Jour 45 ~De Bird Spring Canyon Road à Walker Pass
33 km 1000 D+ 1100 D- durée 7 h 30 Le réveil a une saveur particulière. Nous savons que nous arriverons aujourd’hui à Walker Pass. Le col est un de ces lieux qui marque l’avancée sur le PCT. Il est, plus que le départ de Tehachepi, un moment où les modifications géographiques sont rapides. Le désert est toujours présent, mais plus lointain. Les dénivelés sont maintenant plus proche de ceux que nous connaîtrons dans une semaine. Les couleurs changent vite, et certaines vues sur les montagnes au loin invitent à la contemplation. À Walker Pass, nous irons à Lake Isabella, ou nous ferons ravitaillement, toilettes et lessives. C’est devenu une part importante de l’aventure ces passages en ville. Nous vivons ces moments comme autant de découvertes de l’Amérique. La nuit a presque été sans particularité. Hélène a de nouveau son matelas qui fuit. Ce n’est pas surprenant dans cet environnement bourré d’épines de tous calibres, tailles et formes. Par contre c’est pénible. Malgré des précautions d’usage, nettoyage de l’intérieur bi quotidien, utilisation de protection supplémentaire sous la tente, c’est difficile de ne pas percer nos couchages. C’est d’ailleurs pour cela que certains randonneurs optent pour un confort diminuer sans risque de crevaison, et utilisent des matelas en mousse. Nous, nous préférons assurer notre bien être nocturne. Il est garant de notre bonne récupération physique. Nous prendrons le temps de faire le nécessaire dans quelques heures, en espérant que rustines et colles permettront de résoudre le problème. Nous démarrons par une ascension magnifique sur les flancs sud du mont Skinner Peak qui nous domine. Les 550 mètres sont rapides et moins de 6 kilomètres plus tard nous sommes à moins de 30 mètres sous le sommet que nous contournons par la face est. Les vues sur Horse Canyon que nous surplombons sont magiques. Nous avons les couleurs de l’heure d’or si chère aux photographes. Elles teintent les pentes arborées de toute la palette des rouges, jaunes, oranges qui existent. Minutes éphémères et incroyables. Nous continuons à évoluer dans un environnement de colline et les paysages changent peu. Au détour d’un col, nous avons soudainement une vue sur la Sierra et le mont Whitney. Les sommets sont à la fois proches et distants. L’endroit est vraiment extraordinaire. C’est le dernier moment ou nous voyons les montagnes enneigées au sud, marches lointaines, tout en devinant les prochaines aventures qui se dessinent au loin. C’est encore bien blanc et nous sommes maintenant sûrs que dans une semaine nous marcherons dans la neige. Nous continuons à alterner entre versants secs et fleuris. Les plantes commencent à faner et les pentes se ressemblent de plus en plus. On sent que le printemps est en train de céder à l’été. Ce sera bientôt compliqué d’avancer. Nous n’osons pas imaginer l’épreuve que constituera le PCT sous 30 degrés à l’ombre dans quelques mois. Pour nous c’est déjà chaud, alors qu’il ne fait que 18°. Nous sommes en mode cuisson lente dans les faces exposées. Cela va être l’enfer ici. Nous ne regrettons pas notre départ début avril. Depuis deux jours nous marchons, et ce quelle que soit l’altitude, sur du sable. Les collines sont des chaos de granit de toutes formes et le sol une arène granitique gigantesque. C’est usant pour les pieds. Heureusement, nous sommes de plus en plus affûtés physiquement et la progression est efficace. Par contre cela coûte sacrément en énergie et il est temps de pouvoir ingérer une énorme quantité de calories pour renflouer les organismes. Après avoir évolué le reste de la journée sur une crête ouverte qui franchit plusieurs départs de canyons immenses, Sage, Boulder, Cow Heaven, Smith, nous arrivons au vingt cinquième kilomètres au départ de la descente de Walker Pass. C’est étonnant, on a l’impression que le chemin se jette littéralement dans de grandes pentes sans fonds. C’est presque le jumeau de la montée de ce matin, 500 mètres pour 7 kilomètres. L’environnement est austère, orienté plein ouest. L’avancée est une vraie épreuve. Il n’y’a plus d’air, un soleil de fin d’après-midi omniprésent, et plus du tout de possibilité de se ravitailler en eau. Ce sera par moment franchement pénible. Les couleurs, la persistance du bloom flower compensent et nous progressons du mieux que nous pouvons. Nous rattrapons Janet en cette fin de journée. Elle était partie plus tôt ce matin. Elle n’était pas sereine sur ses capacités physiques. Elle doutait d’arriver à marcher 20 miles en plein soleil. En pratique, elle est fatiguée ce soir, mais avance encore d’un bon pas. À 64 ans, c’est une vraie machine. Nous sommes enfin à Walker Pass après moins de 8 h 00 de déambulation, vers 16 h 00. Nous apprécions de ne pas être tard. Cela va nous permettre de faire du stop facilement et d’aller au camping de Lake Isabella. Le lieu est grand et bien conçu. Par contre, le gérant, un ancien militaire, accueille Janet froidement. On devine que les PCTistes sont une population qu’il tolère et que nous ne sommes pas plus bienvenues que cela. Peu importe, la pelouse est plate, verte, et à l’ombre. Un vrai golf. La douche est trois étoiles, même si nous devrons la prendre 3 fois pour être enfin propres. La lessive est faite rapidement, aidée par d’autres campeurs qui nous donnent de la poudre. Pour le repas du soir, nous filons en ville à pied. Nous sommes, avec Hélène scotchée. Lake Isabelle est une veille fantôme, dont on devine la gloire passée du temps de la ruée vers l’or. C’est triste et empreint de nostalgie. Le restaurant est vide et nous ne serons que 6 dans une salle pour plus de 50 personnes. Par contre, les plats sont un cran au-dessus des sacro-saints burgers. Le barbecue du soir est succulent. Nous remontons au camping en stop. Le conducteur est indescriptible. D’un âge indéterminé, il nous raconte dans un nuage de fumée cannabique ses souvenirs de Wood stock, sa tentative de traversée du PCT et de l’Europe en 1970 !! Le moment est exceptionnel. Avoir 20 ans et être
Jour 44 ~D’Harris Grade Spring à Bird Spring Canyon Road
