Jour 25 ~Wrightwood

0 km 0 D+ 0 D- durée…la journée Premier Zero day. Vingt-cinquième jour, et premier moment sans marcher. Ça se fête ! La sensation est perturbante. Nous n’avons pas d’effort physique à fournir. Pourtant ce sera une journée où nous serons bien occupées. Nous nous levons sans réveil et contrainte particulière, sauf celle de se rendre dans le centre-ville de Wrightwood. Nous avons le ravitaillement des deux prochaines étapes à préparer. Nous devons aussi passer au magasin de sport pour acheter de nouvelles chaussures à Hélène. Après avoir laissé les « trails Angels », Jess et Cindy, chez qui nous avons dormi la veille, nous filons prendre le petit déjeuner à l’américaine en ville. Comme de coutume, nous commandons saucisses, œufs, pancakes avec sirop d’érable et café à volonté, pas très diététique, mais redoutable pour redonner de l’énergie à des marcheurs affamés. L’ambiance est sympa et nous sommes surpris du nombre important de locaux. Nous découvrons que nombre d’Américains ne déjeunent pas chez eux. Le breakfast a autant d’importance aux USA que nos repas du soir, et du coup les gens sortent pour aller en ville. C’est l’équivalent bien plus copieux de nos cafés croissants du matin, mais pour une durée et une quantité lipidique bien plus conséquente.   Après une longue pause déjeuner, nous allons acheter les nouvelles chaussures d’Hélène, fatiguées après 550 km de sable. L’usure des textiles est terrible. Ajoutez à cela que les pieds grandissent et on comprend mieux les douleurs de ces derniers jours. Rien de bien catastrophique, mais il ne faudrait pas que cela dur. Surprise, Hélène est passée d’une pointure de 38,5 à 40,5. Nous avions bien lu que les pieds allaient grandir, mais…plus de deux tailles, c’est réellement impressionnant.  Dans l’après-midi, nous prenons possession des clés de notre logement. Hélène a réservé un hôtel. Le choix est parfait. Lit king size, décoration de bon goût, et laverie sur site, que nous mutualiserons avec un autre randonneur. Idéal et pas trop cher. Dans la soirée, on récupère un nouveau matelas non troué. Les commandes sur internet sont redoutables d’efficacité. Paiement la veille, et livraison en 24 h 00, dans un tout petit village. On sent que le capitalisme est des plus opérationnels dans l’Amérique libérale. Nous sommes prêts pour repartir. Nous devrions repasser dans 48 h 00 à Wrightwood pour le ravitaillement des quatre prochains  jours. L’avantage est que nous connaîtrons l’épicerie et les produits disponibles. Go to canada. J26 One step back Désert du Mojave One step forward

