Jour 15 ~De la réserve de San Jacinto à Bannings
18 km D+ 100 D- 1000 durée 6 h 00 Les jours se suivent, et ne ressemblent pas. Après la journée très agréable de la veille, je me réveille malade. J’ai eu des douleurs abdominales toute la nuit. Je connais le coupable. Le repas du soir était épicé, presque immangeable. Sauf que sur le PCT, ne pas manger c’est presque impossible. Du coup, j’ai quand même ingéré le Dahl, malgré un estomac que je sais parfois fragile. Funeste erreur. J’espère que la gastrite, pas du tout bienvenue, ne me pénalisera pas trop. Sachant ce qui suit, à savoir un chemin sans ombre, eau et en plein soleil, je ne suis pas très optimiste. Dès le début, et afin de ne pas trop subir, j’entame la pharmacie, pansements gastriques, antalgiques, etc. J’essaie aussi de m’hydrater en mode course à pied, petite gorgée, toutes les 10 min, pour ne pas réveiller les crampes d’estomac. Je réussis, sans trop savoir comment, à marcher six kilomètres, sauf que… ça ne loupe pas, me voilà au passage des 200 miles à restituer à la nature mon repas de la veille. La classe. Je n’ai pas assimilé l’eau que j’ai bue depuis 2 h 00. Je ne pensais pas goûter de nouveau aux joies de la détresse gastro-intestinale ou gastro-parésie bien connue des coureurs. Je suis en train de me déshydrater par 35 °C au soleil, et accessoirement je gâche une eau précieuse que je n’absorbe plus. Heureusement, nous avons anticipé et les pastilles de sels devraient pouvoir « casser » le cercle vicieux, déshydratation/douleur/déshydratation. Assis sur le chemin, face à la magnifique plaine de la passe de San Gorgonio, je prends un, puis deux grammes, et commence à boire dix millilitres par dix millilitres. Cela va être long et compliqué. Après vingt minutes, tant bien que mal au mental, j’avance et descends… doucement. L’hydratation est de nouveau possible. Magique. Impossible, par contre, de manger quoi que ce soit de toute la journée. Seule solution, taper dans les réserves. Je ne vais pas grossir avec ce régime à la c… Sinon, les habitants des lieux sont de retour. Nous croisons deux rattleSnake ou crotale cascabelle, en forme et toujours aussi agressif. Le premier daignera se déplacer après quelques minutes, ayant fait savoir qu’il n’est pas content. Le second nous empêchera d’avancer pendant plus de 20 minutes. Nous finissons par être obligés de faire des acrobaties entre le chemin et la falaise en équilibre sur un muret de pierres bancales pour contourner celui-ci. Nous passons à moins d’un mètre du bestiau qui « cascabelera » à chaque passage. Un rien stressant, surtout quand on connaît la dangerosité du venin de crotale. Hélène et Régis vont accompagner mes difficultés et s’assurer de mon arrivée en entier au seul et unique point d’eau dans la plaine. Nous nous cachons pendant plus d’une heure à l’ombre avant d’attaquer les derniers kilomètres dans l’immense passe. Nous sommes vraiment en plein désert. Hélène et Régis marquent le coup à leur tour, entre chaleur et marche compliquée dans le sable. Il est temps de clore cette journée. Nous retrouvons d’autres hikers sous le pont de l’Highway. Une glacière présente avec boissons fraîches fait du bien aux papilles et au moral. Par ailleurs, ils ont appelé une trail angel qui accepte de recevoir tout le monde chez elle contre un dédommagement modéré. Elle se propose en plus de nous amener au WallMart de Banning pour faire le ravitaillement des prochains jours. Une vraie chance. Nous découvrons en arrivant chez elle qu’elle a organisé son jardin pour accueillir jusqu’à vingt hikers, patio couvert, nombreux couchages en plein air, et surtout frigo et nourriture pour ce soir. Incroyable et encore une fois, étonnant. Pas beaucoup de photos j’étais trop occupé à limiter la casse. Si demain matin ça va mieux, nous partons vers Big Bear, à quatre-vingt-dix kilomètres d’ici. Keep going. J16 J15 Passe de San Gorgonio J15 Pentes Nord des Monts San Bernardino J15 200 miles J15 San Gorgonio J15 The désert de San Gorgonio J15 Dans la fournaise de San Gorgonio J15 Bloom flowers J15 Sable et désert One step back Désert du Mojave One step forward
Jour 14 ~D’Idyllwild à Ia réserve de San Jacinto
22 km 800 D+ 900 D- durée 7 h 30 Retour aux affaires. L’objectif est de récupérer le PCT par un chemin contournant au nord la portion fermée, en montant vers les Blacks mountains. Nous commençons par une énième séance de stop. Nous attendons quelques minutes et un véhicule s’arrête rapidement. Décidément, savoir faire du stop est une qualité importante sur ce chemin. Le conducteur nous dépose au départ des différents sentiers, au pied des panneaux d’informations sur les possibilités ou non de randonner. À la lecture de ceux-ci, le ton est donné, « Fuller Ridge » et le PCT sont fermés. Peu importe, nous passons à distance. Nous commençons sur une route large, puis continuons sur une piste forestière pas désagréable, mais peu passionnante. Nous croisons de nombreux écureuils locaux. Ils sont énormes, nourris aux pommes de pin à sucre encore plus gigantesques. On dirait de gros chats. Après 3 h 00 en montée, à la côte 2000, nous arrivons dans la neige. C’est parti pour 5 h 00 de glissades. Hélène en profite pour commencer son apprentissage des crampons pour éviter les chutes en descente. Le test est probant, pas de difficulté, et les sangles n’appuient pas sur les chevilles. Le passeport Haute Sierra est important, il y aura de la neige pendant plusieurs jours dans un mois et il faut que l’usage de ceux-ci soit confortable. La forêt