Jour 35 ~De Green Fire Valley Station à SawMill Campground

32 km 1400 D+ 800 D- durée 8 h 30 Nous nous réveillons aux aurores, comme d’habitude. C’est devenu une routine, et le corps est maintenant à ne plus nous rappeler que 5 h 00… c’est tôt. En fait, comme nous nous endormons vers 20 h 00, nous vivons au rythme des levers et couchers de soleil. C’est bien plus physiologique que ce que nous faisions subir à nos organismes le reste de nos vies. Et d’ailleurs aussi probablement beaucoup plus réparateur. Nous n’avons que très peu de courbature depuis le début de l’aventure.  Aujourd’hui nous sommes plusieurs à prendre la même piste. Les premiers sont sur le trail vers 6h30. Tout le monde veut limiter le temps en plein soleil et certains rangent leurs affaires à toute vitesse. On sent qu’il va faire chaud malgré des températures matinales toujours basses, vers 6-7 °C. Depuis quelques jours les écarts thermiques sont assez importants, plus de 20 à 25°. Nous sommes sur le chemin vers 7h et très vite, dès la première demi-heure, on se retrouve en T-shirt. Nous ne remettrons plus la polaire … sauf pour se protéger du soleil. Un comble.  Nous sentons que nous perdons maintenant de l’altitude, même si le trail continue de nous balader dans les contreforts sud du Mojave. Brutalement, au détour d’un lacet on prend en pleine figure l’immensité du désert devant nous. Nous sommes impressionnées et émues de le voir si proche, presque à pouvoir le toucher. C’est aussi, après presque un mois de marche, l’aboutissement d’un avancement qui se concrétise, doucement mais surement. Nous sommes à une portée de kilomètres de celui-ci, sauf que nous n’y serons officiellement que demain. Par contre, nous évitons une partie du tronçon pour ne pas nous retrouver dans ce que les Américains appellent « poodle dog bush town ». C’est une longue section incendiée, dans laquelle pousse une plante qui a le charme de vous affubler d’un décollement cutané bulleux du genre brûlure sévère pour une quinzaine de jours. Il n’y a aucun intérêt à s’y frotter et grever la marche pour plusieurs jours. Le risque c’est de ne plus pouvoir avancer, et de devoir se soigner au calme. Nous voilà donc, à cinq, Régis, Postcard, Janet, Hélène et moi, sur des pistes en latérite poussiéreuse parallèlement au PCT. Nous ne sommes jamais bien loin de celui-ci, et nous le voyons parfois à moins de 10 mètres de nous. Effectivement les poodle dog sont bien omniprésents et souvent de tailles importantes ! Dans ces conditions, aucun scrupule à ne pas marcher la trace officielle. Nous aurons sur cette route droit à un incroyable moment de gentillesse. Après une vingtaine de kilomètres dans les collines de SawMill mountain, nous croisons des ouvriers qui réparent la piste et installent des tuyaux pour canaliser l’eau dans les canyons d’Abraham, Spring, Forsythe et Steiner. Le conducteur d’engins après s’être rangé pour nous laisser passer descend de celui-ci et vient nous encourager de notre avancée. Il nous fait même un don d’un billet de deux dollars, symbole de chance et de richesse. Il rêve de faire le PCT et nous dit clairement que nous voir c’est un peu le faire par procuration. C’est sa contribution pour que nous réussissions. Étonnant, touchant et surtout incroyable. Décidément, nous sommes sur une autre planète ! Après avoir marché un long moment, nous arrivons au vingt-septième kilomètres au point de ravitaillement en eau. Sur le topo, trouver la source semble simple. En pratique nous allons errer pendant plus de vingt minutes, faisant aller et retour au croisement du PCT et de deux dirt roads à angle droit. Hélène finit par repérer, caché une dizaine de mètres en hauteur dans la colline, une masse qui pourrait correspondre à la citerne que nous cherchons. Après une courte montée, bingo, celle-ci est pleine d’une eau propre. Nous nous chargeons de plus de 6 litres.  Nous repartons vers le Campsite de Sawmill. Nous réussissons à allonger l’étape de deux kilomètres en nous ne trouvant pas un raccourci qui permet d’arriver directement au campement. Nous y retrouvons Régis, Post Card et Janet, qui s’est aussi trompée et a marché 3 kilomètres de mieux. Pas brillant cette histoire.  Nous sommes les seuls hikers ce soir. Nous profitons de la totalité de l’espace pour installer nos tentes aux endroits les plus sympas.  L’ambiance est excellente et chacun soutient l’autre, surtout en raison des bobos multiples bien partagés. Demain ce sera le désert. Enfin ! Go to Canada J36 J35 Green Valley Fire Station au matin J35 Nos voisins de tente J35 Au matin sur Grass Mountain J35 Ceanothe ou lilas de Californie J35 Vers Burns Canyon J35 Leona valley et le rift de San Andrea J35 le Mojave et au loin Rosamond Hill J35 Dans le désert J35 Sur la dirt road de SawMill J35 Au loin, notre prochaine destination dans 5 jours J35 Saw Mill Campground One step back Désert du Mojave One step forward