Jour 24 ~De Silver Wood Lake à Cajon Jonction

22 km D+ 500 D-600 durée 5 h 30 Nous nous réveillons fatigués ce matin. Une nuit avec un animal qui tourne autour de votre couchage jusqu’à 3 h 00 est tout sauf reposante. La soirée a été rock’n’roll. À 23 h 00, nous avons été sortis de nos duvets par nos voisins, criant des « Bear, get out! ». Un ours est dans le camp, en train de voler les sacs à dos d’une première tente. Son propriétaire, hiker californien, visiblement connaisseur de la faune locale repousse rapidement la bête. Une dizaine de minutes plus tard, le voilà de nouveau à côté de deux autres tentes. Il réussit à prendre un sac, et commence à macher une bouteille. De l’eau sucrée avait été mise les jours précédents dans la gourde et l’ours avec son flair de compétition l’a senti. Imaginez la frayeur de nos voisins se réveillant à 23 h 00 avec un tas de poils noirs de 250 kg assis sur la table de pique-nique en bois à moins d’un mètre d’eux, en train de détruire vos biens. Moment collector ! Nous voici à les observer en train d’essayer de faire fuir cet hôte encombrant. Le concert de casserole à 23 h 30 est épique ! Nous découvrons que les gamelles et cuillères métalliques produisent des sons désagréables et font décamper la faune locale. C’est un des outils « anti ours noir » classiques. Dans les faits, cela durera quand même plus de 30 minutes.  Heureusement, nous avions été prévenus par les commentaires des autres randonneurs. Nous avions anticipé et fait du « Bear hanging ». Nos sacs de nourriture suspendus dans l’arbre ont été protégés. Bien nous en a pris.  Par contre nous sommes déçus par l’attitude de cowboy du Ranger, la veille, qui a nos yeux n’a pas été professionnelle. Ces commentaires ont été mal avisés, condescendants et visiblement il nous a considérés comme des benêts de Français. « There are no bears here. It’s fake news! »  Et bien nous avons eu droit à la visite de la fake news ! Addendum : l’ours sera malheureusement tué deux mois plus tard, celui-ci étant devenu agressif. Les rangers ont trop différé la mise en œuvre des boîtes métalliques de protection. Aujourd’hui, nous devrions arriver à Cajon Jonction. Le PCT croise un Mc Donalds au milieu d’une zone désertique. C’est un lieu classique de pause. Nous partons vers 8 h 30 et retrouvons rapidement le chemin. Nous évoluons toujours parmi les mêmes collines semi-arides le long de Cleghorn mountain, puis de Little Horsethief canyon. La faune est peu présente, sauf des grillons, qui font leurs apparitions sonores. On se croirait vraiment dans le sud de la France. Après une dernière ascension, et quelques serpents quotidiens, nous franchissons un col sans nom qui surplombe une falaise ocre, tas de sable gigantesque avec vue sur le mont Baden Powell, notre prochaine étape, dans trois jours. Le panorama est spectaculaire. Les sommets sont dans une brume qui crée des dégradés de teintes qu’il est difficile de décrire, mélange de blancs, de verts, aux reflets moirés, changeant au gré des vents et des montées et descentes du PCT. L’arrivée à Cajon Jonction est un autre choc visuel, mais aussi olfactif et auditif. C’est moche, bruyant, puant. L’autoroute est à l’américaine. C’est une immense saignée de bitume et de bétons, sur lequel passent huit voies, saturées de véhicules en un vacarme assourdissant. Des trains gigantesques de plusieurs kilomètres de long ajoutent à cette vision une touche supplémentaire au cauchemar sonore, ceux-ci klaxonnant à chaque croisement de piste en terre. Nous filons au Mc Donald’s. La nourriture est atroce, grasse, mal cuite. Ce sera assurément dans le top trois des pires restaurants.  Nous faisons, après la pause, venir un Uber et partons vers Wrighwood. L’arrivée dans le village sera compliquée. L’ensemble des hôtels est réservé et nous réussissons par miracle vers 19 h 00 à trouver une possibilité de camping dans le jardin d’un des habitants. Un trail magique de la dernière chance !! Le moral en ferait presque une descente rapide. Pas simple ce PCT, qui alterne entre lieux idylliques et moches en quelques kilomètres, mais aussi entre moments faciles et ardus . La fatigue doit sûrement y être pour quelque chose. Cela fait 24 jours que nous n’avons pas fait de vraie pause. Demain c’est « zero days ». Enfin. J25   J24 Vue sur SilverWood Lake J24 En route vers Horsethief Canyon J24 Indian Paintbrush J24 Le panorama extraordinaire vers Cajon Pass et San Bernardino J24 Au loin les Monts San Bernardino J24 Le massif San Bernardino J24 Le West Baldy en neige J24 En route vers Cajon pass J24 Crowder Creek quelques minutes avant Cajon Pass J24 Cajon Pass J24 En route vers le Mac Do One step back Désert du Mojave One step forward