est grandiose, mélange de nombreuses essences de pins californiens, Ponderosa atteignant aisément plus de cinquante mètres de haut, à sucre et enfin tordus aux troncs noueux et aux écorces de couleurs diverses. Au milieu de cette immense forêt enneigée, nous croisons un hiker asiatique, avec un sac à dos de 25 kg, un gallon de 3 l d’eau en main gauche, un sac de victuailles en main droite, en tongs et chaussettes étanches. Stratosphérique ! Nous devinons que l’aventure du PCT va être difficile pour lui. Elle sera même impossible s’il ne s’allège pas. Les étapes les plus longues en autonomie seront bientôt de neuf à dix jours. Cherchez sur la photo au pied du pin Ponderosa, vous le verrez seul au monde. Sinon comme de coutume les paysages sont à la hauteur de ce que nous attendions, grandioses en panorama entre déserts et hautes montagnes. Nous avons la chance d’avoir une vue sur le nord et sur le Mont San Gorgonio, qui culmine à plus de 3500 m, dominant les plaines de Los Angeles. Après 5 h 00 de marche, nous sommes enfin de retour sur le PCT. Nous commençons la descente vers la passe de San Gorgonio. Celle-ci va être longue, très longue, plus de 2000 m en contrebas serpente la Redlands highway. L’autoroute deux fois quatre voies semblent minuscules, alors que c’est tout sauf le cas. Nous avons prévu de camper à mi-trajet dans la pente et nous trouvons aisément une zone plate dans un col protégé des vents. Le San Jacinto nous domine et les couleurs du coucher de soleil sont magiques. Une Américaine est déjà installée, et nous faisons connaissance. Elle se nomme Janet, elle est âgée de 64 ans, et est très heureuse de pouvoir être en groupe ce soir. Nous nous endormons rapidement, contents de cette excellente journée. Demain nous espérons ne pas être trop en difficulté au niveau de l’autoroute pour être pris en charge. Nous devons nous rendre à Cabazon pour nous ravitailler et il faut parfois être patient avant d’être pris en stop. Will see and keep going. J15 J14 départ des sentiers (1) J14 départ vers les Blacks Mountains J14 Au loin Baning et la plaine de Los Angeles J14 Hiker en sandale J14 Vers les Blacks Mountains J14 PCT en forêt et neige J14 En route vers la passe de San Gorgonio J14 Hikers en forme J14 Emgan et Régis J14 Vue sur le Mont San Gorgonio J14 Descente face nord des Blacks Mountains J14 Mt Jacinto au couchant J14 Campsite sous le sommet du San Jacinto J14 vue sur le campsite du soir J14 Repas du soir One step back Désert du Mojave One step forward
Jour 13 ~D’Idyllwild à Idyllwild
19 km 1350D+ 1350D- durée 10 h 00 Aujourd’hui c’est « vacances » sur le PCT. Comme décidé la veille, Régis et moi partons rejoindre le trail sur les pentes du mont San Jacinto. Hélène reste à l’hôtel pour profiter de celui-ci, se reposer et optimiser son sac à dos. Nous avons regardé sur la carte, et deux options s’offrent à nous, passer par le sentier du South Ridge et le Tahquitz Peak, ou par Saddle Jonction, croisement du PCT et du chemin vers le sommet du San jacinto. Nous faisons le choix d’aller sur le Tahquitz, qui présente des vues multiples vers le Sud, Apache Peak, et les flancs nord-ouest du San Jacinto. Cela nous permettra de voir l’enneigement et de décider pour demain, marcher le PCT, suivre les crêtes de Fuller, ou contourner plus au nord en évitant Fuller Ridge par les Blacks mountains. Après un lever discret, aux aurores, nous sommes dans les rues d’Idyllwild à 7h00. Il y a peu de monde dans le village et nous profitons du calme et de la présence de nombreux animaux, écureuils, oiseaux, dont un magnifique merlebleue de Californie. Celui-ci va nous accompagner un moment en prévenant de notre passage le reste de la faune. Nous sommes rapidement pris en stop et nous filons au Trail Head du Tahquitz. Le chemin est raide et permet de facilement être en hauteur. Les vues sur le désert et les différents lacs autour sont toutes grandioses. Nous rencontrons les premiers névés vers 2300 m d’altitude obligeant à chausser les crampons. C’est le baptême du feu, ou plutôt neige pour les crampons. Avec Hélène nous avons fait le choix de crampons plutôt que des microspikes. La dimension des dents nous permettra d’être plus à l’aise notamment dans les pentes et traversées un peu longues. Pour Régis c’est microspikes. La suite nous dira si c’est suffisant… L’ascension, bien tonique, est menée tambour battant. Les lacets serrés et une inclinaison forte sont redoutables pour faire des dénivelés. Sur la fin, il n’y a plus de portion hors neige. Nous montons droit et finissons sur une épaule raide m’obligeant à tailler des marches pour Régis après avoir escaladé en pointe avant. J’apprécie ces moments entre alpinisme et randonnée. La station de surveillance du Tahquitz est fermée, seuls quelques pas venant de l’Ouest témoignent de rares passages humains. Par contre vers Saddle jonction il n’y a plus rien. Les pentes inférieures étant trop sévères et entre deux barres rocheuses au départ de la cabane, je préfère m’engager sur la crête au-dessus de la trace officielle. Des corniches sont omniprésentes, surplombant les falaises vers le Sud, cela a dû souffler fort ces derniers jours en altitude. Après une centaine de mètres, je descends droit dans la pente, au niveau d’un verrou rocheux aux alentours de 60°, il faut rester vigilant. La descente pointe en avant et piolet se fait sans difficulté. Par contre, les accumulations sont impressionnantes et je me retrouve dans un bon 50°, 60° avec de la neige jusqu’à la taille. Pas cool. Après un examen du