32 km 900 D+ 1200 D- durée 7 h 00 Quelle journée ! Nous avons eu droit à une solide confrontation au climat local. Et on doit admettre que celui-ci est sans concessions. Nous nous réveillons comme de coutume à 5 h 00, et quittons notre lieu de couchage à 6 h 30, sans nous presser. On devient de plus en plus redoutable. J’aurais même le temps de faire des photos extraordinaires du lever de soleil. Je ne suis pas seul et d’autres randonneurs sont assis au sommet des blocs, qui méditant, qui faisant du yoga. Nous sommes dans un de ces endroits sur terre où tout est à sa place. Il est difficile de ne pas être mystique dans ces moments. Nous filons à notre première cache d’eau dans des paysages que l’on connaît bien maintenant. Nous sommes sur une crête sablonneuse, la végétation continue à nous surprendre. Les pins sont toujours omniprésents. Par contre, les buissons entre ceux-ci sont devenus des cactées de grande taille. Les yuccas font facilement jusqu’à deux mètres de haut. Quant aux efflorescences de ceux-ci, les tiges se hissent vers le ciel sur des hauteurs encore plus conséquentes. Nous bifurquons de nouveau vers le nord après la section d’hier, ou nous avancions plein est. Nous sommes encore une fois surpris. Les floraisons du désert se suivent, mais ne ressemblent pas. À chaque changement d’orientation, ou de versants, la végétation est différente. Après des bouquets jaunes de toutes tailles et formes, puis des lupins, nous voyons pousser d’autres essences, en particulier, des onagres californiennes, probablement Oenothera californica, qui offrent un spectacle magique de tapis fleuris au sol. Les zones nord et sud ont des nuances qui sont proches de tableaux psychédéliques, auxquels s’ajoutent des teintes rouges de fin de poussée. C’est étonnant. En quelques jours nous voyons des palettes colorées apparaître, disparaître en une compétition effrénée. Il y a encore une semaine à peine nous étions sous la neige, et maintenant certaines plantes commencent à sécher sous les rayons du soleil. Nous arrivons à une réserve d’eau à Dove Spring Canyon Road, constitué de milliers de litres en bouteille déposés par un Trail Angel. Le lieu est clé, au dixième kilomètre. Ce sera l’unique source, et nous devons être rigoureux. Le ravitaillement suivant est au prochain campsite dans 25 kilomètres. Ce sera aussi une water cache. Cette section se prolonge sur une portion longue qui peut être très sèche. En saison chaude, le parcours oblige à être autonome sur des intervals de plus de 30 kilomètres ! Après avoir reconstitué nos réserves d’eau, et nous être bien chargés pour l’après-midi, nous repartons et passons la distance symbolique des… 1000 km. C’est à la fois impressionnant, et pourtant ce n’est à peine que le quart du PCT. Nous sommes maintenant officiellement des Thru hikers ! Au seizième kilomètre, pour la pause dîner, nous arrivons sur une route, qui dessert une ancienne mine abandonnée. Ce sont, en dehors des chemins, les rares traces de présence humaine. Nous nous installons, Janet, Hélène et moi à l’abri d’un groupe de Joshua Tree. Incroyable nous avons du réseau téléphonique. Nous en profitons pour appeler en visio notre fille au milieu d’un des lieux les plus isolés qui soient. Malheureusement, notre deuxième fille ne décroche pas. Il doit être plus de 22 h 00 en France. Si ce n’est pas beau la technologie ! Celle-ci est surprise et apprécie la vue en direct. Elle nous encourage. Cela fait un bien fou au moral. Le reste de la journée se poursuit dans les collines les plus arides qu’il nous ait été donné de traverser jusqu’à présent. Les arbres Joshua trees sont maintenant à couvrir les flancs des montagnes en groupe éparses, pas encore des forêts, mais presque. Nous évoluons dans vrai décor de western, herbes rases, buissons isolés, en boules rondes, terres ocre. Le ciel d’un bleu profond ajoute à ce décor une teinte qui renforce la sensation d’immensité. Il est difficile de ne pas s’extasier à chaque virage. Pour finir cette journée, nous inaugurons notre première tempête américaine à 2000 m d’altitude sur un plateau gigantesque. Au loin, nous voyons les nuages s’éventrer et déverser sur les plaines des millions de litres d’eau, dans une fureur de fin du monde. Il ne s’agirait pas que celle-ci se fâche sur nous. Loupé !! Après avoir vu sur notre droite, puis notre gauche les orages se déchaîner, ceux-ci décident de s’unir. Ils déchargent leurs trop-pleins de rages et d’électricité sur le mont Wileys Knob, à moins d’un kilomètre de nous. Honnêtement, on ne fera pas les malins, entre éclairs et sons, au plus près nous serons à moins d’une seconde des traits embrassés de lumière qui fissure l’air en des explosions assourdissantes. Ajoutez à cela, une pluie diluvienne et des températures qui ont dégringolé de vingt degrés en quelques minutes. La progression se fait dans une ambiance tendue. Janet et Hélène se fient à mon expérience de montagnard et avancent rapidement pour se mettre en sécurité dans les pentes basses nord-est qui semblent plus épargnées. C’est le cas, nous soufflons ! Cela fait une fin de journée bien sportive. L’obligation de marcher, malgré le vent, le déluge et la nécessité d’accélérer, nous a bien fatigués ce soir. Nous n’avons heureusement pas trop souffert du froid et de l’humidité sur cet épisode inattendu. Nous montons nos tentes à Bird Spring Canyon Road. Le nombre de randonneurs est impressionnant. La mésaventure climatique brutale a incité tous les hikers à la prudence, et la présence d’eau est comme une évidence. Ce sera arrêt ici pour tout le monde, et ce d’autant plus que la suite du chemin se fait le long des flancs de Skinner Peak sur plus de 500 mètres d’ascension. Demain nous atteindrons Walker Pass, et Lake Isabella, enfin. Il nous tarde de pouvoir nous laver et nous reposer. Go tot the North. J45 J44 Lever de soleil sur Harris grade Spring J44 Hiker contemplatif J44 Entre ombre et lumière J44 Dans les collines de Pinyon Moutain J44 En route vers Dove Spring
Jour 43 ~De Back Canyon Road à Harris Grade Spring