Jour 23 ~Du Joshua Inn à Silver Wood Lake

22 km 450 D+ 500 D –  durée 6 h 00 Nous nous réveillons aux aurores, reposés et en forme. La soirée aura été des plus agréables. Nous avons encore mangé des hamburger et des frites, entouré de Californiens tous plus couleurs locales les uns que les autres. C’est le plat signature du Joshua Inn. En sortant du repas, une commande collective des randonneurs présents permet de continuer à se goinfrer de tapas, pizzas géantes. On profite surtout de l’ambiance PCT. Après plus de trois semaines, on commence à percevoir qu’une communauté particulière est en train de se créer. C’est un mélange étonnant, de jeunes, d’anciens, de hikers énervés parcourant plus de 45 km par jour, mais aussi d’humains en recherche d’eux-mêmes, aux sexes indéterminés. Il y a pour certains d’entre nous une certaine mystique à marcher. On leur souhaite de se trouver en route. En tout cas l’absence de jugement est réelle et permet de se sentir libre. Amérique improbable, à la fois puritaine et décalée. Après un petit déjeuner au calme, nous nous faisons déposer sur le PCT, en deux vagues. La journée devrait être plus tranquille. Nous avançons le long des flancs de Pinnacles et Pilot rocks, sommets arides qui ferment à l’ouest l’immense plaine d’Apple Valley. Au détour d’un virage, nous croisons un groupe de PCTistes allemand excité en train de courir à reculons sur le sentier. Leur anglais est terrible et ne nous permet pas de comprendre le problème. Nous continuons serein et détendu. Le soir nous apprenons qu’ils sont tombés nez à nez avec un puma, et que nous avons loupé celui-ci de quelques minutes ! Bienheureux les innocents ! En transition vers Wrightwood et les contreforts du Baden Powell, nous restons un long moment dans les collines semi-désertiques, en balcon au-dessus du Mojave, sans réelle vue, oscillant entre 800 et 900 m d’altitude. Nous longeons la rivière Mojave en contre bas. Le cadre n’est pas exceptionnel, mais le bloom floral compense les panoramas limités. Nous croisons nos premiers lézards Horned, improbable reptile préhistorique, recouvert de cornes sur l’ensemble du corps. Des vrais mini dragons et éminemment véloces pour des animaux d’apparence si débonnaire. À midi, nous faisons la pause à l’ombre des rares arbres présents, le long de la « highway 15 ». Pas glamour, mais c’est aussi cela le PCT. Savoir apprécier ce que le chemin offre.  Après le repas, le kilomètre suivant au bord de la route sera des plus pénibles. Nous retrouvons heureusement la pleine nature par une courte ascension, en direction du lac de SilverWood où nous camperons ce soir. En fin d’après-midi, nous arrivons enfin à Cleghorn Road, immense zone aménagée près du lac.  Winchester, un « trail angel » est présent avec sa caravane et nous offre sodas, hamburgers et surtout nous fait profiter de son expérience pour faciliter la vie sur le PCT. Il nous explique ses choix d’alimentation et va nous apporter une aide précieuse pour les futurs achats. Son épouse fait également le PCT et est engagée dans la section Big Bear qu’elle trouve « snowy ». Nous confirmons. Ses deux fils, adoptés, l’accompagnent. Ils sont handicapés et nécessitent une surveillance et une assistance importante. Une autre Amérique. Le « Trail Magic » est exceptionnel. Nous sommes étonnés par le caractère organisé et improvisé de ces rencontres.  Nous faisons, après le repas, le tour du lac vers la zone Mesa Campground. Nous nous sommes fait déloger par un Ranger. Il nous a détaillé avec force arguments que le couchage des PCTistes n’est autorisé que sur l’emplacement prévu à cet usage. Loin de la route et des touristes. Pas très hiker friendly, mais nous n’avons pas le choix.  Nous retrouvons d’autres marcheurs. Nous prenons le temps de faire une suspension dans un arbre proche de notre nourriture. Nous avons en effet au l’information qu’un ours serait présent de temps en temps. Nous verrons bien.   Demain nous filons sur Wrightwood et Cajon Jonction avec un jour d’avance. Cela permettra de nous organiser sereinement en prévision de la section Baden Powell, sommet de 3000 mètres encore bien enneigé. Nous aurons de nouveau 5 jours de nourriture à préparer et porter. On hésite à contourner cette section pour y revenir quand elle sera sèche. On en a un peu marre de la neige. On voulait du désert, pas des vacances au ski ! Nous espérons par ailleurs récupérer un matelas pour Hélène, le sien ayant rendu l’âme. Les nuits sont devenues inconfortables. Will see and keep going. J24 J23 En route vers Silver Wood Lake J23 Les flancs des monts Pinnacle J23 En route vers le Baden Powell J23 Le barrage de Silver Wood Lake J23 SilverWood Lake J23 Highway 15 J23 Winchester LE Trail Angel One step back Désert du Mojave One step forward