manteau neigeux avec le piolet, celui-ci semble stable. Les couches de regel forment un mille-feuille compact et les nombreux arbres garantissent une absence de déclenchement d’avalanche. Régis, en retard sur moi, ne peut pas avec ses microspikes s’engager dans la pente. Il fait demi-tour. Plus de trace, me voilà donc partie pour la première PCT-Tahquitz de l’année. Après une bonne heure de taille de marche, de montée et descente laborieuse, en vitesse lente, un kilomètre en une heure, je finis par arriver sur des traces récentes. Un groupe semble avoir essayé de passer, et a visiblement fait demi-tour. Les pentes est du Tahquitz resteront pour moi un moment « sketchy » comme, disent les Américains. Je comprends mieux les différents accidents. Il faut avoir un passif d’alpiniste plus que de randonneur dans ces pentes trompeuses. Prendre son temps est la clé. Je rejoins le PCT à 2700 m d’altitude. Trois hikers sont présents et ont franchi Apache Peak. Le passage se fait, mais est bien sportif. Par contre piolet et microspikes sont un minimum obligatoire. Il faut en plus anticiper une avancée fortement ralentie. Ils ont progressé à la vitesse moyenne de 1 mile/heure. Ils sont bien fatigués et leurs sacs de nourritures sont vides. Ils se dirigent vers la sortie officielle vers Idyllwild et n’ont pas voulu franchir le verrou du Tahquitz qui leur semblait encore plus « casse gueule » qu’Apache Peak. Je leur montre les photos prises dans la section raide et leur confirment que le chemin est très enneigé. Plus rapide qu’eux, je file vers la jonction au lieu-dit Saddle. Des traces sont présentes, mais peu nombreuses. Le trail est agréable et rassurant pour la suite. La descente se fait sans difficulté, malgré les innombrables pentes et une neige de qualité médiocre en ce début d’après-midi. Les crampons sont clairement un game-changer sur ces chemins. Mille trois cents mètres plus bas, je suis enfin de retour. Les genoux sont bien fatigués, mais le moral est bon. Demain sera un autre jour. Départ prévu vers la passe de San Gorgonio au nord du massif des San Bernadino, que nous atteindrons dans deux nuitées. J14 J13 Merlebleu J13 Trail Head du Tahquitz J13 les flancs sud du Tahquitz J13 les monts San Gorgonio J13 début de la neige J13 Chemin vers la jonction PCT J13 Mt San Jacinto J13 station metéo du Tahquitz J13 début des pentes…raides J13 corniche sommitale J13 Dans les pentes à 45°, fin de la section raide J13 pentes nord du tahquitz J13 jonction avec le PCT J13 arbre graphique au bord du chemin J13 THE monument d’Idyllwild One step back Désert du Mojave One step forward
Jour 12 ~De Coyote Canyon à Idyllwild
20 km 800 D+ 400 D- durée 4 h 30 Après un début de soirée bercé par les hurlements lointains et délicats des coyotes, nous passons une excellente nuit, malgré le froid. Les micros réveils se font plus rares. Nous sommes maintenant dans notre élément. Au milieu de la nature, « into the wild ». Le vent ne nous a pas gênés, même si celui-ci a forci. Nous nous levons aux aurores, nous voulons être à pied d’œuvre à 7 h 30. Arriver tôt à la jonction pour aller au restaurant « Paradise Valley Cafe » avant 15 h 00 serait idéal. Nous démarrons par une montée progressive, à l’ombre des collines, et nous laissons sur notre droite le campement ou Régis et un autre randonneur sont à plier et ranger leurs tentes. Le vent est omniprésent et glacial. Les bourrasques obligent à garder le coupe-vent toute la matinée. Après être passés le long du canyon Tule, après 3 h 00 de marche et 400 m de dénivelé nous arrivons à Coyote Canyon. Pas très original dans la région, mais magnifique. Peu profond, à peine une centaine de mètres, il est toutefois un des beaux que nous ayons franchi. Nous devinons le chemin qui s’élève en lacets rapprochés sur la rive en face. Nous serrons vite sur les contreforts de la Table Montain. Nous laissons à notre droite des falaises ocre, ravinées. Les vues sur les dédales immenses de terres, roches, arbustes en équilibre le long de parois improbables sont saisissantes. Les pluies ont sculpté des paysages de fin du monde. Nous contournons en fin de matinée la Lookout Mountain après une ascension menée tambour battant. Hélène a décidé d’accélérer le pas. Nous ferons l’intégralité de l’étape en moins de 4 h 30. La forme est là et c’est agréable de ne plus subir montée, descente et d’avancer sans difficulté aucune. Nous pourrons aussi manger à midi, plutôt qu’a 15 h 00 trop cool. Nous quittons définitivement Anza Borrego State park. Prochaine étape les monts San Bernardino et le San Jacinto. Après une séance de stop rondement menée, nous filons au Paradise Valley Cafe, ou nous commandons le sacro-saint… hamburger. Il va falloir se faire une raison, la nourriture américaine se résume à deux tranches de pain, du cheddar et un steak. Le reste à l’intérieur étant juste des variantes infinies, avocats, salades, etc., pour se donner bonne conscience. Les Américains ont à apprendre à bien manger ! En fait c’est pas gagné, ils pourraient presque vous convaincre d’inscrire ce mets non gastronomique au patrimoine de l’humanité. Après discussion avec d’autres hikers nous décidons finalement de ne pas faire les vingt-cinq kilomètres suivants. Les conditions de progression sont encore bien en neige. Le contournement en face nord d’Apache Peak reste délicate, avec pentes raides, le long de falaises, et franchissement pénibles de tronc d’arbre au sol. Il est un des passages dangereux, qui malheureusement cumule à lui seul le plus d’accidents mortels