Jour 34 ~De Piped Bear Spring à Green Fire Valley Station

24.5 km 600 D+ 850 D- durée 6 h 30 L’écrin de verdure où nous avons passé la nuit a été à la hauteur de ce que nous avions imaginé la veille. Les températures sont maintenant idéales. Nous n’avons plus froid au réveil, et elles restent suffisamment basses pour éviter d’avoir trop chaud dans les duvets. Nous nous éveillons vers 5h du matin. L’idée est d’essayer de profiter au maximum de la fraîcheur matinale pour marcher. Ce sont des kilomètres gratuits, le corps est en pleine forme, et l’énergie à son acmé. Nous quittons le campement à 7 h 00, en direction de « Green Valley Fire Station ». Si nous pouvons y être assez tôt nous ferons du stop pour aller manger au restaurant. Les commentaires sur le topo guide sont en faveur d’une infidélité au PCT. Il serait malvenu de ne pas profiter de la possibilité de collationner plus que ce que nous portons dans nos sacs.  Nous commençons notre étape du jour en longeant, en descente, Bouquet Canyon. Nous croisons dans celui-ci un couple de « hikers » qui a passé une nuit compliquée. Des pumas ont agrémenté leurs couchages d’une conversation érotique féline, à proximité immédiate de leur tente. Cela donne, selon eux, une étrange version entre chats en chaleur et hurlements d’intensité énorme, mâtinés de cris ressemblant à s’y méprendre à des pleurs de bébés. Décidément, on est vraiment sur une autre randonnée que celle de nos chemins européens où la faune sauvage a complètement disparu. Nous sommes bien contents de ne pas en avoir profité ! Au fond de celui-ci, nous croisons la route Bouquet Canyon Road, pas très originale comme nom, et remontons, en face sur les flancs de collines sans nom. Les paysages recommencent à être plus ouverts et nous apprécions les vues vers le réservoir d’eau de Bouquet. Il est déjà partiellement asséché, ses berges sont blanches et les nombreux îlets en son sein créent une ambiance de film de fiction.  Nous franchissons ensuite, plusieurs canyons, Spunky, Dowd, San Francisquito. Les collines alentour sont de plus en plus vertes et nous n’avons plus du tout l’impression d’être dans un environnement aride. La chaleur est, par contre, toujours bien présente et on devine que la végétation lance son baroud d’honneur avant la fournaise infernale de l’été. C’est vraiment agréable d’évoluer dans ce cadre, plutôt qu’avec l’air suffocant et poussiéreux des mois qui vont suivre. Elles sont par contre de moins en moins hautes. On sent bien que l’on se rapproche du désert du Mojave. Nous n’avons pas vu de serpent et la faune dans son ensemble se cache aujourd’hui. Nous aurons juste la surprise et l’inquiétude de traverser à deux reprises des essaims de millions d’abeilles qui vont nous rendre visite. Moment surréaliste d’être dans un nuage gigantesque de plus de 20 mètres, bourdonnant autour de vous, se posant sur vous. Le bruit est assourdissant, et nous avons beau savoir qu’en période d’essaimage, elles ne sont pas agressives, cela reste une rencontre extraordinaire et peu rassurante. À l’inverse, dans une cascade d’eau, seul lieu pour faire son ravitaillement hydrique, nous nous ferons attaquer par des guêpes qui logent sur son bord. Hélène se fait malheureusement piquer au niveau de la face. A posteriori, elle s’en sort bien vu le nombre important d’insectes déchaînés que nous devons tuer pour nous débarrasser des funestes visiteurs. D’autres « hikers » auront droit à la même mésaventure au même endroit. Comme quoi il n’y a pas que les grosses bêtes qui peuvent être dangereuses dans ce pays. Nous arrivons vers 14 h 00 à Green Valley Fire Station. Bonne nouvelle, il y a des lieux de campements partout, et surtout, à l’ombre. Nous pouvons aller sereinement en ville. Nous faisons du stop et moins d’une dizaine de minutes plus tard, nous sommes en route pour le bourg de Green Valley et le restaurant le Smoke House. Les commentaires sont excellents et nous avons été informés que le patron ramène après le repas les hikers sur le PCT. Nous ne pouvons que confirmer. Si ce n’est pas top, ça ! Nous retrouvons Régis, qui était parti une demi-journée plus tôt de l’Oasis, et Janet qui a marché plus vite que nous ce jour. Après avoir mangé et bu, nous sommes reconduits au niveau de la station des pompiers locaux. En pratique, ils laissent à disposition un champ libre derrière leurs casernes pour les randonneurs. Cela permet de profiter d’un lieu avec un point d’eau, des poubelles et des tables de pique-nique en bois. Décidément, c’est quand même trois étoiles ce chemin.  Ce soir, il y a une dizaine de tentes et l’ambiance est bon enfant.  Demain, on continue en direction d’« Hiker Town » que nous devrions atteindre dans un peu plus de 2 jours. Nous partirons en compagnie de Janet. Keep going.  J35 J34 Le printemps à son apogé en Californie J34 Dans Bouquet Canyon J34 Reservoir d’eau de Bouquet J34 Fleurs de Chia J34 En route vers Green Valley J34 Dowd Canyon One step back Désert du Mojave One step forward

Jour 33 ~De Agua Dulce à Piped Bear Spring

14 km 750 D+ 200 D – durée 4 h 00 Nous nous réveillons sans alarme. Nous sommes, après un mois, tellement habitué à être debout à 6 h 00, que les charmes d’une grasse matinée sont inexistants. Dès les lueurs de l’aube, nous ouvrons les yeux. Nous hésitons à nous lever, entre 6 h 00 et 7 h 00. Nous procrastinons et finissons par aller déjeuner, en présence d’autres hikers. L’absence de pression est appréciable. Nous n’avons pas de tente à démonter, pas d’affaire à ranger, pas d’eau à filtrer. Un vrai bonheur simple que nous savourons. Nous devons quand même nous activer, il faut faire les lessives, et réparer les quelques dégâts dans nos outils soumis à rude épreuve dans le désert. J’ai depuis deux jours une fuite lente sur mon matelas. Celui-ci est neuf et c’est pénible de devoir depuis une semaine le regonfler la nuit en dormant. Je ne suis pas seul, un Australien que nous croisons de temps en temps sur le PCT a le même problème. Le propriétaire de l’Oasis nous met à disposition une immense bassine ou, après trempage nous repérerons les coupables. Incroyable, mon matelas est percé à deux 2 endroits, et sur le dessus qui plus est ! Après la pose de deux rustines, j’espère que cela sera résolu. Je suis plutôt mécontent du matelas, il s’était troué dès le premier soir sur la précédente randonnée. Le SAV avait duré presque un mois avant la réparation. Sur le PCT il est de nouveau hors service après à peine 3 semaines d’usage. Je ne reprendrais pas cette marque. De sont coté, Hélène fait de la couture, son drap de soie est déchiré, et ses guêtres sont abîmées à deux endroits suite à un coup de crampons. Nous faisons ensuite le ravitaillement pour les quatre prochains jours, ce qui nous permettra d’arriver à « Hiker Town » à la porte du désert, notre prochaine étape. Nous n’avons pas à courir à l’épicerie locale, les gérants de l’Oasis ont créé un mini store qui comprend LA totalité de ce dont à besoin un randonneur. Incroyable, et de d’autant plus que les prix sont à peine plus élevé qu’en supermarché. Ce sera pour nous LE meilleur spot de couchage trail Angel de l’ensemble du PCT. À midi, nous profitons d’être en ville pour aller manger dans un restaurant, en face du mexicain de la veille. Le Cowboy Tavern est situé sur une longue avenue. On se croirait dans un western. Le bâtiment est de couleur beige délavé, avec une terrasse défraîchie par le soleil, bordée de vieilles roues rouges de chariot à bâches. À sa droite une citerne d’eau, rouillée, à cinq mètres de hauteur finit de compléter le tableau. Nous y sommes enfin dans notre Amérique de cowboy. Le passage sur la route de locaux en chevaux ajoute définitivement au spectacle. Le repas est correct, le sempiternel burger est bien préparé. Cool. En discutant avec les autres randonneurs, nous sommes prévenus que les températures vont devenir de plus en plus chaudes les prochains jours. Nous redémarrons seulement vers 15 h 00. Après avoir marché deux kilomètres, nous croisons un trail Angel qui nous donne des fruits frais. Il est étonnant, et sacrément roots. Pour parachever le tableau, il a  un bras de mannequins qui pend de son coffre. Ils nous surprendront à chaque fois. Il fait encore bien chaud en de début d’après-midi et cela confirme les propos entendus ce jour. À la sortie nord d’Agua Dulce, nous prenons un chemin en montée vers les collines et poursuivons notre périple dans Angeles National Forest. Le lieu ressemble à s’y méprendre aux prés Alpes du Sud. Les graminées de grandes hauteurs sont abondantes et en fleurs, allergiques s’abstenir. Nous voyons des sommets et falaises dans le lointain, à perte de vue. Étonnamment nous ne croisons plus de cactus. Par contre, notre serpent quotidien est de retour. La taille du Rattle Snake est peu rassurante. Clairement on ne s’habitue pas. Après une montée bien tonique le long des flancs du mont Mc Dill, nous arrivons à un col sans nom. Les couleurs du coucher de soleil sont magnifiques et nous sommes impressionnés par la sensation d’immensité qui se dégage du lieu. Nous ne restons pas traîner, car il commence à être tard et il nous faut absolument être à la fontaine de Bear Springs pour nous ravitailler en eau. En espérant que celle-ci ne soit pas tarie. Après deux kilomètres en descente, nous trouvons la source en sous-bois. Janet, que nous avions croisé la veille est déjà là, et nous a réservé une place pour la tente. Un grand merci à elle. Nous dînons sur le tard à la frontale. L’ambiance est particulière. La présence de l’eau attire de nombreux animaux autour de nous, souris, corbeaux, crapauds. Ils sont peu sauvages. Chacun y va de son vacarme. On espère  qu’ils ne feront pas de dégâts dans nos sacs. En discutant avec Janet sur les motivations pour faire marcher le PCT, elle nous confie que c’est pour faire quelque chose de BIG dans sa vie. C’est sûr que pour être big, c’est BIG le PCT. Magique. Go to Canada J34 J33 L’Oasis au matin J33 Trail Angel J33 Dans les collines d’Angeles National Forest J33 Lupins sur le bord du chemin J33 Acton Koa au sud J33 sur les crêtes du mont Mc Dill J33 Le sommet du Mont Mc Dill One step back Désert du Mojave One step forward