Jour 22 ~D’Holcomb Creek au Joshua Inn

32 km 600D + 1200 D-  durée  Nous avons une journée tranquille qui commence. Nous avons planifié de marcher 22 kilomètres. Sauf que…nous marcherons dix kilomètres de plus, et nous ne camperons pas à l’endroit prévu.  Nous démarrons au matin en rive droite de la rivière Holcomb. La journée sera sur la même thématique, celui de la randonnée en canyon. L’ambiance est agréable, ombragée sous des pins, le long de pentes herbeuses sans cactus. Les pommes de pin au sol sont incroyables. Elles font plus de 50 cm et, pour certaines, pèsent entre un et deux kilos. Elles sont coupantes comme des rasoirs et leurs extrémités pointues et recourbées, semblables à des griffes imposent une certaine attention lorsqu’on les manipule. Il ne faudrait pas que l’une d’entre elles vienne à nous tomber sur la tête. Après avoir marché une heure, nous quittons Holcomb Creek et montons vers une immense plaine aride, pendant en rive droite des espaces désertiques de la veille. Nous voyons apparaître au loin de nouveaux sommets enneigés. Nous y serons dans quelques jours. La végétation ressemble à s’y méprendre aux garrigues du sud de la France. Des buissons ras alternent avec des chênes verts et des pins de petite taille. Il y a peu d’ombre. Le ciel voilé est une chance. Ce doit être une vraie fournaise le reste de l’année. Au kilomètre sept, nous arrivons à l’extrémité ouest du plateau et découvrons en contre bas la vallée de Deep Creek que nous franchissons à l’aide d’un immense pont. Vu la largeur de celle-ci et le courant, la franchir à pied aurait été impossible. Nous apprécions à sa juste valeur la construction. Des hikers, que nous avions croisés la veille, sont présents, font une pause et remplissent leurs gourdes. Nous faisons de même, car, même si nous verrons énormément d’eau ce jour, celle-ci sera inaccessible en fond de canyon, protégée par des pentes abruptes.  Le reste de la journée se déroule intégralement le long de la vallée de Deep Creek. C’est sûrement une des plus belles étapes. Le sentier est roulant et c’est beaucoup plus agréable que la veille. Les vues sur les montagnes et la gorge sont toutes plus magnifiques, alternance de zones arides, en balcons, ou de falaises granitiques. Un must. Nous profitons du «bloom flower », avec des éphémères partout, patchwork de couleurs vertes, violettes, blanches. On a une chance incroyable. La taille de la rivière Deep devient après une heure de marche réellement conséquente, avec la rivière Holcomb que nous voyons pour la dernière fois, qui se jette dans celle-ci. Les sables d’arène granitique colorent le lit de rivière de jaunes, rouges, et les reflets du soleil ajoutent à la beauté du cayon. Par moment des rapides et étroitures de la vallée laissent deviner de l’importance du débit. Un grondement sourd, d’eau en furie se fait entendre et vient rompre le calme du désert. Nous franchissons les 300 miles non loin de Kinley Creek, que nous passons en river crossing des plus débonnaires.  Vers 15 h nous arrivons au terme de notre étape, aux sources chaudes de Deep Creek Hot Springs. Le lieu est réputé pour ses eaux thermales qui sortent de la falaise et se mélangent à celles de la rivière. Nous croisons Régis, qui nous avait doublés hier soir et dormis un kilomètre plus avant. De nombreux randonneurs locaux viennent ici tout au long de l’année. La baignade est incontournable pour les PCTistes musqués. Il est possible, mais non obligatoire de se dévêtir en totalité. Nous restons habillés et profitons pour frotter sans savon les sous-vêtements. L’eau est  à 35°C. Le moment est magique. Que du bonheur pour nos muscles fatigués.  Seul bémol du lieu, les écureuils locaux sont habitués à être nourris. Ils vont se révéler redoutables et attaquer le haut de mon sac à dos, qui va en moins de cinq minutes d’inattention perdre 100 % de son étanchéité. Des vrais sagouins !!  Pendant la pause détente, Régis et un autre hiker du nom de Postcard vont nous « harceler » pour reprendre la randonnée et aller jusqu’au trentième kilomètre. Après quelques hésitations, comme la forme est la, qu’il est encore tôt, et que les écureuils gourmands ne sont pas accueillants, nous repartons en groupe. Nous ajoutons alors dix  kilomètres supplémentaires. Nous franchissons la rivière Deep à l’aide d’un pont, le Rainbow Bridge, puis remontons en rive droite, le long de pente immense qui surplombe de plus de 100 mètres le torrent en contre bas. Par endroit, le chemin n’est qu’une fine trace étroite obligeant à la vigilance. Une chute serait probablement fatale. Un long coucher de soleil nous accompagne pendant plus d’une heure. Nous arrivons enfin à destination vers 19 h et passons les 32 kilomètres (premier 20 miles symboliques). Le régent du bar Joshua Inn vient nous chercher en voiture après un rapide appel téléphonique, au niveau d’un barrage qui protège la plaine de l’Apple Valley Highlands. Nous imaginons bien un débordement de la rivière Mojave et Deep qui se rejoigne ici. Les habitations sont toutes à niveau de l’eau. Ce serait catastrophique. Le lieu, réputé Hiker friendly, est un vrai saloon typique des USA. L’ambiance est aux musiques douces, aux barbes viriles, aux chemises à carreaux de bûcheron, et aux pick up chromés avec cornes de bœuf sur le capot. Cela sent bon l’Amérique rurale. Pour cinq dollars on peut poser sa tente, boire des bières et manger. Ça fait du bien de recroiser la civilisation.  Go to Canada.  J23 J22 En route vers Deep Creek J22 Pomme de pin Coulter J22 Velar J22 Rivière Mojave, en contre bas J22 Deep creek en route vers les hot springs J22 300 miles J22 River crossing à Ki,ley Creek J22 Deep Creek J22 Lézard du désert au soleil J22 Deep creek après son affluent Holcom river J22 Aster de Californie J22 Après Rainbow bridge j22 Deep creek au couchant J22 Barrage sur la rivière Deep Creek J22 en attendant le ride vers le Joshua Inn J22 Le Joshua Inn One step back Désert du Mojave One step