31 km 1300 D+ 900 D- durée 7 h 00 Quelle nuit incroyable ! Pas de vent, aucun bruit autre que ceux de la faune sauvage qui est plutôt discrète, probablement du fait du grand nombre de randonneurs. Nous nous réveillons tôt, vers 5h30. Comme il ne fait plus froid, le rangement des affaires est rapide. Trente minutes plus tard, les sacs sont prêts. Cool, cela nous laisse le temps de déjeuner tranquille. On sait que nous avons un peu plus de 30 km à marcher. Autant profiter des moments de calme. Le départ se fait vers 6h45 et nous filons à la fraîche vers la première source du jour. Nous n’avons plus d’eau, l’étape de la veille étant très sèche. Janet est partie devant. Nous avons convenu de nous attendre pour la pause déjeuner de midi. Nous progressons entre versants boisés avec pins et chênes verts et prairies au sud de Sorrel Peak. Nous arrivons à la fontaine. Incroyable, celle-ci est déjà tarie !! C’est ce que nous ne voulions pas connaître. Devoir avancer sans eau dans un environnement aride et peu accueillant. Nous allons devoir faire presque 12 km avec juste 250 derniers millilitres pour deux. Contre mauvaise fortune, bon cœur ! Il ne fait pas trop chaud, et le chemin progresse sur les flancs ouest. Nous sommes heureusement à l’abri des rayons solaires. Cela se fera sans difficulté. Nous pouvons remercier nos organismes rodés depuis maintenant presque 2 mois. Nous sommes devenus capables de réguler les allures pour nous économiser, tout en avançant sans trop traîner. La prochaine source semble fiable, nous devrions pouvoir compter dessus. Nous arrivons au point d’eau. Celle-ci est claire et le débit abondant. Du bonheur. Nous percevons la chance de la présence de cette eau salvatrice. Sans elle, la suite aurait été pénible. Nous commençons par nous réhydrater, et buvons presque un litre chacun. Après, nous prenons le temps, tranquillement, de compléter nos gourdes. Par chance, nous n’avons pas à nous charger inutilement. Le reste de la section est normalement pourvu sur la carte. Effectivement nous verrons plusieurs sources. Janet qui est présente nous a attendus. Nous repartons ensemble. Au vingt quatrième kilomètres, nous croisons un chemin, Piute Mountain road qui mène à une fontaine 500 mètres hors du PCT. Nous laissons Hélène et Janet et moi filons faire le plein d’eau à Landers Creek. Nous savons que le campement de ce soir est sec, et nous ne voulons pas reproduire l’erreur d’hier. Le site est magnifique, prairie verte enchâssée dans un écran de forêt de taille modérée. Régis dormira ici, et verra de nombreux cerfs. Pas étonnant, le lieu respire le calme. Je me charge de 6 litres et remontons. Nous rencontrons plusieurs autres randonneurs qui font de même. Au croisement du chemin et du PCT, Hélène est devenue préposée à la surveillance des sacs à dos que les hikers ont laissés. Effectivement, faire la marche avec les sacs à l’aller et au retour est inutile. Nous avons fait à l’identique. Nous repartons, après qu’Hélène se soit réhydratée, pour onze kilomètres. Les paysages se modifient progressivement, les collines prennent de l’altitude et ressemblent de plus en plus à des contre forts de montagnes que l’on devine proches. Les forêts sont omniprésentes, composées de pins immenses alternants avec des de chênes centenaires. Le chemin est facile, et nous avançons vite, à l’exception des franchissements sportifs de quelques arbres au sol. La journée est tranquille. La forme est là, et nous en profitons. Des amas rocheux de granit créent des chaos aux structures torturés qui obligent à faire de nombreux virages. Nous arrivons tôt au campement à Harris Grade Spring, vers 16h30, et apprécions de pouvoir nous poser pour souffler. Nous commençons par nous occuper de nos pieds qui sont couverts de poussières et de sable. Ils ont souffert avec les frottements répétés et l’usure qui se majore du fait de la silice dans les chaussettes. Il serait vraiment souhaitable de pouvoir se laver. Sauf que, ce sera au mieux dans deux jours et 65 km. Ça va être sportif. L’eau est précieuse et la propreté un luxe. Demain, nous continuons vers le nord. Encore un effort, nous serons à Walker Pass bientôt. Go to North. J44 J43 Campsite au matin J43 Au départ de Back Canyon Road J43 Alpages au matin J43 Vue sur Kelso Valley J43 Pins immenses J43 hikeuse en forme J43 Granit cuit par le soleil J43 Forêt & sols désertiques J43 Dans les fôêts sous Sorrel Peak J43 Hikeuses en pause J43 Chaos rocheux vers Harris Grade Spring J43 Pause podologie au CampSite du soir J43 Chaos rocheux et emplacement de tente J43 Camp Site du soir One step back Sierra Nevada One step forward
Jour 42 ~Pine Tree à Back Canyon Road
26 km 700 D+ 900 D- durée 6 h 30 Il n’y a plus de vent. La nuit a été des plus agréables. Avec la fatigue de l’étape de la veille, nous avons dormi comme des enclumes. Nous sommes maintenant obligés de mettre les réveils, sous peine de ne plus nous éveiller. C’est bon signe. Nous entendons celui-ci à 6h00. Le soleil n’est pas encore levé. Dès que nous sortons de la tente, celui-ci vient nous réchauffer. Hier soir nous avons positionné plein est notre abri afin de bénéficier des premiers rayons du matin. L’initiative fonctionne et est appréciée. La journée s’annonce sous de bons auspices, et ce sera le cas. Après un déjeuner rapide, et un rangement efficace des affaires, nous démarrons avec célérité. Nous faisons les premiers kilomètres en étant prudent. Il ne nous reste plus beaucoup d’eau. Bonne nouvelle, nous n’avons pas fait d’erreur d’évaluation des quantités nécessaires à la progression. Nous arrivons à la fontaine avec un fond de bouteille, mais pas à sec. Après plus de trente kilomètres, c’est appréciable. Nous y retrouvons Janet. Cela fait une heure qu’elle filtre. Elle a opté pour un dispositif de petite taille, le même que celui que nous avions au début. Pour être honnête, on s’en est vite débarrassé. Son débit est trop faible pour les quantités importantes que nous avons à nettoyer, et perdre une heure de temps, juste pour 30 grammes de plus dans le sac à dos est pénible. Elle finit son pensum du jour en utilisant le nôtre. En discutant, elle nous confirme qu’elle n’a pas trouvé l’emplacement la veille et a dormi un mile plus loin. Nous décidons de répartir en groupe et quittons le point d’eau salvateur bien chargé, soit six litres pour moi et trois litres pour Hélène. Le reste de la journée et une partie de la matinée de demain seront sans sources. Il est important de ne pas faire d’erreur. Nous payerions celle-ci cash ! Le chemin poursuit sa lente progression dans les collines. Celles-ci ressemblent par moment à s’y méprendre au sud de la France : nombreux chênes verts, prairies verdoyantes et quelques pins. Étonnant. L’omniprésence des yuccas nous ramène rapidement à la réalité du PCT. Dès que nous quittons les forêts ombragées, nous sommes dans un désert. Le soleil est impitoyable et les montées sont moins toniques. Nous recommençons à avoir chaud. C’est top. Nous sentons aussi l’influence de la Haute Sierra plus au nord, le chemin se fait plus alpin. Les lacets sont plus proches et les pentes qui dominent les innombrables canyons ne surplombent plus le Mojave, mais des sommets plus bas. Le PCT louvoie entre chaos