Jour 32 ~De Mattox Canyon à Agua Dulce

23.5 km 700 D+ 700D- durée 6 h 30 Nous devrions bénéficier d’une journée clémente.  Nous avons peu de kilomètres à parcourir et nous devrions arriver tôt à Agua Dulce. Cela nous permettrait de prendre un nero day. Nous avons impérativement besoin de faire le ravitaillement, et de nettoyer nos affaires. Les dernières étapes ont été plutôt poussiéreuses.  Nous nous levons comme d’habitude à 6h00, au lever du jour. Les températures sont enfin agréables, ni trop chaudes, ni trop froides. Il y a beaucoup de tentes ce matin, de nombreux hikers sont arrivés sur le tard. Certains font des journées vraiment importantes de plus de 40 kilomètres. En pratique, nous préférons avancer à un rythme qui permettra d’être en presque 45 jours aux portes de la Sierra Nevada. Si nous atteignons trop tôt la porte sud des hautes montagnes, nous devrons composer avec presque un mois de neige.  La première partie de marche est facile. Nous alternons courtes montées et descentes. Les collines ont perdu de leurs superbes et nous ne grimpons au plus que de 100 mètres. Le désert est maintenant une constellation de plantes qui profite des conditions clémentes du printemps pour fleurir. Tous les arbustes sont couverts de jaunes, violets, pourpres, rouges, roses, pour le plaisir de nos yeux. De hautes herbes sont aussi présentes, et ondulent au gré du vent. Cette section est réputée chaude et pénible en période plus tardive. Nous savourons de ne pas cuire en plein désert. Après six kilomètres nous arrivons à la route Soledad Canyon. Elle relie Los Angeles à Palmdale et Lancaster. C’est un lieu de passage fréquenté. Nous n’avons pas à faire de stop et longeons celle-ci pour nous rendre au L.A. RV Resort d’Acton Koa. Nous découvrons la démesure des premiers camping-cars (RV) à l’américaine que nous croisons. Certains font plus de 4 m de haut pour 15 mètres de long. Impressionnant. Nous mangeons un deuxième déjeuner, et complétons nos sacs avec un court ravitaillement pour terminer sereinement notre étape du jour.  Nous retrouvons de nouveau Janet, l’Américaine avec qui nous avions parcouru Mission Creek. Elle est restée dormir au RV. Elle était devant nous. Elle n’a pas fait de pause à Big Bear, et WrightWood. C’est sympa de discuter avec elle. Elle profite encore un peu du lieu, puis partira pour Agua Dulce en fin de matinée.  Nous revenons vers le PCT et franchissons la Santa Clara River dans Soledad Canyon. Nous savons que nous allons avoir 300 mètres d’ascension en plein soleil le long de Three Sisters Rocks. Nous démarrons tranquillement. Il n’y a plus de forêt, et une prairie ininterrompue d’herbes hautes couvrent les collines. Des falaises ocre, conglomérats d’un ancien fond marin émergent çà et là sur des crêtes que nous contournons. Nous passons rapidement les canyons de Bobcat, Long et Nellus puis descendons dans l’immense Escondido Canyon. Au loin une monstrueuse autoroute raye le paysage. Antelope Valley Freeway est comme de souvent démesurée. De nombreux véhicules, voitures, 4*4, Pick up, camions créent un bruit sourd et désagréable. La civilisation est de retour. Nous nous engouffrons sous celle-ci, à l’aide d’un tunnel de 300 m de long, dans lequel coule un maigre ruisseau. Nous nous retrouvons sans transition dans un canyon absolument incroyable. Les falaises qui nous entourent font plus de 40 mètres de haut et les parois sont à moins de 5 mètres l’une de l’autre au plus étroit. Les rochers sont un conglomérat de galets enchâssés dans un ciment ocre, travaillés par l’érosion. Des anfractuosités servent de refuges à de nombreux oiseaux et des coulées de guano blanc sont omniprésentes. Au détour d’un lacet, en franchissant la rivière nous croisons deux jeunes femmes, Indiennes en prière. Le lieu est encore sacré pour les Indiens Tataviam. Ils ne sont plus que 900 et ont bénéficié d’un don de 500 acres du fond Land Veritas début janvier 2024. Paradoxe, le site est aussi quelques kilomètres plus loin un attrape touriste venant voir les parois et escarpements qui ont servi de cadre aux films Star Trek, la planète des singes et tant d’autres. Vasquez Rock est un de ces lieux, protégé… à l’américaine. Le PCT évite les formations rocheuses par le nord. Par contre les visiteurs peuvent quasiment y aller en voiture. À n’y rien comprendre. Le leave no trace n’est pas valable pour tout le monde ! Nous arrivons en milieu d’après-midi à Agua Dulce, ou, après avoir arpenté 1,5 km de bitume, le long d’Agua Dulce Canyon Road, nous retrouvons Régis le Belge qui nous accompagnait depuis le début. Nous l’avions perdu de vue depuis une semaine. De nombreux autres PCT hikers sont présents. Nous avons presque rattrapé la bulle devant nous partis les jours précédents. Nous profitons de l’épicerie pour acheter une glace, plaisir simple, mais ô combien agréable.  En fin de journée, avec Régis, nous marchons plus avant vers la sortie du village ou un particulier a aménagé son jardin pour accueillir les randonneurs. L’Oasis est un de ces lieux improbables qui n’existent que sur le PCT. Entre camping et site improvisé. Nous y trouvons tout ce dont peut avoir besoin un PCTiste, douches, lessives, ravitaillement. Demain grasse matinée. L’endroit est un must have et est à la hauteur de sa réputation. C’est en emplacement incontournable. Le soir, nous allons manger au restaurant Maria Bonita, le mexicain du coin. Les portions sont copieuses. Par contre, nous n’arrivons pas à nous faire à l’absence de plats simples. C’est comme de souvent gras, avec peu de saveur.  Heureusement la faim permet de trouver bon ce qui est moyen.  Keep Going.   J33 J32. Entre désert et collines verdoyantes J32 En route vers les Three Sisters Rocks J32 Antelope Valley Freeway J32 Flanc des Three Sister Rocks J32 Bloom flower J32 Parterrre d’Asters en fleurs J32 Soledad Canyon J32 PCT en fleurs J32 Acton Koa RV J32 le PCT au printemps J32 Le désert…vert J32 Falaises au dessus de Soledad Canyon J32 Algua Dulce J32 Tunnel sous Antelope Valley Freeway J32 Escondido Canyon J32 Escondido

