans le Texas pour aller travailler dans l’eldorado américain de l’Oil and Gas. Ce n’est pas toujours facile de rester dans les zones rurales désertiques. Nous lui souhaitons de réussir. Il nous dépose précisément où nous sommes sortis la veille et nous le remercions chaleureusement. Au trailhead, nous croisons une française, Pain Perdu et son compagnon qui ont fait le PCT en 2021. Ils proposent un TrailMagic. Top. Nous buvons une canette et repartons rapidement. Merci à eux. Après un dernier regard vers Walker Pass, nous rejoignons par une ascension bien sportive la crête en balcon qui serpente vers Morris Peak. Au premier campsite, nous ne pouvons nous arrêter, un couple franco-canadien est installé. Il n’y a pas la place pour deux autres tentes. Nous discutons un moment avec eux. Ils ont déjà rencontré et marché avec les Français que nous avons croisés il y a quelques jours, Benjamin et Chloé. Nous continuons deux kilomètres de mieux et arrivons à un emplacement qui devrait convenir. Nous hésitons à aller plus avant. Après conciliabule à trois, nous concluons que ce serait déraisonnable de poursuivre. Le prochain campement semble peu accueillant. Nous posons la tente sur un col, à cheval sur la crête qui surplombe Freeman Canyon à l’est et Three Pines Canyon à l’Ouest. Nous croisons les doigts pour que le vent ne lève pas. Le coucher de soleil est majestueux et nous continuons à nous émerveiller de ces paysages en cinémascope. Demain, nous entamons les 3 étapes dernière étape pour arriver au lieu symbolique qu’est Kennedy Meadows South. Nous sommes bientôt aux portes de la Sierra. Go to canada J47 J46 Walker Pass J46 Au départ de Walker Pass J46 CampSite du soir One step back Sierra Nevada One step forward