Jour 21 ~De Bertha Peak à Holcomb Creek

28 km 330 D+ 1000 D- durée 9 h 00 Aujourd’hui, étape éprouvante, tant physiquement que mentalement. La journée va se révéler piégeuse. Sur le papier, nous n’avons qu’à avancer en descente douce le long des flancs des monts Bertha, Little Bear, et de la montagne Delamare. Sauf, que… Après un lever à 5 h 30, nous sommes parmi les premiers à partir. Nous marchons à peine quelques centaines de mètres que nous voilà de nouveau confrontés aux accumulations de neige dans les faces nord, que nous allons côtoyer pendant plus de quinze kilomètres. C’est pénible, obligeant à avancer au GPS, en essayant de ne pas tomber dans les pentes, de glissade en glissade et en pestant sur le « postholing ». À s’enfoncer brutalement jusqu’au bassin dans la neige, nous ne progressons qu’à une vitesse d’escargot asthmatique ! Le tout en sachant que nous avons en théorie vingt sept kilomètres à parcourir, ce qui ajoute une pression sournoise et désagréable. Le PCT essaie péniblement de se frayer une trace entre des arbrisseaux, ou des arbres denses, et des talwegs en courte montée et descente. Les hikers ont, les jours précédents cherchés à s’orienter au mieux. Du coup, nous avons des empreintes dans tous les sens. Nous sommes obligés de rectifier la trajectoire tous les cent mètres. Au détour d’un tronc, nous rencontrons un hiker d’environ 70 ans. Il est en difficulté. Il est enfoncé jusqu’à la taille, et a les jambes verrouillées par le poids du sac et de la glace. Il essaie visiblement depuis quelques minutes de s’extraire du piège en creusant. Sans outils autres que ses bâtons il est dans une situation franchement désagréable. Me voilà, avec la penne du piolet à pelleter, et après une dizaine de minutes, il peut enfin se dégager. Clairement, avancer solo dans cette forêt isolée est une prise de risque, même si de nombreux PCTistes passent ici tous les jours. Sauf que nous apprendrons, plus tard, en croisant Régis qu’il s’est perdu sur cette section et a réussi à retrouver le PCT après une heure, avec un autre randonneur, en errance, aussi. Le danger est là, sortir du chemin et se blesser. À plus de 100 mètres de la trace, ce n’est pas sur qu’on vous localise tout de suite.  En pratique, on avance, et on fait attention. C’est pénible, mais cela devrait bien finir par s’arrêter ! Heureusement, les paysages sont somptueux, et nous devinons entre les arbres de toutes tailles de nombreux sommets enneigés. On en redemande.   Après une matinée épuisante, nous perdons enfin de l’altitude. Nous arrivons à la rivière Holcomb que nous croisons, puis longeons pendant dix kilomètres. Nous faisons la pause de midi face à trois cimes impressionnantes, West Point, Butler et Crafts Peaks. Bonne nouvelle, nous ne passons pas le long de leurs flancs. Les quantités de neige sont encore colossales et on est heureux de rester à distance.  Nous repartons sur un chemin aisé, la trace est large et facile. Après une courte remontée,  le PCT traverse le plateau de Cienega Redonda. Le lieu est complètement aride. Nous voilà de nouveau en plein désert. Impossible de ne pas être schizophrène, en moins de 30 min on passe d’une randonnée hivernale à une méharée ! Plutôt éprouvant, tant mentalement que physiquement… Nous rejoignons pour la deuxième fois la rivière Holcomb que nous franchissons à deux reprises au niveau de gué bien profond avec de l’eau à mi-cuisse. Le courant est tranquille et cela sera aisé. Nous arrivons enfin à notre zone de campement.  C’est vide ! Nous sommes seuls et le côté cathédrale du lieu finit de nous achever moralement. Le fait de ne voir personne pendant plusieurs heures et d’être aussi isolé n’est pas simple. Bref ce soir, Hélène et moi sommes bien fatigués. Après, il paraît que c’est normal d’être usé après trois semaines. Mais le fait d’en avoir été informé ne change rien au sujet. Ça reste pénible. Le point positif, c’est que nous avons, juste pour nous, une nature vraiment intacte. Chaque virage nous le confirme. Après avoir mangé, nous regardons la suite sur le topo. Demain devrait être plus tranquille. Nous espérons arriver aux Hots springs, et monter notre couchage à proximité de sources d’eaux chaudes où on devrait pouvoir se baigner. Keep going. J22 J21 Départ du camp site de Bertha Peak J 21 Début de PCT J21 Pentes de Delamare Mountain J21 Big Bear Lake J21 De la neige encore et encore J21 Holcomb River J21 Vue sur Butler Peak J21 Cienega Redonda J21 De nouveau le désert J21 Campsite d’Holcomb Creek One step back Désert du Mojave One step forward