Jour 31 ~De Bear Trap Canyon Road à Mattox Canyon

24,5 km D+600 D-1500 durée 6 h 30 Aujourd’hui est une étape de transition. On continue d’arpenter les collines qui longent horizontalement plein ouest le désert du Mojave. C’est long, nous avons l’impression de ne plus avancer. Nous savons que le chemin doit (devrait ?) monter vers le Canada. Hors nous voyons bien que nous démarrons avec le soleil dans notre dos, puis que celui passe à notre gauche vers le Mexique. C’est tout sauf encourageant. Contre mauvaise fortune, nous nous motivons en pensant à tous les kilomètres déjà parcourus. On alterne entre les flancs nord, vert du printemps qui s’est installé, et les flancs sud, complètement arides et couverts d’épineux. On sent la végétation contrainte de choisir son camp. Adaptée au soleil ou non. Et nous, on ne sait plus comment s’habiller. C’est étonnant, mais compliqué à gérer. Soit on accepte d’être en mode hiver et du coup on a trop chaud. Soit l’inverse. Nous avançons ainsi sur plus de 18 km sur une pseudo ligne de crête. Nous passons le mont Gleason, que nous contournons par le nord, puis Messenger Peak, et enfin Snow Benchmark, après une station de Ranger, au niveau de North Fork Saddle. Au neuvième kilomètre, juste après le mont Gleason, nous nous trompons et repartons en arrière, vers Deer Springs Campground. Nous nous rendons heureusement rapidement compte de notre erreur. Il s’agirait de ne pas faire n’importe quoi. Il y a déjà assez de kilomètres jusqu’au Canada ! En plus, cette section est intégralement sèche et ne pas faire de distance supplémentaire éviterait de consommer de l’eau inutilement. Nous restons étonnamment haut, et surplombons de petites collines et la plaine, de plus de 800 mètres par endroit. Les perspectives sont justes gigantesques. On devine au loin dans la vallée vers le nord, les bourgades de Ravenna et Acton. Nous n’aurons pas besoin de nous y rendre. Nous sommes autonomes jusqu’à la prochaine ville d’Agua Dulce. Le chemin est par moment visible sur plus de 5 kilomètres le long des flancs abrupts de sommets sans nom, ajoutant à l’impression de se traîner. Nous croisons aussi un nombre conséquent de canyons, Pacoima, Chimney, Iron, Sold, Mill et enfin Mattox. Le caractère torturé de la géologie locale est important. C’est un immense dédale et le temps se dilate à tourner de droite et gauche en permanence. Il n’y a aucun vrai répit, car à chaque virage les vues se modifient, et le PCT n’en finit pas de durer.  Nous avons même l’impression que le concepteur du PCT a pris un malin plaisir à ajouter des kilomètres et des lacets. Vers la fin de la journée dans les pentes d’Indian Peak, le chemin nous nargue moins de deux mètres en dessous. Il faut parfois jusqu’à 20 minutes pour atteindre la proche courbe de niveau inférieur. Un vrai supplice. Et vouloir envisager de passer par des raccourcis est juste impossible. La végétation est la pour vous rappeler que vous avez une peau d’humain, pas un cuir de sanglier. Cela se calmera en fin d’étape avec la perte d’altitude. Nous arrivons enfin au bout de notre longue section. Elle nous a semblé interminable, alors que nous avons marché moins de 7 h 00.  Le campsite du soir est par contre exceptionnel. Mattox Canyon est fleuri, et le petit torrent va faire la joie de nos articulations fatiguées. Les genoux protestent après 1500 mètres de dénivelé négatif. Nous montons la tente, entre cactus et herbes hautes, avec vue trois étoiles sur des Yuccas. Nous profitons de l’eau en abondance pour faire une toilette après six jours de poussière et de sable. On n’en peut plus de la crasse. Demain, enfin, Agua Dulce. On va pouvoir manger, se laver et surtout faire la lessive de nos pauvres vêtements dépités d’être soumis à un tel régime. Go North. J32 J31 Départ de Bear TraCanyon Road J31 Fantomatique forêt brulée J31 Sur les flancs arides du Mont Gleason J31 Indian Paintbrush J31 Végétations rases des flancs sud J31 début de Mattox Canyon J31 Un océan de collines J31 Sur le fil du PCT J31 Au loin la prochaine étape One step back Désert du Mojave One step forward