de tout le PCT. Sur le parking, deux vacancières, Peggy et Cindy, nous proposent de nous amener à Idyllwild, notre prochaine étape. Maggy la « Dog trail Angel » nous accompagne et s’installe à qui mieux mieux sur nos genoux. Entre le canidé et les hikers la complicité olfactive crée une fragrance « wild wild west » dans le véhicule. Il est temps de se doucher et de laver nos affaires. Nous arrivons à Idyllwild, petite station de ski en forêt, très agréable et accueillante. Nous prenons rapidement nos marques dans l’hôtel. La laverie est à proximité et nous consacrons une heure à être plus présentable. Le repas dans un restaurant mexicain est copieux, nous sommes plus d’une vingtaine d’hikers et l’ambiance est à la franche camaraderie. Puma et Pusher nous ont rejoints. Demain ils retournent sur Julian pour passer sa soutenance. Bonne chance à lui. Nous, nous prévoyons de faire, sans la charge des sacs à dos, une montée au mont Tahquitz. Cela nous permettra de voir et marcher un bout de la portion que nous aurions dû faire, si les conditions de franchissement d’Apache Peak n’avaient pas été aussi mauvaises. Les habitants d’Idyllwild nous ont confirmé que plusieurs randonneurs ont glissé et ont pu se rattraper grâce à leurs piolets*. Bref, pas de regret à être au chaud ce soir. Hélène a décidé de rester prendre un jour de repos. * Un hiker sera évacué par hélitreuillage une semaine après notre passage, ce qui lui vaudra le trail name de SkyWalker. Nous mangerons avec celui-ci 1000 kilomètres plus loin. Deux autres PCTistes n’auront malheureusement pas cette chance le mois suivant notre court séjour. J13 J12 vue sur le campsite de la veille J12 Lever de soleil J12 Tule Canyon J12 Anza Borrego Desert J12 Hélène sur le PCT J12 végétation sur le PCT J12 Au loin le Mt San Jacinto J12 les flancs de Lookout Mountain J12 Pentes ravinées J12 Hélène à la jonction vers Paradise Valley CAfe J12 Emgan à la jonction vers Paradise Valley Cafe J12 Peggy et Cindy J12 Maggy One step back Désert du Mojave One step forward
Jour 11 ~Du Pic Raphael à Coyote Canyon
25 km 500 D+ 1000 D- durée 7 h 00 Nous sommes parmi les premiers à partir ce jour. Régis nous accompagne. Nous poursuivons la traversée de l’immense plaine désertique d’Anza Borrego avec impatience. Le parc d’Anza est un des plus grands des USA, badlands mythiques aux paysages uniques. Nous savons que cette étape va être fatigante et probablement usante mentalement, mais le cadre somptueux devrait compenser les difficultés. Nous apprécions de découvrir et vivre ces instants rares et précieux. Évoluer dans un univers que nous ne reverrons pas est une chance. Nous sommes dans un immense jardin botanique préservé de toute présence trace humaine. Il est aussi difficile d’imaginer que des Indiens aient pu habiter ici. Sur la carte c’est un désert aride, fait de coins, recoins, de canyons torturés, de vues impossibles. Les lignes de niveau sont incroyables, et pour avancer de quelques mètres dans une direction il faut accepter d’aller de droite, de gauche, en avant, en arrière, en haut, en bas. La ou la semaine précédente, nous avions l’impression que le tracé du PCT était tortueux du fait du choix des gens ayant imaginé le sentier, aujourd’hui c’est différent. Il essaye de se frayer au mieux dans un environnement morcelé proche d’un fractal. La matinée se passe aisément. Nous avançons heureusement rapidement, et parcourons quinze kilomètres avant midi. Nous restons vigilants sur notre hydratation. La gestion de l’eau est délicate. Après trois kilomètres, nous ne faisons par d’erreur et ne loupons pas l’intersection qui permet d’aller au lieu-dit « Mike’s place ». Le chemin monte droit, et rejoint une dirt road, ou de nombreux panneaux sur un improbable poteau en bois nous rappel qu’il existe une civilisation. Après une courte pente raide, nous arrivons à un réservoir noir, immense, avec table de pique-nique pour nous reposer. Nous filtrons celle-ci, remplissons nos poches à eau et repartons avec plus de quatre litres chacun dans les sacs à dos pour les vingt prochains kilomètres. Ceux-ci vont être lourds, mais il serait déraisonnable de ne pas l’accepter. Après un rapide retour sur le PCT, nous attaquons la descente vers la plaine d’Anza. Les portions basses des collines sont hostiles, alternance de terre ocre, de zones sablonneuses et de nombreux canyons secs. Nous sommes début avril et il n’y a déjà plus de possibilités d’être à l’ombre sur de longues sections du trajet. Notre passage est heureusement facilité par la persistance d’air frais au nord. La contre partie c’est l’obligation de bien choisir son habillage, idéalement hoodie avec capuche contre les UV. Les cactus que nous croisons sont parmi les plus beaux que nous ayons vus jusqu’à présent. Parry aux épines blanches, boules d’Orcut ou dent de Dragons, immenses, aux épines recourbées, vertes ou roses, seules ou en groupes, Silver Chola en buisson dense, de taille impressionnante. Ces cactus sont, pour certains, exclusifs de ce désert du sud-ouest des états unis. Au point le plus haut de ce jour, nous découvrons les premières vues sur le mont San Jacinto, étape théoriquement prévue dans deux nuitées. Celui-ci est sacrément en neige. D’après les rares informations que nous avons eues, il semblerait qu’aucun PCT hiker n’y soit encore passé cette année. Sauf que celles-ci sont contradictoires et disparates, comme souvent avec les Américains. Premier vrai moment de « fear-mongering », mixte de grandiloquence, « it’s too… », au choix, « much, big, dangerous », de démesure, « you will die », et surtout de connaissance biaisée par une oralité permanente. C’est réellement perturbant, ressemblant vraiment à l’histoire de celui qui a aperçu « l’homme qui a vu l’ours ». Nous ferons un point précis au restaurant Paradise Valley Cafe , dernier moment où l’on croise une route, pour s’engager ou non dans l’immense massif des monts San Bernardino. Nous arrivons en fin d’après-midi à la zone de campement que nous avons repéré sur la carte. Des randonneurs sont déjà présents, limitant le choix des emplacements. Nous réussirons à nous loger dans un renfoncement de fourrés, entre cactus et épineux. Nous sommes surtout à l’abri du vent qui souffle épines et virevoltants. Si nous ne perçons pas nos matelas ce soir, ce sera un miracle. Après un rapide repas, nous nous réfugions au chaud. Les températures chutant vite après le coucher de soleil. Go to the North. J12 J11 En direction de Mike’s place J11 il fait chaud J11 Au mileu du désert d’Anza Borrego J11 Anzo Borrego en verdure J11 Dents de Dragons et Silver Chola J11 La belgique à soif J11 Cactus de Parry J11 en route vers le San Jacinto J11 Au loin le massif du San Bernardino One step back Désert du Mojave One step forward
Jour 10 ~Du Mini Petting Zoo au Pic Raphael
21,5 km 1050 D+ 350 D- Aujourd’hui, nous allons dans les territoires isolés d’Anza Borrego State Park, ou nous monterons plein nord vers les contreforts sud du Mt San Jacinto. Notre objectif est d’arriver dans cinq jours à la ville d’Idyllwild. Après un lever aux aurores, nous rangeons tous nos affaires que nous avions mises à sécher autour du poêle à bois, après les lessives de la veille. Nous ne regrettons pas cette nuit au chaud. C’est bien, gelé et enneigé ce matin. La tempête a laissé sa patte blanche sur l’ensemble des sommets environnants. Pas de remords concernant cette escapade hors du PCT, que d’aucuns pourraient considérer comme une entorse à l’orthodoxie du PCT. Le lodge typique, perdu au milieu de nulle part, avec des propriétaires purs Rednecks est à découvrir. Il est aussi une partie de l’aventure américaine. Nous reprenons, à l’envers et à pied cette fois-ci, la route de latérite. Le sol gelé est plus praticable que la veille. Nous croisons de nombreux animaux, qui profitent des premiers rayons du soleil pour se réchauffer. À la route principale, nous commençons à nous interroger sur le temps que nous allons mettre pour aller à Warner Springs. La séance de stop va se révéler laborieuse. Le premier véhicule qui s’arrête ne peut prendre que deux randonneurs. Nous laissons Régis et Jana monter. Nous décidons de marcher le long sur le bitume… pendant plus de 2 h 00. Heureusement que les paysages sont splendides, compensant partiellement la frustration d’être en « errance » au milieu de l’immense vallée de Chihuahua. Enfin un pick up s’arrête. Le propriétaire descend acheter des cigarettes en ville. Il fera un détour de 20 min pour nous amener au départ du PCT. Les Américains sont étonnants. En tout cas, la magie du PCT opère. Nous apprécions d’être de retour aux affaires. Le PCT démarre sous un pont, moche à souhait, puis chemine le long de la rivière Agua Caliente que nous croisons au moins à six reprises, « River crossing », pénible, mais ce n’est qu’un début. Nous arrivons à ne pas enlever nos chaussures et à garder les pieds aux secs. La Sierra sera plus sportive sur ce point-là. Après avoir quitté le lit de la rivière, nous entamons une longue montée de 6 h 00 en direction des flancs des Bucksnort Mountains dans la Cleveland National Forest. Le lieu est remarquable, alternance de plantes toutes plus exubérantes les unes que les autres, cactus, pommes de pin géantes pleines d’épines, herbacées. Les fleurs de Yucca sont omniprésentes et impressionnantes, certaines faisant plus de 2 m de haut. Durant cette ascension, en fin de journée nous traversons un chaos de granite rose. On se croirait à la maison en Bretagne. Étonnamment il n’y a plus de neige. Celle-ci a fondu extrêmement rapidement. Il ne persiste que ça et la quelques patch isolés et à l’ombre. On sent que le temps est exigeant, alternance de moment froid et chaud. Il ne doit pas être simple d’habiter ici. Ce soir, nous nous installons en compagnie d’autres randonneurs. Nos voisins de tente, deux Américains, Alès et Mission contrôle sont surprenants. Lui à un humour étrange et décalé. Elle est plutôt calme et réservée. Pour des Européens c’est voyage en terre inconnue. Nous sommes incapables de réellement participer aux conversations. C’est aussi cela le Trail. Nous décidons de nous habiller un peu plus que de coutume pour dormir, un calfeutrage des écoutilles est requis. Nous savons que le bivouac va être frisquet. Il fera autour de moins 4 °C cette nuit. Surtout nous sommes exposés aux vents, le petit col où nous sommes n’est pas si protégé qu’espéré. Keep Going J11 J10 Au mini Petting Zoo J10 Lapin au matin J10 Coyotes J10 Vallée des Chihuahua J10 Toujours les plaines J10 River Crossing J10 En montée, reste de neige J10 Pomme de pins J10 Bucksnort Mountains J10 fleur de Yucca J10 campsite du soir One step back Désert du Mojave One step forward
Jour 9 ~De Warner Spring au Mini Petting Zoo