Jour 20 ~De Big Bear à Bertha Peak

17 km D+ 550 D-300 durée 5 h 00. Ce ne sera pas grasse matinée. Nous sommes trop habitués depuis maintenant vingt jours à nous lever aux aurores. Point n’est grave, nous nous réveillons reposés et en forme vers 8 h 00. Le top. Nous commençons par aller en ville au Lumbar Jack Cafe pour un déjeuner pantagruélique, comme de coutume. Les Américains confondent vraiment quantité et qualité. Le lieu est sympa et accueillant, et sent bon l’Amérique profonde, bâtiment en bois, peint en vert, avec une enseigne avec un beau bûcheron blond.  Après ce repas à l’américaine, café à volonté, œufs, fraises et pancakes, nous retournons à l’hôtel. On doit faire le ménage dans nos courses d’hier. Le ravitaillement pour cinq jours semble ne jamais vouloir rentrer dans les sacs à dos. Qu’à cela ne tienne, on décide de tout déconditionner. Et on se retrouve avec un volume de deux tiers de poubelles. Invraisemblable, il y a plus d’emballage que de denrée consommable. On a beau savoir que l’apparence compte plus que le contenu, ça surprend toujours. Bon, par contre, c’est confirmé, c’est lourd ! Il y a encore du travail d’optimisation à poursuivre. Nous passons le reste de la matinée à recharger les batteries des électroniques, vider les cartes photos des appareils, et enfin appeler la famille.  Nous nous mettons en route pour notre étape du jour vers 11 h 00. Après une courte marche sur Division District road, entre le lac de Big Bear sur notre gauche et le bout de la piste d’un petit aéroport, nous nous postons sur W North Shore District Road. Nous posons les sacs à dos au pied d’un panneau de signalisation vert, California I38 et attendons. Au bout de quinze minutes, un trail Angel arrivant en contre sens et s’arrête. Il nous explique qu’il repassera dans une heure. Si nous sommes encore là, il nous acheminera. Cool, au moins on n’est pas coincé. Trois quarts d’heure après, et avant le retour du Trail Angel local, un véhicule fait demi-tour devant nous et se propose de nous amener sur le PCT. Toujours étonnant. Elle est infirmière en intérim et se rendait à son travail. Décidément le stop est, sur le PCT, surprenant à chaque fois. Nous sommes à pied d’œuvre vers 12 h 00. Le sentier monte en pente douce, et surplombe le lac Baldwin d’une couleur bleu turquoise sur notre gauche. Ephémère, il est réapparu en 2023. Il n’avait pas été vu depuis vingt ans. Le désert du Mojave sur notre droite est de nouveau présent. Il est de plus en plus impressionnant. Tout en nuance de rouge, d’ocre, de jaune, ça et là des taches vertes laissent deviner que le printemps démarre pour plusieurs semaines. Au bout d’une heure, nous croisons une zone intégralement brûlée. Les arbres sont morts depuis longtemps et leurs troncs blanchâtres, délavés créent une ambiance fantomatique. La forêt ne repoussera plus ici. C’est le désert qui est maintenant roi. Les Joshua Tree côtoient jeunes pins et chênes. Les cactées sont différentes des jours