rocheux, crêtes et petits cols. Il n’y a plus un nuage dans le ciel et les couleurs sont tranchées. Le bleu sur l’horizon vient prolonger le vert fluo des prairies qui sont à leurs apogées. On devine comme une espèce d’urgence pour la végétation de devancer les prochaines températures caniculaires. Nous arrivons dans l’après midi, à la zone de campement où sont déjà présents des randonneurs. Le pré est immense, ombragé, plat. Moults espaces de couchage se sont créés du fait du passage de nos prédécesseurs. C’est LE spot de rêve. Nous serons nombreux ce soir, une dizaine de hikers vont s’y arrêter. Vu la qualité de l’endroit, c’est logique. Jana arrive, ainsi que Régis quelques heures après notre installation. Un couple de Français nous rejoint aussi, sur le tard. Benjamin est breton de Vannes, Chloé parisienne. Ils ont pris une année sabbatique et étaient en Amérique du Sud avant de démarrer le PCT. En pratique cela fait beaucoup de Bretons sur ce PCT. Après le repas, il y a conseil. Jana n’a toujours pas de trail name et Janet a décidé de remédier à cela. Après un Brain storming collectif, celle-ci deviendra officiellement Wild Flower, eu égard à son carnet d’aquarelle de fleurs qu’elle complète au fur et à mesure de son aventure. Demain, nous poursuivons la lente avancée vers le col de Walker Pass. Go to Canada. J43 J42 Au loin le Mojave J42 Dans les pentes de Pine Tree Canyon J42 Vélar des prairies J42 Floraison en folie J42 Zygadène vénéneux J42 En route vers la source J42 Janet et Hélène J42 Alpages après un incendie J42 Emgan et Hélène J42 Camp Site du soir J42 Vive la belgique. Régis en forme J42 Coucher de soleil One step back Sierra Nevada One step forward
Jour 41 ~Tehachepi à Pine Tree
31 km 1950 D+ 1500 D- durée 8 h 00 Aujourd’hui, nous quittons officiellement la section Californie du Sud -SoCal- Nous serons dans la Sierra Nevada puis la haute Sierra dans quelques jours. Nous savons que le changement est juste symbolique, car la végétation et les collines sont identiques aux étapes que nous venons de faire. Il n’y a pas de transformation brutale de la géographie. Cela reste toutefois important pour nous. Cela signifie que nous approchons de la partie tant redoutée du PCT. Nous devrions bientôt être en haute en altitude et devoir marcher dans la neige. Pour l’instant nous nous concentrons sur le moment présent. Nous verrons cela dans une semaine. Nous devons surtout nous remobiliser après un séjour en ville extraordinaire. L’ambiance chaleureuse et conviviale des Américains Natacha et Sam nous ont requinqués. Le bœuf bourguignon et le pain Butcha ont fait leurs effets. Le groupe a adoré. Vive la cuisine simple. Nous voilà de nouveau dans des véhicules, en direction du col de Creek Pass. Le retour sur le chemin se fait sous des bourrasques invraisemblables. Le lieu est connu pour être un verrou dans lequel s’engouffrent avec violence les vents d’ouest qui viennent du Pacifique. L’endroit est exploité depuis 1960 et nombre d’éoliennes poussent sur les monts environnants. Nous commençons par dix kilomètres de traversée de Wind Farms. L’ambiance est infernale et dantesque. Dès que l’attention se relâche, le vent vous éjecte du sentier. C’est usant ! Heureusement que celui-ci vient de notre gauche. S’il avait été de face, nous n’aurions presque pas pu avancer. Nous évoluons parmi des « petites » collines, ou nous alternons montée et descente. Il n’y a pas de difficulté technique et savourons de pouvoir randonnée sans problème. La végétation est éparse, le vent empêchant les plantes de prendre de l’envergure. Des pastilles de couleurs jaunes ou violettes sont présentes et rappelle que le printemps est bien la. Nous voyons de nouveau le Mojave à notre droite. La perspective est immense. En quatre plans successifs se résume une partie de la traversée de SoCal. Champs éoliens, mine d’or de Soledad Mountain, dunes et enfin au loin les monts Baden Powell, San Antonio et San Bernardino sont visibles sur plus de 80 kilomètres. Nous arrivons au col de Tehachepi après une descente rapide dans Cameron Canyon, dans une forêt de Joshua Tree. Nous quittons officiellement SoCal pour la Sierra. Nous patientons quelques minutes le temps de laisser passer un train de plus de deux kilomètres, puis franchissons l’autoroute CA 58 sur un pont. Le flot de véhicules est ininterrompu. Après avoir trouvé la water cache au croisement des routes et du PCT, et remplit nos gourdes, nous entamons une montée de plus de 5 kilomètres et 500 mètres sur une montagne sans nom. Nous longeons le canyon de Waterfall que nous devrions franchir dans dix kilomètres. Après celui-ci nous devons marcher encore deux heures pour atteindre le campement que nous avons repéré. Il est situé en face est des collines qui entourent Cache Peak. L’étape a été longue. Après presque 2 000 m d’ascension, avec les sacs lourds de la nourriture pour cinq jours et un portage hydrique conséquent, nous sommes bien fatigués. Par contre nous sommes surpris, nous avions convenu avec le reste du groupe de nous retrouver au « campsite », or personne ne nous a rejoints. Janet qui marche devant nous est probablement plus loin. Nous soupçonnons Régis d’avoir craqué et profité de la présence d’un campsite au pied de la dernière montée au trentième kilomètre. Point n’est grave, c’est aussi cela le PCT, savoir accepter que les vitesses de chacun diffèrent. Nous installons la tente dans un cocon de verdure au-dessus de Pine Tree Canyon. Le lieu est magnifique et abrité du vent. Nous mangeons à l’abri des arbres, puis filons rapidement dans nos duvets, au chaud, pour le pays des rêves. Demain nous continuons à avancer plus avant vers le Nord. Keep Going. J42 J41 Au depart de Tehachepi Willows Spring Road J41 Joshua Tree et fleur de Yucca J41 En route vers le col de Tehachepi J41 Col de Tehachepi J41 Soledad Mountain, Baden Powell, et San Antonio J41 le long de Cameron Canyon One step back Sierra Nevada One step forward
Jour 40 ~Tehachepi