4 km 0 D+ 0 D- durée 2 h 00 Nous nous réveillons dans une ambiance fraîche, mais étonnamment, pas de neige. Bonne nouvelle, même si le ciel est menaçant. Nous pouvons prendre le déjeuner, plier la tente et ranger nos affaires sans nous presser. L’étape est courte, nous sommes à un kilomètre de Warner Springs, où nous pourrons nous rendre au lodge que nous avons réservé. Nous allons apprécier ce premier et « First Nero », comme disent les locaux. Nero veut dire « Near Zero ». C’est une journée, ou vous passez, soit la nuit de la veille, ou à venir, en ville, en ayant juste marché quelques kilomètres. C’est idéal pour se reposer, faire son ravitaillement au calme et surtout ne pas dépenser trop d’argent en hôtel. Pour nous c’est un Nero contraint et forcé, mais bienvenu après une semaine à marcher. Nous savons qu’il va neiger et s’aventurer dans les montagnes et remonter de 1 000 m de dénivelé serait déraisonnable. Au croisement de la route vers Warner Springs, nous continuons quelques kilomètres sur le sentier, car, nous avons vu sur le topo que le PCT franchi à deux reprises la seule et unique route du village. C’est toujours quelques kilomètres de fait et nous serons plus avant pour le retour sur le PCT, demain. Nous avançons au milieu de prés, et passons plusieurs barrières pour vaches et taureaux. Nous sommes aussi obligés à un détour de la zone de Chimney Lake, les bovins étant installés sur le chemin. Nous aurons droit à une visite rapprochée de ceux-ci, rien de méchant, mais un peu trop insistante à notre goût. Les couleurs et fleurs sont par contre au rendez-vous. Nous apprécions ces patchworks de verts, jaunes ou oranges. De nouveau à la route et, après une courte attente, nous sommes rapidement pris en stop, et amenés à un refuge pour PCTiste ou nous allons manger et boire au chaud, les classiques burritos, chips, et boissons locales, gazeuses comme de souvent. Régis et Jana, jeune tchèque de 25 ans qui s’est lancée solo dans l’aventure, nous ayant rejoint nous partons vers 15h00 au « Mini petting zoo ». La séance de stop, ou Régies fera preuve d’un talent étonnant pour arrêter les véhicules, est une nouvelle fois rapide, moins de 30 min. Le conducteur, un des habitants de la vallée de Chihuahua où nous dormons ce soir en profitera pour nous faire visiter ses propres locations. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il nous amènera ensuite directement à notre destination, soit un détour de plus de 20 min pour lui. Trail Magic s’il en est. Le lieu où nous arrivons est improbable. Il nécessite de rouler sur une route en latérite boueuse sur plus d’un kilomètre, au milieu d’une grande plaine isolée, en montagne. Le lodge est baroque, avec effectivement moult animaux, et un décor entre film d’horreurs ou séries B. Ambiance décapante. Inversement, à l’intérieur, l’aménagement est cosy et chaleureux, avec toutes les commodités et surtout une machine à laver le linge. Top, nous en avons tous besoin. Régis qui nous accompagne, réussi aussi à négocier 6 bières auprès du propriétaire. Dans vingt-quatre heures celui-ci aura 44 ans sur le PCT. Le moral est bon, mais on devine tous que sa famille lui manque. Demain c’est une autre aventure qui nous attend. On part pour 110 km en autonomie, direction Idyllwild plus au Nord. Avec la neige on sait que cela va piquer. Go north. J10 J9 Chimney Creek J9 Un arbre graphique à souhait J9 Collines enneigées J9 PCT bien vert J9 Bloom flowers J9 Au loin un troupeau J9 Mini Petting Zoo J9 Jana et Regis J9 Ambiance froide pour cette nuit One step back Désert du Mojave One step forward
Jour 8~Des collines de San Felipe à Warner Spring
24 km 400 D+ 750 D- durée 6 h 00 Nous sommes nombreux ce matin à nous préparer au lever du soleil. Certains ont déjà rangé leurs affaires, notamment ceux qui ont dormi en « Cowboy Camping ». Beaucoup d’Américains pratiquent ce mode de couchage qui peut sembler extrême à nos yeux d’Européens. Il consiste juste à poser son matelas au sol, sans tente. Simple et efficace. Autre culture, et autres voyages. Nous, nous sommes juste trop peureux des risques théoriques liés à la faune. Une araignée dans le duvet… horreur ! La journée est agréable. Le PCT continue à longer l’immense vallée de San Felipe. Nous attendons avec impatience le moment ou nous quitterons les flancs arides du Mt Grapevine et les collines de San Felipe. Cela fait trois jours que nous sommes dans la même vallée et une certaine monotonie nous gagne. Le franchissement d’un petit col vers 11 h 00 nous fait changer de vue et découvrir la vallée de San José. Nous commençons à longer la frontière sud de la réserve indienne de Los Coyotes, dans d’immenses plaines ouvertes et habituellement désertiques. Ce jour, c’est plutôt grandes herbes et tapis de fleurs à profusion. C’est une chance d’après les locaux, la quantité d’eau est cette année exceptionnelle et les conditions de marche sont clémentes. Nous, nous savourons ce désert qui est une ode à la vie, avec de nombreuses prairies verdoyantes, cactées et flores éphémères. C’est difficile d’imaginer ces lieux aux pires heures de canicule estivale. Nous arrivons vers midi à la route Montezuma Valley Road à Eagle Rock Trail Head, après avoir franchi 100 miles. Après une courte attente, nous sommes pris en stop pour nous rendre au lieu dit Ranchita Bodega. Normalement, le ravitaillement se fait au Montezuma Valley Market, mais celui-ci à brûler en avril 2021. Après une campagne de financement sur GofundMe auprès des hikers celui-ci a pu renaître de ses cendres, dans un espace hiker-friendly complètement adapté aux backpackers. Nous ne pouvons qu’apprécier, car il n’y a aucune ville à proximité permettant de réellement s’approvisionner. Nous prenons le temps des achats pour les prochains 125 kilomètres, soit cinq jours de nourriture. La pause repas en compagnie