Jour 30 ~De Little Rock Canyon à Bear Trap Canyon Road

27 km D+900 D- 900 durée 6 h 30 Finalement, le couchage n’était pas si protégé des vents. La tente trois saisons est une vraie passoire. Elle est légère, mais n’est pas totalement efficace. La nuit aura été pénible, Éole a soufflé fort, avec des rafales à 50 km/h. Ce matin il y a de la poussière de désert sur nos affaires. Nous commençons à être dans l’ambiance, sale, probablement puants et affamés. Vive la randonnée longue distance.  Nous déjeunons rapidement et rangeons nos sacs sans tarder. Nous sommes devenus sacrément efficaces au bout d’un mois dans la nature. Nous démarrons et attaquons la montée du jour, 400 mètres en balcon au-dessus des plaines où nous voyons au loin, Palmsdale et Lancaster, que nous atteindrons dans une semaine. Nous franchissons aisément la bosse. Les vues sur le lointain sont à l’identique des jours précédents, mosaïques désordonnées de forêts vertes et de désert arides toutes plus impressionnantes les unes que les autres. Çà et là, quelques touches de bleus des réservoirs qui alimentent les villes du Mojave. La présence de nombreux nuages crée aussi un paysage changeant où les ombres qui glissent sur les collines renouvellent les panoramas à toute vitesse. Beaucoup moins difficile que les sommets des jours passés, nous arrivons, à peine deux après notre départ, au point culminant de notre étape. Sauf que, le vent persiste et s’intensifie. Les températures basses, 3° ce matin, 10° en journée vont rendre la marche franchement désagréable. Au col de Sheep camp Spring, le vent est même tellement puissant que nous avons l’impression d’être dans un réacteur d’avion. Un grondement sourd, permanent nous empêche de nous parler. Les arbres oscillent et penchent violemment. C’est dantesque, et pourtant nous sommes habitués, bretons que nous sommes. On sent bien que les courants d’ouest en provenance de l’Océan Pacifique rencontrent ici leurs premiers obstacles. Nous sommes obligés nous habiller en mode cosmonaute sous peine de refroidissement éolien. La température ressentie est proche du zéro. Pour l’instant on ne peut pas dire que l’on a beaucoup souffert de la chaleur depuis le départ ! Nous découvrons aussi nos premiers blowdown. Les arbres morts des incendies précédents jonchent le PCT. Ils ont pour surnom Widows Makers, pour faiseurs de veuves, du temps ou les cowboys arpentaient le wild wild west. Nous consacrons ainsi notre première partie de journée au franchissement de troncs brûlés tombés sur le sentier. Toutes les méthodes sont autorisées : assis, à 4 pattes, par-dessus, par dessous dans la pente. Rigolo en soi, sauf que le charbon de bois ça tâche. Ce soir on est bien cracra. Heureusement, nous continuons à voir le Mojave. Nous aurons la chance d’assister à une tempête de sable au lointain. C’est un immense tourbillon jaune, orange qui monte dans le ciel et se mêle aux blancs des nuages. Impressionnant, et surtout peu engageant. Le repas du midi se fera au « Trail Head Pacifico », sur la route de Middle Creek. Une course de voitures indigènes crée un vacarme assourdissant. Nous assistons à une débauche de véhicules tous plus onéreux les uns que les autres, qui avec sa Ferrari, sa Porsche ou sa Corvette. Un vrai défilé. Étonnamment les locaux semblent apprécier les couleurs exotiques. Nous voyons pour la première fois des Ferrari roses, jaunes canari, vert pomme. À ce niveau la, ce n’est plus du mauvais goût ! Enzo s’en retournerait probablement dans sa tombe. Surréaliste, surtout quand on vient de vivre 3 jours au rythme d’« Into the Wild ». Nous repartons le long des flancs nord de Gleason Benchmark et de Beartrap Peak. Les faces sud des collines vers le désert sont complètement arides. Seuls de rares buissons ajoutent quelques pastilles vertes à l’uniformité de la terre orange vif. Incroyable, car nous, nous profitons d’une forêt de pins de grandes tailles.  L’étape est particulièrement pauvre en point d’eau et nous espérons pouvoir nous ravitailler au canyon d’une des affluents de Gleason Canyon. Un vrai bonheur, le ruisseau coule à flots et est clair. Nous décidons de dormir une centaine de mètres plus loin, à proximité de North Fork Saddle Station, « en vrac » sur Bear Trap Canyon Road. Nous posons notre tente à moitié sur le PCT et le peu d’espace disponible, en parallèle du chemin. Un autre randonneur fera de même.  Nous pensions aller quelques kilomètres plus loin, mais le topo est imprécis quant à la possibilité de dormir. Si nous ne pouvons pas y rester, nous serons quittes pour marcher 10 kilomètres de plus. C’est un pari que nous ne voulons pas prendre.  Demain on se rapproche d’Acton ou nous pourrons faire un court ravitaillement d’une journée puis ce sera Agua Dulce. Nous sommes tranquilles et avons bien calibré nos vivres. Par contre vivement la douche, cela fait 6 jours que nous sommes sales et poussiéreux et c’est… perturbant. Vive le mérinos. Keep going J31 J30 Canyon de North Fork Saddle Station J30 PCT dans les bois J30 Ancienne forêt brulé J30 Premier blow down J30 Les flancs de Mattox canyon J30 GreenLeaf Manzanita J30 Au loin Palmsdale et Lancaster J30 Désert et collines arides J30 Angeles National Forest. Au loin en jaune une tempête de sable. J30 Col sans nom J30 Mill Creek Picnic Area J30 Flanc du Mont Gleason One step back Désert du Mojave One step forward