Zero day Enfin. Pause ! C’est le deuxième jour off que je prends et le troisième pour Hélène en 40 jours. C’est à la fois incroyable de ne pas avoir plus besoin que cela de mettre les organismes au repos, et inquiétants, car nous ne saurons qu’a la fin de l’aventure si cette marche forcée est intelligente. On profite pour faire tout ce qui ne peut pas être fait sur le trail. Tout d’abord, le plus urgent, se laver et nettoyer ses vêtements, puis, réparer les outils abîmés, qui la tente, qui une couture, qui une pièce à changer/acheter. Le désert est sans pitié pour nos affaires. Et comme, en plus ils sont surutilisés, ils vieillissent beaucoup plus vite. L’intérêt d’avoir acheté du matériel de qualité est clairement un « game changer » sur les randonnées longues distances. Certains ont déjà dû racheter tentes, ou sac à dos. Nous, pour l’instant à part mon problème de matelas, nous n’avons pas à faire de nouveau achat, sauf bien évidemment les chaussures. En fin de matinée, chacun a pu réparer ses affaires et il n’y a pas de grosses dépenses à envisager. Bonne nouvelle. Nous allons ensuite accompagner par notre hôtesse, au Wal-Mart de Tehachapi pour le ravitaillement. Il est parfaitement achalandé et il y a tout le nécessaire pour les prochains jours. Comme on commence à être rodé, c’est rapide et efficace. On en profite aussi, pour compléter les achats avec vins, salades, fromage et 2 kilos de paleron pour la surprise que nous avons prévu de faire à nos trails angels. On a décidé de faire le repas du soir à l’européenne. Après discussion, nous avons fait des choix géographiques, le plat principal sera français et le dessert tchèque. Sam a déjà vécu 6 mois à Lyon, et ne sera pas trop étonné. À l’inverse, Natacha est novice de toute « gastronomie du vieux continent » et nous devrions faire mouche. En plus, comme elle enceinte le fait de cuisiner au vin va être un coup de poker et, on l’espère, une vraie découverte. Il faut juste que nous prenions 5 minutes pour expliquer qu’après marinade et cuisson il n’y aura plus d’alcool. Après deux moins de malbouffe, me voilà à attaquer un bœuf bourguignon aux pâtes fraîches et Jana, notre amie tchèque le dessert. Elle va nous préparer des Butchas, petits pains à la levure fourrés à la confiture de prune. Le repas du soir sera, on l’espère, un de grand moment de vraie convivialité. Aux Américains l’accueil, aux hikers le dîner. À midi nous filons manger tous ensemble dans un restaurant/épicerie/brasserie/boulangerie à l’allemande. Le lieu est un improbable mélange entre une boulangerie classique avec des pains mis en rayonnage derrière les vendeurs, mais aussi une épicerie bavaroise avec un Wilkommen gothique en guise de bienvenue. Régis notre belge hallucine, car des bières plus que local sont en vente. Son épouse est allemande et on sent un brin de nostalgie venir le taquiner. L’après-midi, après avoir exploité, Hélène, Régis et Janet en commis de luxe, sans trop faire mon tyran, nous arrivons à être dans les temps pour faire une cuisson ad hoc. Merci la cocotte géante mise à disposition. Jana réussit à préparer une trentaine de pains. Elle cuisine en souvenir de sa grand-mère. C’est vraiment sympa. Au moment de passer à table, nous commençons par expliquer que nous mangerons tous ensemble, en même temps, et que ce sont les plats qui viennent à la table et pas les mangeurs qui vont aux plats. Nous précisons aussi que l’ordre des plats est ritualisé et diffère de l’ordinaire américain. La salade sera après le Bourguignon, et le fromage avant le désert. Pour des Américains habitués à ce que chacun aille chercher ce qu’il souhaite manger, souvent à convenance, parmi les mets mis à disposition, semble presque incongru. On sent bien que notre sacro-saint, entré/plats/dessert est très éloigné de leurs habitudes. Que ce soit le Bourguignon ou la Butcha, le repas est délicieux. La viande américaine, quand on peut la préparer différemment que hachée, est vraiment succulente. Quant aux pâtisseries, elles sont excellentes. Nous n’arriverons pas au bout de celles-ci, même si nous serons plusieurs à reprendre. Ce moment est un grand épisode de vie à l’américaine à la sauce vieux continent. Cette journée de hiker off trail » restera gravée longtemps dans nos mémoires. Pas si reposante que ça sur le plan mental, car il ne faut rien oublier, par contre redoutable pour remettre le physique d’aplomb. C’est même indispensable de faire relâche, on sent que les organismes ont besoin de cicatriser des micros lésions accumulées. Demain nous filons pour 5 jours à raison de plus de 30 kilomètres minimum par étape. Cela va être longs, et ce, d’autant plus que les sacs sont redevenus lourds, et que le chemin se fait plus exigeant, les dénivelés augmentant. Go to the north. J41 J40 Kohnen’s country bakery One step back Désert du Mojave One step forward
Jour 39 ~De CottonWood Creek à Tehachepi Pass
33 km 1850D+ 1700 D- durée 8 h 30 Quelle nuit ! La première partie a été plutôt tranquille, malgré un vent fort omniprésent. Celui-ci souffle toujours plein Ouest et les tentes sont bien protégées par les buissons. Étonnamment, ils sont suffisamment denses et sont des brise-vent redoutables. Même si les températures chutent rapidement, au alentour de zéro degré, nous ne sommes pas inconfortables, tant s’en faut. Sauf que, à partir de 2 h 00 du matin, changement de programme. Eole passe au nord, et nous nous retrouvons exposés à son courroux dans les pentes basses des monts Tehachepi. Par chance nous avons orienté la tente dans le bon axe et il va, juste une fois sur une bourrasque isolée, plaquer la toile au sol. Heureusement les arceaux en carbone tiennent bon. Par contre, la sortie en culotte pour fixer les piquets et retendre les haubans est mémorable. Ambiance garantie, surtout avec le grésil qui fouette les jambes. Post Card fait de même, puis Régis quelques minutes plus tard. Au matin, nous nous réveillons dans le froid et la neige à nouveau. Le vent à encore forci et Régis voit celui-ci s’engouffrer brutalement à l’intérieur de son abri. Une des accroches de la toile extérieure cède. Celui-ci va plier ses affaires en un temps record. Moins de 5 minutes ! Chapeau l’artiste. Janet de son côté a bien dormi, mais file rapidement sur le chemin en sa compagnie, car elle se refroidit vite. Quant à PostCard, il décide de rester et attendre des conditions meilleures. Nous ne le reverrons plus du PCT. Normalement c’est canicule dans la zone où nous sommes. Pour l’instant notre PCT est sous le signe de la neige, certes en faible quantité, mais bien tardive pour la saison. Nous enfilons tous nos vêtements chauds, déjeunons rapidement et commençons notre randonnée dans une ambiance cataclysmique. Le vent est vraiment fort, et la poudreuse a blanchi les collines. Des nuages gris sont accrochés sur tous les sommets environnants. Le climat est à la tempête. L’ascension des collines du nord Mojave est magnifique. Les nouveaux points de vue sur le