d’autres randonneurs comprend classique nouille chinoise et omelette au barbecue. Un vrai bonheur gustatif après ces premiers jours alternants lyophilisés et Junk Food local. Nous en profitons aussi pour réserver à plusieurs une nuitée au lodge « Mini Petting Zoo ». Puma et Pusher plus lent verront s’ils peuvent nous rejoindre. En effet Pusher doit, fait extraordinaire, soutenir sa thèse de science fondamentale dans quelques jours. Il doit donc sortir du chemin, trouver une connexion internet digne de ce nom et se préparer. Inconcevable en France, de passer sa soutenance en visioconférence. Nous avons à apprendre des Américains dans certains domaines ! Une autre hikeure, Jana se joindra peut-être à nous. Nous sommes de retour sur le sentier en début d’après-midi, en direction de la ville de Warner Spring. Nous marchons plus laborieusement les sacs étant redevenus lourds, mais apprécions les immenses plaines herbeuses, qui ondulent au gré du vent. Nous sommes en plein Western hollywoodien. Ne manque plus que chevaux, cowboys, Indiens et le tableau serait complet. Les traces de pumas, endémiques dans la région, sont nombreuses et récentes sur le PCT. Leurs tailles laissent augurer de la grandeur des félins. Nous nous contenterons d’imaginer. Nous croisons aussi un nombre incroyable de lièvres, écureuils et souris. La faune est peu sauvage et ne s’enfuit que peu à notre passage. Nous ne verrons pas non plus de serpent ce jour. Trop froid peut-être, car il ne fait pas beaucoup plus de 14 °C au soleil. Nous arrivons vers 16 h 00 à Eagle Rock, lieu sacré des Indiens et mythes PCTiste par excellence. Il est un des moments forts du PCT, rendant concrète une avancée qui est difficile à appréhender. Nous sommes aussi surpris, car dans nos esprits Eagle Rock était plus au nord. Nous atteignons en fin de journée l’emplacement de camping que nous avions repéré sur la carte, dans le petit canyon de Canada Verde. Pas d’autres randonneurs, et surtout une place immense, protégée par des arbres avec rivière en contre bas. Nous montons les tentes rapidement pour nous réchauffer. Nous aurons, pendant le repas, la surprise d’avoir la visite d’un couple de dindons, ou Turkey, sauvages d’Amériques. Bruyant, et étonnant. La nuit s’annonce froide, la météo prédisant un épisode neigeux vers 3 h 00 du matin. Effectivement les températures baissent drastiquement. Nous avons bien fait de réserver pour demain. Nous ne traînons pas trop et sommes à dormir à 20 h 00. Good night and keep going. J9 J8 Vallée de San José et Montezuma Road J8 100 miles J8 Eagle Rock Trail Head J8 Ranchita Bodega J8 Vallée de San José J8 San José J8 Footprint, Lion Mountain J8 Prairie dans la vallée de San José J8 Le mauvais temps arrive J8 Au loin San felipe Hills J8 One step back Désert du Mojave One step forward
Jour 7 ~D’Anza Borrego Desert aux collines de San Felipe
22 km 700 D+ 300 D- durée 6 h 30 Nous nous levons vers 7 h 00 après une nuit tranquille. Les températures sont douces au matin. Cela augure d’une journée que nous espérons supportable. Il faudra être attentif, le chemin est exposé au Sud Ouest. Associée à cette exposition solaire permanente, l’absence d’eau va être un point de vigilance constante. L’étape parcourt les flancs du Mt Grapevine au-dessus de la vallée de San Felipe. Les couleurs du désert sont toujours aussi bluffantes, pastels de vert sur une terre ocre, sable mordoré dans les fonds de talweg, cactées et herbacés couvrant les zones ou la vie est possible. Les granits hésitent quant à eux entre les beiges, roses, ou jaunes, en fonction de leurs lointaines origines géologiques. Par contre le chemin rend fou, tellement de tours et de détours que vous voyez les hikers qui ont cinq kilomètres d’avance sur vous à cinquante mètres de dénivelé au-dessus de vous dans les lacets en monté. Étonnant de pouvoir discuter avec eux alors qu’ils sont justes à une heure de marche devant vous ! Mais bon, au moins on profite du paysage. Après quinze kilomètres nous arrivons à un croisement ou nous signons un registre de passage. Cinq cents mètres en contre bas de celui-ci, nous allons à notre première « water cache ». Il s’agit d’emplacement judicieusement choisi pour leurs accessibilités ou des trails Angels viennent déposer des « gallons » d’eau. Ce sont des lieux de vie salvateurs pour tous les randonneurs sur cette section. Leurs utilités est clé, car nous ne verrons pas une seule rivière pendant plus de cinquante kilomètres. Nous prenons le temps de nous reposer à l’ombre, de boire, et de manger le repas de midi. Nous sommes une petite dizaine à profiter de l’instant. Pour la suite de la randonnée sur cette section, il faudra non seulement être parcimonieux sur l’hydratation, mais aussi être attentif à ne pas couler une bielle avec ce soleil direct. Bref boire, mais pas trop. Exercice délicat s’il en est, en effet malgré seulement les 20 °C annoncés à l’ombre, le ressenti est nettement plus élevé dans les fonds de canyons, en l’absence de vent. Sinon, pas de rencontre avec les hôtes du coin, les serpents sont restés cachés. Tant mieux. Au soir, nous dormons sur une épaule sablonneuse à flanc de montagne, entre des arbustes, en balcon au-dessus de la vallée que nous avons longé ce jour. Nous sommes nombreux, les lieux de couchages étant rares. L’ambiance est étrange. Nous sommes à la fois à faire parties du groupe, et un peu à part. La barrière de la langue est présente, certes, mais nous percevons aussi comme un relent malsain de compétition. Certains hikers continuant à