Jour 29 ~D’Islip Saddle à Little Rock Canyon

27 km 500 D+ 850 D- durée 7 h 00  Nous devrions avoir une journée tranquille. Nous nous réveillons un peu plus tard que de coutume. Le passage par le Baden Powell a été bien fatigant. Nous ne serons probablement pas aussi « efficace » aujourd’hui. Nos voisins allemands ont déjà commencé à plier et ranger leurs tentes. Nous émergeons tout juste de notre abri. Le ciel est bleu et il n’y a plus de nuages au col. Ou alors du fait des températures fraîches de cette nuit, ils sont descendus plus bas dans les vallées. Nous verrons bien. Première difficulté au matin, notre briquet pour allumer le réchaud a décidé de tomber en panne. Ajouter à cela un piezo de secours qui fait des caprices. Pas cool. Il reste quatre jours à marcher. Si nous ne pouvons pas manger chaud cela va être compliqué. Tant pis, on s’adaptera. Au moment du départ, nous voyons arriver un chasse-neige. Il nous informe qu’il pleut sur toute la partie ouest de la Californie, et sur la ville de Pasadena en contrebas. Nous lui demandons si il a un briquet. Malheureusement il ne fume pas. Pour une fois que l’on trouve que c’est un défaut ! Il repart, au volant de son énorme véhicule, nettoyer le bitume des cailloux qui sont tombés dessus tout l’hiver. Original, mais efficace.  Nous décidons de ne pas gravir le mont Williamson qui nous domine. Le sentier passe par ses flancs, et fait une boucle au-dessus de la route Angeles Crest. Nous échangeons 4 kilomètres et 350 m de dénivelé, contre 1,5 kilomètre et 50 mètres de montée facile SANS neige. Le choix est rapide. Nous ne voulons par remettre les crampons. L’highway n°2 Angeles Crest Scenic Bywy déroule son tracé le long du mont Cedar Springs sur plus de 30 km. Normalement nous devrions retrouver le PCT au troisième kilomètre, au niveau d’un bâtiment de rangement des personnels d’entretien de la voirie. Sauf qu’un incendie a détruit une partie de la flore et de la faune il y a quelques années et que le PCT est clos pour cause de protection d’une espèce rare de grenouille. Va pour le bitume pour le reste de la matinée. Du coup ça déroule et les 20 premiers kilomètres se font sur une route vide de voiture. Ce ne sera probablement pas le cas quand nous croiserons Angeles Forest Highway dans 24 h 00 au col de Shortcut  Pass.  Nous rattrapons nos quatre Allemands. C’est une famille, une mère, son fils et deux cousins. Celle-ci est en difficulté et on devine que l’aventure va être compliquée. Elle n’a pas l’énergie pour avaler les miles et les dénivelés lui coûtent. On espère qu’elle arrivera à passer la haute sierra, mais dans l’état actuel de sa méforme c’est utopique.  Les paysages sont plutôt agréables en balcon au-dessus de la mer de nuages sur les plaines californiennes. Nous franchissons la borne 400 mille dans la matinée. Ça y est nous dépassons notre plus longue distance. Six cent quarante kilomètres de parcourus. À partie de maintenant c’est le grand saut dans l’inconnu. Nous n’avons jamais connu les changements physiques de cette distance. On fera bien attention à rester à l’écoute de nos corps. Il ne faudrait pas perdre trop de poids. Vers midi, nous arrivons au niveau du petit village de Three Points. La route oblique vers le sud. Nous prenons le temps de manger sur une table de pique-nique en bois. Il y a peu de monde et nous en profitons pour nous reposer. Nous quittons de nouveau la civilisation, et retrouvons le trail. Il part vers l’ouest, puis le nord dans des collines qui ressemblent à s’y méprendre à un mixte floral entre la garrigue méditerranéenne et le site de Néouvielle dans les Pyrénées. Chênes verts, buissons ras et épineux, denses, le tout avec des pins sur les hauteurs granitiques de couleur ocre. Étonnant. Nous avons enfin terminé avec les difficultés et nous ne verrons plus la neige avant un moment. Le moral s’en porte mieux.  Nous entrons dans l’impressionnante zone géographique d’Angeles National Forest. Le sol, rocailleux jusqu’à présent est maintenant sablonneux. Il est plus agréable à marcher et nous avançons vite. La trace plutôt descendante se faufile entre des collines de petites tailles, en suivant les fonds de canyon, de cours d’eau. A un tente site en bord de PCT, nous découvrons des restes de couchage. Nous avons appris qu’un randonneur a été évacué par les secours il y a quelques jours. Les allemands s’arrête ici ce jour après 21 kilomètres. Nous devons encore marcher 6 kilomètres et nous ne restons pas. Nous franchissons en fin de journée South Fork Rock Little Creek. Nous en profitons pour nous ravitailler et remplir nos gourdes. Le lieu est une oasis de végétations diverses et variées en bord de rivière. La présence d’une dirt road à proximité ne nous incite pas à poser notre campement. Nous devrions pouvoir nous arrêter dans un kilomètre au plus. Nous avons repéré sur le topo un campsite vers Little Rock Canyon qui fera l’affaire. Nous avons de la chance, il est libre. En effet, il est écrit « one site », et c’est effectivement tout petit. Nous calons la tente entre deux épineux. L’emplacement est top, protégé du vent avec une vue à 360° sur les collines environnantes. Ce soir nous dormirons au milieu du désert dans une ambiance plut reposante que les jours précédents. Étonnamment, nous constatons que nous avons bien marché, et que la journée d’hier ne nous a pas trop entamés. Les corps commencent à être entraînés et efficaces.  Nous serons normalement à Agua Dulce dans les temps. Nous pourrons y faire notre ravitaillement.  Go to Canada. J30 J29 CampSite d’Islip Saddle J29 Mer de nuage sur Pasadena J29 Nous rattrapons les Allemands J29 L’Ouest Californien J29 Angeles National Forest J29 640 kilomètres J29 Le PCT dans la garrigue J29 Le village de Three Points J29 South Fork Rock Little Creek J29 les collines de Camp Rosenita J29 Campsite du

Jour 28 ~De Jackson Flat à Islip Saddle

18 km 1350 D+ 1500 D- durée 12 h 00 Nous nous réveillons les premiers. Nos voisins de tente semblent avoir oublié leurs résolutions de la veille. Au lever de soleil, l’absence de nuage augure d’une météo parfaite. Nous espérons que cela sera le cas.  Après un déjeuner copieux afin d’être prêts énergétiquement, nous rejoignons rapidement le PCT, et commençons la descente vers le trail head du Baden Powell. Le chemin est bien tracé. Sur le Baden que nous voyons maintenant proche, la neige est omniprésente et démarre bas. Nous atteignons Vincent Gap moins d’une heure après notre départ. Il est 7 h 30 et nous croisons un hiker qui a dormi en cowboy camping dans les toilettes du parking. Il est descendu la veille au soir et semble bien secoué. Peu loquace, il ne nous fournit que peu d’informations quant aux conditions de randonnée. Pas rassurant tout ça !  Le passage du mont Baden Powell est réputé costaud, et les dénivelés sont importants. Nous avions hésité à contourner celui-ci. Après avoir discuté avec plusieurs hikers qui sont passés les jours précédents, les réponses, « faisables, juste beaucoup de neige », nous ont décidés à faire la section. On démarre l’ascension à 8h00. Le chemin est peu incliné. Vingt minutes après le départ nous sommes confrontés à nos premiers névés. La pente devient plus raide, à presque 45°. Nous sommes obligés de chausser les crampons. Va alors commencer une galère de quinze kilomètres de neige, d’escarpements abrupts jusqu’à 60°, de corniches bien formées et d’absence totale de PCT. La difficulté n’est pas due à l’inclinaison, mais à un cheminement erratique. Les premiers ont tracé tous droits, en faisant des marches hautes. La navigation est pénible, et il n’y a aucune cohérence dans la progression. Par moments nous avançons en lacets, puis brutalement l’ascension est directe, puis de nouveau des pas en diagonales. Bref un bazar invraisemblable. Ajoutez à cela les hikers en descente qui ont littéralement détruit, en faisant des glissades, les rares sentes existantes. Cela finit par presque ressembler à de l’alpinisme. La progression la plus facile est crampons pointes en avant. Pas sympa pour les mollets, mais au moins nous sommes sécurisés sur les sections un peu trop raides. Ils se sont d’ailleurs révélés indispensables. Sans eux c’était trop limite. Par contre avec les gros sacs c’est une vraie épreuve physique, obligeant à pousser fort sur les bâtons pour se hisser. Les muscles sont par moment à l’agonie.  Vers 2500 mètres d’altitude, l’orientation devient plus évidente et nous commençons à deviner le sommet. Le PCT suit une arrête qui canalise les traces et nous pouvons enfin apprécier la progression.  Après quelques ressauts nous arrivons vers midi au point culminant de la journée. La vue est impressionnante et à couper le souffle vers le désert au nord. Vers l’Est nous dominons les grandes plaines du Mojave. A l’ouest la mer de nuage qui est installée sur la Californie ne nous permet pas de voir la tentaculaire banlieue de Los Angeles et l’océan pacifique. Dommage. Après une rapide pause, nous repartons plein nord. Nous devinons que nous allons devoir louvoyer sur une arête, en équilibre entre ciel et terre. Heureusement, l’exercice de funambule sera plus facile qu’en montée. Nous devons par contre être vigilant, par endroit nous surplombons le versant Est du Baden, toboggan probablement mortel en cas de chute. Nous alternons pendant un long moment raidillons et descentes, pentes à droite ou gauche, et ne faisons que quatre kilomètres en 4 h 00. La vitesse est faible et nous commençons à fatiguer moralement. Il est à peine 16 h 00. Nous avons juste dépassé les 10 kilomètres et il nous reste encore 700 mètres de déclivité. À ce rythme nous ne serons pas arrivés avant 20 h 00. Nous enchaînons les monts Burnham, Throop Peak, et Hawkins. Les pentes Est de Throop Peak sont vraiment raides, et nous y perdrons du temps, en nous égarant en forêt avant de retrouver la trace sous le Mont Hawkins. Pas simple. Nous atteignons le col Windy gap vers 18 h 00.  Celui-ci est en neige, sans lieu de couchage évident. Le vent vient de forcir et pousse les nuages le long des crêtes et des cols où nous évoluons. Les conditions vont se durcir. Nous ne pouvons pas envisager de camper ici, même si nous l’avions voulu. Notre tente n’est pas prévue à cet usage. Nous ne devons pas rester en altitude. Il n’y a plus d’autres choix, il nous faut poursuivre vers Islip Saddle. Nous voilà repartis pour 250 mètres de descente de plus. Nous apprendrons plus tard que Régis et Jana ont dormis vers 2300 mètres dans la neige au campsite Little Jimmy Campground situé un peu plus bas. Ils y passeront une nuit bien pénible. La  journée est pour le moment une des plus difficile et éprouvante. Le kilométrage n’est pas impressionnant, mais, entre glissades, coups de crampons dans les pantalons et « postholing » parfois jusqu’à la taille, on doit admettre que l’on est bien fatigué.  Nous nous remobilisons, et on continue à rester prudent. Nous avançons maintenant le long des flancs du Mt Islip, en plein brouillard dans une forêt incendiée, au crépuscule. L’ambiance est garantie « fin du monde ». Nous arrivons enfin au col d’Islip, attitude 2020 mètres. Il n’y a pas d’espace de camping réellement aménagé, et nous ne sommes pas seuls. Les Allemands que nous avions vus il a 3 jours ont poursuivi leurs périples bitumesque et sont présents. Nous installons la tente entre forêts, goudrons et plantes rases du mieux possible. No comment. Les nuages continuent à monter des basses vallées et les températures sont franchement mesquines pour la saison. Il est 20 h 00. Cela fait presque 12 h 00 que nous marchons. Il est temps de se reposer ! Demain, on espère que ça sera plus cool. Keep going to the North. J29 J28 Vincent Gap J28 Montée droit dans la pente J28 Vers 2500 m J28 Pente sommitale du Baden Powell J28 Sommet du Baden Powell J28 Corniches du