désert sont extraordinaires. Des accumulations de neige alternent avec le sable du sol dénudé, créant des dégradés pastels uniques. Dans les montagnes, les floraisons viennent de commencer, et la fine couche blanche qui recouvre les fleurs est superbe. C’est un patchwork ininterrompu de jaunes, violets, roses, et mauves. Après deux heures de montée, nous entrons dans les monts Tehachepi, et longeons le canyon de TylerHorse Wash. Plusieurs espaces de campement sont présents et nous pouvons nous ravitailler en eau. Certains randonneurs ont dormi ici, mais l’endroit n’est pas plus protégé des vents déchaînés. Pas de regret d’être resté plus bas. Nous franchissons plusieurs canyons secs. Au douzième kilomètre nous traversons Gamble Spring canyon. Après celui-ci la montée est tonique, sur cinq cents mètres de dénivelé. Sur la berge en face de nous, nous devinons Régis et Janet, en avance sur nous d’une trentaine de minutes. Nous prenons le temps de faire la pause du repas de midi à mi-montée, en présence de Régis que nous avons rattrapé. Nous ne nous éternisons pas, car les températures sont vraiment froides et le vent ne nous permet pas de profiter du lieu. La vue est pourtant la plus belle qui soit sur le Mojave en contre bas. Nous regardons plein Ouest en direction de Soledad Mountain. Nous devinons la mine d’or et d’argent qui la raye. Les bourrasques soulèvent un rempart de sable jaune qui voile l’horizon. Les conditions sont décidément peu accueillantes. Au loin on aperçoit la base militaire d’Edward, lieu mythique où a été franchi le mur du son pour la première fois. Nous restons ensuite un long moment sur une crête évasée et atteignons le point haut de notre étape à 1900 mètres d’altitude. Cela fait vingt kilomètres que nous marchons et nous n’avons toujours pas enlevé nos affaires pour temps froid. Un comble dans cet immense désert. Nous devrions arriver vite au lieu de campement que nous avons repéré sur le topo. Effectivement, après 5 kilomètres en descente, après une pause improbable dans un espace aménagé par un trail angel au bord du chemin, table de pique-nique et chaises pliantes pour tout le monde, nous y sommes. Sauf que l’endroit est inexistant, et en plein vent. Il ne sera pas possible de dormir ici. De surcroît, il n’y a pas d’eau ! Après une discussion rapide, Janet, Régis, Hélène et moi décidons de continuer. Du coup, les 25 km se transforment en 33, et surtout nous ajoutons une quantité importante de dénivelés négatifs à notre étape alors que nous en avons déjà beaucoup dans les jambes. Nous serons en ville ce soir. Ceci compense cela. Étonnamment, en dehors de douleurs aux talons cela se fera plutôt aisément. Au final, nous marchons plus de 20 miles et arrivons enfin à Tehachepi Pass. Au croisement du PCT et de Tehachepi Willow Spring Road, nous découvrons une cachette avec des sodas et une liste de téléphone. Des trails angels proposent de venir nous chercher. Effectivement, après une canette, deux appels, et vingt minutes d’attente, nous voilà à quatre en route vers la ville. Merci à eux, car sans leurs aides, le chemin serait beaucoup plus compliqué. À Tehachepi nous dormons chez des trails angels improvisés. Janet, l’Américaine qui est avec nous, a eu une offre qui diffère de l’accoutumée. La fille d’une Trail Angel qu’elle a croisée il y a 15 jours est d’accord pour nous héberger. Quand nous arrivons, nous découvrons que Jana, que nous avions perdue de vue depuis un mois, est aussi présente. L’accueil est magique et sans commune mesure avec l’ordinaire. Nous dormirons dans un grand lit, dans une vraie maison. Le bonheur. Demain ce sera zero day et profiterons un maximum de la ville de Tehachepi. Go to Canada. J40 J39 PCT en pleine tempête J39 Dans la ferme éolienne de CottonWood Creek J39 Fleurs de Chia sous la neige J39 Monts Tehachepi sous la neige J39 En montée vers TylerHorse Canyon J39
Jour 38 ~D’Hikertown à CottonWood Creek
32 km 400 D+ 200 D- durée 8 h 00 Quatre heures, le bruit désagréable du réveil rompt notre sommeil. Nous voilà tous à déjeuner rapidement et à ranger nos affaires. Ce n’est pas compliqué, mais tous ensemble dans une petite chambre c’est épique. Nous sommes surtout vigilants à ne rien oublier. Le taxi est bien à l’heure et 30 minutes plus tard nous entassons nos sacs à dos dans le coffre d’un chauffeur estomaqué de voir quatre hurluberlus partir, avec presque rien dans le désert. Certains Américains n’ont jamais entendu parler du PCT et pour eux nous passons pour des doux dingues. Nous retrouvons le PCT à 5 h 00 et Janet est bien présente. Cool, voilà la Tramily (Trail Family) prête à se lancer dans ce qui, certaines années, est une des étapes difficiles, du fait de l’absence d’eau et d’ombres sur quarante kilomètres. Nous démarrons à la frontale. L’ambiance est féerique et nous marchons plein Est. Le lever de soleil est rapide et nous sentons que l’endroit est propice à une cuisson lente. Sauf que… nous bénéficions d’une chance incroyable. Le vent refroidit l’air et les nuages couvrent celui-ci à intervalles réguliers. Du coup, ce qui devait être un sacerdoce, se révèle être une randonnée tranquille, certes longue sur un terrain plat, mais totalement aisée et agréable. Les couleurs sont tel que rêvées, au bleu sombre de la nuit succède en vagues ininterrompues toutes les nuances de l’aube. Les rouges, orange, roses, jaunes, alternent et se reflètent dans l’eau du canal que nous rejoignons dès le premier kilomètre. Nous sommes tous à apprécier ce moment tant attendu. Cette section du PCT est mythique, et l’image d’Épinal du randonneur sur l’immense tuyau noir mât et rond de l’aqueduc est classique, omniprésente dans les blogs, sites, reportages photographiques. 