se jauger les uns et les autres. On verra bien la suite. Pour le moment on s’occupe de fixer convenablement la tente, le lieu étant exposé aux vents, et nous savourons cet instant de repos. Demain, la journée comprend un passage par le lieu dit Ranchita Bodega ou nous nous ravitaillerons pour les étapes suivantes. Nous prendrons aussi le temps d’aviser pour les prochains kilomètres. Dans deux nuits il neigera, c’est maintenant une certitude. Il nous faudra, avec Puma, Pusher et Régis discuter « Near Zéro ». Nous avons deux choix, rester sur Ranchita, ou aller à la ville de Warner Springs, treize kilomètres plus avant, et trouver un logement où nous pourrions dormir au sec afin de laisser passer la tempête, faire notre première vraie lessive (sic..) et se laver. On avisera demain. Will see and keep going. J8 J7 Vue sur Volcan Mountain J7 Collines de San Felipe J7 Vallée de San Felipe J7 PCT dans la verdure SAn Felipe Hills J7 Oxytrope de Lambert J7 Anza Borrego J7 Ferocactus cylindraceus J7 Anza Borrego Desert One step back Désert du Mojave One step forward
Jour 6 ~De Rodriguez Canyon à Anza Borrego Desert
22 km 540 D+ 740 D- durée 6 h 00 Aujourd’hui normalement, nous devrions avoir une journée peu difficile. Après une nuit réparatrice, nous nous réveillons aux aurores. Nous n’avons pas eu froid cette nuit. Le choix de duvet est le bon. Pas trop lourd, et chaud. Au petit déjeuner, la vue sur le vallon dans lequel nous sommes installées est magnifique, alternance de collines, avec au loin les zones désertiques rases. Avec les rayons levant du soleil l’ambiance est plutôt zen. On décolle vers 7h30 et il commence déjà à faire une température agréable. La journée de marche sera en fait longue, séparée en deux périodes. Au matin, le chemin progresse dans des portions à flanc de moyennes montagnes, le long de relief, ou de canyons de toutes tailles. Nous découvrons le « roller coaster » à l’américaine. Haut, bas, haut, bas. C’est étonnant et les vues changent rapidement, entre les fonds de canyons, les zones planes des sommets, et les flancs nord ou sud. Les forêts du début, composées d’arbustes denses, aux feuilles vert kaki cèdent la place à une végétation plus rase et sèche. Nous apprécions le désert en contrebas sur notre droite. Les perspectives sont toutes plus diverses les unes que les autres. On découvre celui-ci au fur et à mesure de notre perte d’altitude. Nous avons des paysages comme imaginés en préparant le PCT. Rien à perte d’horizon sauf du bush, des cactus et au loin les collines du sud de la Californie. Nous marchons sans difficulté jusqu’au kilomètre quinze, au lieu-dit « Scissors Crossing », jonction entre le PCT et la route qui nous conduira vers le village de Julian. Nous sommes rapidement pris en charge par un Trail Angel qui nous amène directement au magasin de sport pour faire ravitaillement et achat des différents outils manquants/cassés/inadaptés. Nous achetons une nouvelle paire de chaussettes étanche pour Hélène et de la crème solaire pour moi. J’en profite pour récupérer un bâton de randonnée, le mien ayant cassé au 2e jour. Nous déjeunons à midi dans un restaurant typique, ambiance Western, bois aux murs, sol, et plafond, et bien évidemment musique Country. Nous sommes bien au pays de l’Oncle Sam. On met à profit ce moment pour manger des crudités. Ce sera salades pour tous les deux. Dans un second temps, nous allons à l’institution locale Mom’s qui offre Apple Pie et boissons gratuitement aux PCT hikers. C’est étonnant cet accueil des randonneurs. Nous découvrons la fierté et la générosité spontanée des Américains qui participent à contribuer à l’aventure de parfaits inconnus. L’après-midi sera plus tranquille. Nous avons sept kilomètres à parcourir à flanc sud de montagne, en montée progressive, au milieu des cactus qui commencent à fleurir. Rapidement nous croisons un serpent à sonnette. Il va falloir rester attentif. La roche est rouge, ocre, jaune. La géologie est extraordinaire. On continue à voir des cactus de tous types, formes et couleurs. Concernant les épines c’est encore pire, longues, tordues, avec crochets tout y passe. Nous sommes vigilants à ne pas nous frotter aux plantes, jolies certes, mais clairement conçues pour empêcher toutes approches. Une hiker, Marble en fera malheureusement l’expérience la veille avec la version crochet. Pour être enlevée c’est simple on tire. Et visiblement ce n’est pas très agréable. Le soir nous sommes plusieurs à dormir au niveau d’un petit col. Nous sommes exposés au vent. Nous espérons que celui-ci ne soufflera pas. Au loin nous entendons et voyons régulièrement les hélicoptères de l’armée surveiller la frontière. Cela rappelle bruyamment que nous sommes des privilégiés et que d’autres marchent pour d’autres raisons que les nôtres. Demain nous nous dirigerons vers le village de Warner Springs que nous devrions atteindre dans deux jours. En fait il ne va pas falloir traîner, car bientôt il fera moins deux. Keep Going. J7 J6 Hélène et régis au réveil J6 Régis au matin J6 Hélène au matin J6 Fleur de Yucca J6 Emgan au matin J6 Point de vue sur le désert J6 Plantagenets J6 Au loin Scissors Crossing J6 vue sur les collines de San Felipe J6 Cactus J6 Collines du Sud Californie J6 Chercher Régis J6 Bloom Flower J6 Fleur de Yucca sechée J6 Bloom Flowers J6 Dans la plaine de Scissors Crossings J6 Chez Mom’s J6 Les flancs du Mt Grapevine J6 Au milieu des cactus J6 Coussins de Belle mère J6 PCT J6 RattleSnake J6 Camp Site J3 One step back Désert du Mojave One step forward