Jour 27 ~De camp Hachey à Jackson Flat

24 km 900 D+ 600 D- durée 7 h 00  Le coucher de soleil était magnifique la veille. Ce matin, le lever aux aurores est encore plus impressionnant, d’une beauté sauvage difficile à décrire. Les rayons à l’aube éclairent la vallée et le canyon de North Fork little Creek. La face est du mont San Antonio s’illumine en un gigantesque phare isolé. Les neiges du sommet changent de teintes au fur et à mesure que le soleil sort de sa torpeur. Au loin, vers le sud, le massif des monts San Bernardino émerge d’une mer de nuage, qui s’étend à perte de vue sur les plaines de la Californie. Une palette de couleurs, d’un rouge sang carmin jusqu’au bleu noir de la nuit qui s’éloigne, explose en un kaléidoscope cyclopéen et font de ce moment un instant rare pour les yeux.  Le réveil à 5 h 00 du matin est laborieux. On sait que l’on va devoir marcher sur la neige et comme nous souhaitons ne pas arriver trop tard au col d’Inspiration Point qui permet de rallier Wrightwood, le départ tôt est une nécessité. On espère bénéficier d’une couche de regel solide, et ne pas nous enfoncer à l’identique du passage de Big Bear, il y a quelques jours. Nous aurons aussi un temps de trajet obligé vers notre ravitaillement. La route vient juste d’ouvrir et nous devrions pouvoir appeler un Trail Angel qui nous a laissé son numéro de téléphone. Il n’empêche, nous émergeons avec lenteur et les températures sont encore bien fraîches.  Après un petit déjeuner copieux on file vers le sommet de Wright Mountain, 2597 mètres. On marche ensuite entre 2500 et 2600 m le long de l’immense crête boisée de Blue Ridge qui permet de rejoindre l’highway Angeles Crest. On sent bien l’altitude et l’ambiance est plutôt alpine, si on ne regarde pas en direction de l’étendue désertique à notre droite et si nous ignorons les yuccas et cactus que l’on croise jusqu’à la côte 2500 m. L’étape n’est pas passionnante. Le PCT est encombré par des monticules de neiges dans les pentes Est. L’importante inclinaison à plus de 60° de certaines sections va nous faire préférer le chemin forestier en flanc ouest. Nous ne sommes pas perdants, au lieu d’une vue sur la vallée où se trouve Wrightwood, nous avons un panorama sur un nombre impressionnant de sommets enneigés, Etiwanda peak, Timber Mountain, Telegraph Peak, Mount Harwood, San Antonio et enfin le Baden Powell. Le soir, nous aurons confirmation, que beaucoup de PCT hikers feront de même. Cela laisse un sentiment d’insatisfaction, car nous aurons passé notre journée en mode course d’orientation sur une route forestière encombrée de troncs d’arbres, de névés et de flaques. Après une quinzaine de kilomètres nous rejoignons Blue ridge Camp au niveau d’une rétention d’eau pour canon à neige, Pacific Crest Reservoir. Nous faisons la pause déjeuner en face du mont San Antonio. La vue en cinémascope est toujours aussi belle. Après une rapide descente, en parallèle des pistes de ski de la station Big Pine nous arrivons tôt à Inspiration Point. Un autre Hiker, qui a flipflopé le Baden Powell, nous accompagne. Il vient de franchir celui-ci et nous confirme que son passage est tranquille et ne comprend que 15 kilomètres de neige. Parfait, nous prendrons le temps d’y aller demain. Par contre, nous constatons qu’il n’y a pas de réseau téléphonique au col. Cela va être compliqué de se faire récupérer par le Trail Angel. Pas cool. Par chance, une voiture s’arrête à peine 30 minutes après notre arrivée et nous emmène directement à Wrightwood pour le ravitaillement. Encore une fois, c’est étonnant cette attention permanente des locaux envers les PCT hikers.  Au super marché nous recroisons avec plaisir d’autres randonneurs que nous avions perdus de vue. Alès avec qui nous avons déambulé dans Mission Creek. Sa femme, Mission Control est rentrée chez eux, et il continue solo vers le Canada. Nous retrouvons aussi Gabi et Micha avec qui nous avions campé le premier soir à Hauser Creek. C’était il y a une éternité. Ils ont prévu d’aller dormir à Vincent Gap au pied de la montée du Baden Powell.  Après des courses rapides, un trail Angel nous prend tous les quatre et nous ramène sur le PCT. Nous ne marchons pas très longtemps, à peine quatre kilomètres et arrivons à Jackson Flat Campground. Le lieu est désert et nous avons l’embarras du choix des couchages. Une heure après notre arrivée, nous voyons surgir Gabi et Micha qui ont finalement décidé de ne pas faire les trois kilomètres jusqu’à Vincent Gap. Ils partiront aux aurores avec nous. Sympa nous avons des voisins ce soir. Demain c’est l’ascension du Baden Powell. Ce devrait être une grosse journée en perspective.  Will see and keep going. J28 J27 Vue sur le Mont San Bernadino J27 Camp Hachey au matin J27 Mer de nuage sur Californie du sud J2 North Fork Little Creek au matin J27 Panaroma extraordinaire J27 Premier névé J27 Cajon Pass sous les nuages J27 Au sommet de Wright mountain J27 Dawson Peak et Mont San Antonio J27 Le Baden Powell One step back Désert du Mojave One step forward