6 h 00 du matin, nous y sommes. Surprise ! Il n’est long que de trois kilomètres. A peine vingt minutes plus tard nous quittons celui-ci pour marcher sur un canal recouvert d’un revêtement en béton. Pour avancer, c’est facile, mais c’est tout sauf passionnant. En fait, la section ne se résume pas à ce bout de tuyau, certes graphique, mais bien moins joli que les portions suivantes. Au dix huitième kilomètres le PCT bifurque en un immense virage à gauche, plein nord vers les montagnes de Tehachepi. Les vues sur le désert sont magnifiques, et les Joshua trees omniprésents. Nous devinons, çà et là, des espaces aménagés sous les arbustes, refuge sommaire pour les futurs marcheur quand ce sera la fournaise. La piste est large, de temps en temps passe un véhicule, en un désagréable nuage de poussière. Des gens habitent ici. Cela semble inconcevable. À perte de vue ce n’est que buissons raz, terres rougeâtres, avec éparse, une pelouse de petite taille qui égaie à peine la plaine. L’herbe jaunie déjà, alors que le printemps vient juste de commencer. Nous croisons des locaux, et en discutant avec eux, nous apprenons que le lieu n’a plus été vert et fleuri ainsi depuis 1986. Pour nous le désert est simplement… désertique ! Faute de références, on a du mal à mesurer notre chance. Au kilomètre vingt-deux, nous rejoignons une « wind farm », immense parc à l’américaine, avec des milliers d’éoliennes de toutes tailles. Le bruit de la rotation des pâles est permanent et assourdissant par moment. C’est impressionnant et à la limite du pénible. Le corridor de la plaine de Kern et de la vallée d’Antilope est propice à l’installation de celles-ci, peu d’habitants, et couloir géographique orienté Ouest Est, dans le sens des vents dominants. C’est idéal et la région exploite cette ressource depuis les années 1960. C’est tout le paradoxe des USA, à la fois fervent défenseur d’une consommation carbonée pathologique et précurseur d’une protection de l’environnement. À ces installations gigantesques ont été ajoutés des panneaux solaires, encore plus démesurés. L’ambiance est indescriptible. Vers 15 h 00, nous décidons de nous arrêter. Les vents sont devenus permanents et il nous faut absolument trouver un endroit abrité. Nous réussissons à dénicher dans Cottonwood Creek, caché derrière les rares arbustes présents, trois espaces permettant de monter nos tentes. C’est un des seuls emplacements corrects que nous ayons vu depuis plusieurs kilomètres. La nuit va être collector, en espérant que les vents ne tournent pas. Nous aurions pu marcher plus longtemps, mais le prochain site de campement est à encore 18 kilomètres, et nous n’avons pas envie de faire cinquante kilomètres aujourd’hui. Nous sommes debout depuis plus de 10 h 00. Demain nous nous lèverons tôt. Il faut profiter des conditions idéales du trail pour franchir ces collines arides. Il nous tarde aussi d’arriver pour vraiment laver nos affaires et enfin nous reposer. Keep going J39 J39 Antelope Valley au lever de soleil J38 L’aqueduc au matin J38 La plaine de Kern au matin J38 Along the Aqueduc J38 Lever de soleil sur les herbes du désert J38 La trace de béton J38 Une autre vision de l’Aqueduc J38 l’aqueduc et sa dirt road J38 forêt de Joshua Tree J38 Hikers dans le désert J38 Le mauvais temps arrive J38 Début de la ferme éolienne J38 Le campsite du soir One step back Désert du Mojave One step forward
Jour 37 ~De Pine Hiker Road à Hikertown
10 km 300 D+ 500 D – durée 3 h 00 Mojave ! Trois syllabes maintes fois prononcées. Ça y est, nous allons enfin réellement fouler celui-ci. Cela fait plus d’un mois que nous le côtoyons et franchissons des vallées qui prolongent son aridité entre les montagnes qui le séparent des étendues côtières. Nous nous levons tranquillement, et apprécions de ne pas devoir nous presser ce jour. Cool. On sait que la section sera rapide. Aujourd’hui c’est Nero day. Nous n’avons normalement que 10 kilomètres à marcher dans les dernières basses collines qui s’interposent entre nous et la plaine d’Antelope Valley et du Mojave. Ce sera bien le cas. Nous démarrons en descente et on est vite dans le désert. Les coteaux sont encore verts, mais çà et là les herbes commencent à jaunir. Dans quelques semaines ce sera l’enfer ici. À l’ombre il peut faire jusqu’à presque 50°. La dernière pente est ponctuée des cris de joie du groupe. Nous y sommes. Devant nous plus de quarante kilomètres de prairies et au loin les prochaines montagnes. Nous avançons et découvrons sur notre gauche des collines intégralement orange. Nous avons à nos pieds les fameux pavots de Californie. Ils sont à eux seuls le symbole de ce qu’est « l’explosion florale » du printemps californien. C’est magnifique et nous sommes comme des gamins. Cette floraison express et simultanée est un moment rare pour des Européens. Il faut être la juste au bon moment, et à une semaine près il n’y plus que des fleurs fanées. Nous le constaterons les prochains jours. Nous profitons de ce moment tant attendu, pour décompresser collectivement, faire des photos et apprécier le fait simple d’être là. Nous nous reconcentrons rapidement, car même si la marche est courte, nous savons qu’un nero day est tout sauf reposant. Nous sommes vite rattrapés par la vie du Trail et filons vers l’highway CA 138, ou Lancaster Road. Dès notre arrivée à Hikertown, nous nous attelons à la tâche ingrate de faire du stop. Il y a presque 40 kilomètres jusqu’à Lancaster, et la route passante est réputée peu « hiker friendly ». C’est effectivement le cas, pas simple sur cette route rapide de motiver les automobilistes à s’immobiliser quelques minutes pour des randonneurs puants. Après plus de 40 minutes, nous avons la chance de bénéficier de l’arrêt d’une voiture. C’est un hiker qui connaît le PCT. Il se rend sur Lancaster, mais ne peut emmener que deux personnes. Régis et PostCard nous laissent monter dans le véhicule et nous filons ver la ville. Ils auront beaucoup plus de mal et n’arriveront que 4 h plus tard. Nous ferons dans cet intervalle, nos courses pour les 4 prochains jours, et surtout un passage par le tant attendu restaurant. Les viandes du plat principal nous changent du sempiternel burger. Nous savourons. Après le ravitaillement, nous filons au motel6. Nous ne trouvons pas de laverie ouverte, et faisons notre lessive à la main. Pas idéal, et les vêtements vont souffrir pendant la traversée du désert, à ne pas pouvoir être complètement propres. Vivement Tehachepi pour enfin aller à une vraie laverie. Par contre nous sommes surpris, on perçoit une pauvreté marquée sur Lancaster. C’est la ville qui nous aura paru comme la plus « mal en point ». Il y a un nombre important de hobos, pieds nus, vêtements élimés ou troués, errant dans la rue sous l’emprise de toxiques. L’Amérique dans toutes ses contradictions. Régis et PostCard nous rejoignent plus tard que prévu. Ils ont décidé sur un coup de tête d’aller au cinéma voir l’opus deux de Dune. Du coup, nous faisons venir le repas du soir par Uber, l’heure étant trop avancée pour aller au restaurant. Heureusement ils ont fait leurs ravitaillements. Par contre je n’ose imaginer les voisins de ceux-ci dans la salle. La présence de deux « hikers trash » odorants a dû être détonants ! Demain nous avons réservé un taxi qui nous amènera au PCT ou nous rejoindrons Janet qui est restée sur Hikertown pour récupérer ses colis. Lever 4 h 00, départ 5 h 00. Go to Canada J38 J37 Canyon Cow Spring J37 Spring Canyon J37 Fleurs du désert J37 Hikeuses pressées J37 Pine Canyon J37 Kern Valley J37 Le désert, au soleil du matin J37 Le Mojave dans quelques minutes J37 Collines en fleurs J37 Hikers heureux J37 Pavots de Californie J37 THE Mojave J37 Arrivée à Hiker Town One step back Désert du Mojave One step forward