Jour 26 ~De Cajon Jonction à Camp Hachey

24 km 1300 D+ 300 D- durée 7 h 00 Journée de reprise sur le PCT. Le moral est bon. Nous nous sentons en forme ce matin. Le repos a été profitable. Nous avons remis à neuf et/ou lavé nos affaires, vêtements, bien sûr, mais aussi, sacs à dos, cuisines, tentes. On ne s’en était pas rendu compte, mais une poussière fine s’était insidieusement infiltrée partout.  Nous prenons un taxi, et filons vers à rebours vers Cajon Pass. Sur la route, nous avons la surprise de croiser les quatre Allemands du Lion Mountain qui marchent sur l’asphalte. Stratosphérique, ils se rendent à Wrightwood en évitant le PCT ! Nous respectons, mais cela nous parait complément fou de ne pas passer par les montagnes et le chemin. Voyager vers le Nord en suivant les highway doit être infernal, pénible et en plus démoralisant. Il serait plus sage de faire la version vélo. Bref, hike your own hike, mais pas pour nous. Nous sommes déposés devant le Mc Donald’s de la veille au niveau de Cajon Jonction. Après une rapide descente sur la route, nous retrouvons le PCT. Il s’engouffre sous les voies de communication autoroutières et ferrées, en empruntant différents tunnels en un labyrinthe chaotique. L’endroit est moche, la rivière Crowder Canyon essaie de se faufiler sous les piliers de ponts, entre béton et zones sableuses. Des tags de toutes formes et couleurs ajoutent une touche décalée au lieu. Le chemin est mal tracé, heureusement les marques du PCT nous permettent de nous extraire en une trentaine de minutes. Dire que certains randonneurs dorment ici, pour profiter du restaurant. Entre le bruit omniprésent et l’ambiance de fin du monde, c’est un coup à arrêter son thru Hike.  Nous filons dans les collines, pas mécontents de quitter cet endroit. Nous croisons de nouveau nos amis les serpents. On commence à s’y habituer, mais cela surprend toujours autant.  Au détour du sentier, après avoir repris de l’altitude nous voyons réapparaître les Mt San Bernardino et San Jacinto. Étrange sensation que de les visualiser si petits au loin après avoir été si minuscules sur leurs flancs. Mine de rien, nous avançons. Les immenses plaines du Mojave au sortir d’un virage sont aussi de retour sur notre droite. Nous devrons les longer encore au moins 6 jours avant de les traverser dans une partie plus étroite au lieu dit Agua Dulce. Pour l’instant, l’objectif à court terme est de passer dans 2 jours le sommet enneigé du Baden Powell. La montée des flancs de Ralston Peak, nous permet de voir une vallée unique et célèbre sur notre gauche. Nous allons franchir le rift de San Andréa, star des films catastrophes d’Hollywood. Le canyon où circule la faille porte ici le nom de Lone Pike. Nous devrions trouver à la jonction entre la piste qui ondule en son fond et le PCT une Water Cache. Elle permet de progresser en sécurité dans cet environnement désertique. Il n’y aura plus de points d’eau durant les 30 prochains kilomètres. Avec la chaleur, je vais me charger de 7 litres et de 3 litres pour Hélène. Ce sera juste, mais si nous sommes raisonnables cela devrait suffire. Un registre du PCT est présent et nous regardons les différentes signatures. Régis notre ami est passé la veille, ainsi qu’une dizaine de randonneurs. Nous ne sommes que quatre sur cette section ce jour. La solitude va de nouveau redevenir notre compagne. Nous rattrapons vers midi, une Anglaise de Liverpool qui progresse seule. Elle avance extrêmement doucement et semble fatiguée. Nous lui donnons l’information de notre lieu de couchage. Elle ne nous rejoindra pas, probablement trop épuisée des étapes précédentes. Nous ne rencontrons pas d’autres randonneurs. C’est étonnant d’observer cet effet de bulle du « hiker ». Dès que nous quittons celle-ci, nous repassons en mode « isolé du monde ». Nous poursuivons la montée le long de Upper Lyttle Creek Ridge, avec une vue en cinémascope sur notre gauche des monts San Gabriel. Ils sont tous enneigés et leurs pentes abruptes plongent dans des vallées et canyons aux couleurs magnifiques. Le ciel est uniformément bleu et nous cuisons lentement sous les rayons verticaux du soleil. Pas de coup de chaleur, mais il faut rester vigilant. S’hydrater et la clé du voyage en ces terres arides.  Nous arrivons à notre lieu de couchage vers 18 h 00. Le Camp Hachey 1 est petit, avec deux uniques emplacements. Cela tombe bien, nous sommes seuls. Le campsite est un des plus beaux depuis le départ. Cocon enchâssé entre des chênes verts, nous dominons de plus de 400 mètres le canyon de North Fork Little Creek, juste en face le mont San Antonio, 3068 mètres, nous surplombe de toute sa blancheur. L’emplacement est cinq étoiles et nous mesurons la chance d’être en ce lieu unique.  Demain ravitaillement à Wrightwood. Keep Going. j27 J26 Sous le pont de Cajjon Pass J26 Cajon Pass, 1 autoroute, 2 voies ferrées J26 Train immense J26 Ralston Peak J26 Au loin Cajon Pass J26 Couleuvre J26 Chardon des prairies en fleur J26 Water Cache dans la vallée de Lone Pike J26 Dans les collines arides du Nord de Cajon Pass J26 Au nord Mont San Antonio J26 Bloom flowers J26 Au sud le San Bernardino J26 Le camp site de Camp Hachey One step back Desert du Mojave One step forward