Jour 36 ~De SawMill Campground à Pine Hiker Road
20 km 500 D+ 900 D- durée 5 h 30 Nous sommes maintenant sur le sentier comme à la maison, à notre place. Le réveil aux aurores est devenu normal et agréable. Il permet de profiter de ces instants rares ou le lever de soleil colore la nature de teinte éphémère, orange et bleue. La nuit a été reposante, et il ne fait plus froid au sortir des duvets. Ou alors, nos corps se sont habitués à la fraîcheur du matin. Nous allons récupérer nos affaires et notre nourriture que nous avions mises à l’abri dans les toilettes sèches. Surprise, Janet a la malchance d’avoir ses sacs ouverts et éventrés par des souris zélées. Visiblement, elles ont fait la fête. Elle n’avait pas, hier soir, suspendu ceux-ci. Funeste erreur, les céréales, les haricots déshydratés et une partie des barres énergétiques sont manquants. Heureusement qu’il reste juste une nuit et nous serons à Hiker town pour nous ravitailler. Au pire, nous partagerons nos affaires. Nous déjeunons tous ensemble sur la table de pique-nique en bois. Postcard a un petit moral, il sait qu’il va devoir quitter temporairement le PCT, car un membre de sa famille vient de décéder. Ce n’est pas facile de commencer un deuil dans ces conditions. La solitude et l’éloignement des proches amplifient tous les sentiments. Le fait de devoir aussi continuer le chemin envers et contre soi-même n’est pas chose aisée. Il partira un peu plus tard. Nous respectons son choix. Nous avons de toute façon convenu d’un campement commun ce soir. Nous démarrons dans le bon sens et apprécions d’être dans une forêt d’arbres de taille moyenne. Le sol est entièrement vert, couvert de la pousse folle des herbes. À celles-ci, s’ajoute les tons salades et les fleurs blanches de la laitue de mineurs en un mélange étonnant. Nous avons l’impression d’avancer sur un green de Golf. Le chemin est très semblable à celui de la veille, en balcon au-dessus du Mojave. C’est à la fois frustrant et agréable. Décevant de ne pas déjà y être, car nous sommes maintenant impatients. C’est aussi plaisant de prendre son temps pour embrasser le moment en devenir. C’est une étape importante du PCT. Symboliquement l’arrivée dans la plaine du Mojave signifie que dans quelques jours la partie dite « SoCal » du PCT sera finie. Ce n’est pas encore le cas, mais cela se rapproche. Sur le chemin, les couleurs explosent littéralement. Aux verts laitue de la comestible, Lettuce Minors, en plein bloom, s’ajoute maintenant les nuances jade et rouge sang des feuilles de chêne, qui se confondent par moment avec le blanc et les ocres des sols sablonneux du désert. Clairement, nous sommes chanceux. Le printemps californien est cette année particulièrement beau. Par endroit les praires ne sont que d’immenses tapis de fleurs, roses, jaunes, bleues. Nous alternons entre pistes, et sentier à flanc de collines. Nous passons le mile 500, soit 800 kilomètres ! Celui-ci est écrit en lettre capitale dans la terre, et ne peut pas être ignoré. Nous avançons maintenant plus avant dans l’inconnue de la longue distance. Par contre, nous sommes encore obligés de composer avec les « Poodle dog bush » pendant une dizaine de kilomètres. En étant vigilant, cela se fait sans difficulté. L’aspect pénible de leurs présences est qu’on ne peut pas s’arrêter pour nos pauses et s’asseoir sur le bord de chemin. Nous croisons pas mal de forêts brûlées et les fines branches blanches des arbustes créent une ambiance fantomatique, propice à la rêverie. Nous entendons aussi dans le lointain les chuintements caractéristiques d’un Puma. Pas étonnants ils sont endémiques dans la région. La progression est facile, les montées sont peu importantes et les pentes peu raides. Le chemin louvoie aux plus évidents entre les cols et les crêtes de Liebre Mountains. À partir du 12 kilomètres, nous n’avons plus que de la descente. Face à nous la gigantesque vallée d’Antelope et la prairie de Kern, triangle à pointe ouest du désert du Mojave, nous assomme de son omniprésence. Le désert est coincé à moins de 1000 mètres d’altitude entre des sommets de plus de 1700 mètres. Le spectacle est indescriptible et démesuré, à l’image de ce qu’est le Far Ouest-américain. Ce soir, nous campons aux portes de celui-ci, à dix kilomètres d’Hikertown, dans Pine Canyon Road. Nous avons trouvé après une dizaine de minutes de recherche les emplacements de tente le long de la rivière Cow Spring. Le débit est énorme et c’est fabuleux. Nous voilà officiellement dans le désert et l’eau est abondante. Nous allons pouvoir boire tout notre saoul, mais aussi nous laver. C’est un bonheur simple, mais nous sommes devenus peu exigeants. La poussière est notre compagne de route et nous n’y faisons plus attention, sauf qu’à bien y regarder nous sommes de vrais petits cochons. Nos jambes ne sont pas que bronzées ! Hélène va en faisant ses ablutions ce soir, se voir dénommer de son futur trail name, à savoir Happy Feet par PostCard. PostCard et Régis nous rejoignent un peu plus tard. Celui-ci à meilleur moral. Il nous quittera dans 3 jours. Demain d’où nous irons faire le ravitaillement à Lancaster. Nous espérons que la séance d’autostop pour aller en ville ne sera pas trop compliquée. Je passerais aussi récupérer mon matelas que j’ai commandé il y a deux jours, au moment où j’avais internet dans les collines. Nous profiterons du moment pour manger et faire notre lessive. Normalement samedi nous attaquerons les 40 kilomètres de la traversée de la plaine de Kern, dans sa petite portion pour filer franchement au nord. Keep going. J37 J36 SawMill Campground au lever de soleil J36 SawMill Campground J36 Une explosion de verdure J36 Poodle Dog Bush J36 800 kilomètres J36 Chênes au printemps J36 Lettuce Minor J36 Bloom flower J36 PCT en verdure J36 Hikers devant Cow Spring J36 Séance filtration J36 Ou comment avoir un Trail Name J36 Pine Canyon Road One step back Désert du Mojave One step forward