précédents. Des énormes figuier de Barbarie aux épines de 10 centimètres rouges et jaunes sont omniprésents. Il ne faudrait pas marcher dessus. Dans l’après-midi nous retrouvons les forêts de la veille et aussi la neige. Certes éparse, elle est toutefois suffisante pour nous ralentir le long des flancs de Gold Mountain. Après avoir laissé Tanglewood Group Campground sur notre droite, nous entamons la montée des pentes de Bertha Peak, vers un col où nous devrions trouver des places ou dormir. Après quelques marches sur névé, et navigation au GPS, nous arrivons vers 18 h00. Nous bivouaquons vers 2350 m d’altitude et il recommence à faire froid. Nous sommes en présence de deux autres randonneurs que nous ne connaissons pas. Peu loquaces, ils ne chercheront pas à discuter. Il va encore geler ce soir et nous ne prolongeons pas notre repas plus que de raison. Vivement le désert, où on regrettera sans doute la fraîcheur de la Californie du Sud.  Go to the North. J21 J20 départ du PCT J20 Joshua Tree J20 Baldwin Lake J20 l’immense Mojave J20 figuier de Barbarie J20 PCT le long de Gold Mountain J20 Lichen sur Pin Ponderosa J20 Campsite du soir One step back Désert du Mojave One step forward

Jour 19 ~D’Arrastre Creek à Big Bear

11 km D+ 200 D-300 durée 3 h 00 L’ouverture de la tente au petit matin offre une vue sur un ciel bleu immaculé. Le lever est rafraîchissant, il fait toujours -1°C au-dehors. Toutefois, les températures plus clémentes qu’hier nous ont permis de dormir sans aucune sensation de froid. Le vent s’est aussi arrêté cette nuit. Ceci explique peut-être cela.  Après avoir secoué la toile, la neige peu abondante glisse et s’accumule en couche peu épaisse autour de notre abri. Elle fondra rapidement dans la journée. Le soleil se lève déjà entre les buissons, face à nous, et nous réchauffe vite. Finalement malgré une impression mitigée de l’emplacement hier soir, ce site de campement est quatre étoiles. Nous déjeunons et rangeons nos affaires. Je suis le premier dehors et profite de la vision pendant une dizaine de minutes, d’une meute de coyotes qui jappent et hurlent à une centaine de mètre de nous. Moment magique et saisissant.  Nous quittons notre dix-huitième lieu de couchage vers 8 h 00. C’est appréciable, sachant que ce n’est ni tôt ni tard sur ce genre de voyage. La journée démarre tranquille. Nous devons marcher quelques kilomètres pour arriver à la route qui nous amènera à la ville de Big Bear. Nous avons prévu de dormir au motel ce soir. Ce nero, ou « Near Zero », sera le bienvenu, même si cela ne correspond par un repos complet, juste une nuit seule sans vraie pause du chemin. Nous allons en profiter pour faire notre lessive et le ravitaillement. Surprise nous sommes rattrapés par Janet que nous avions laissée il y 24 h 00 au pied de Walk Ridge. Elle a fait l’ascension de l’arrête au petit matin la veille, et a marché une longue journée hier. Elle a dormi isolée dans l’immense vallée d’Arrastre parmi les arbres cette nuit. Les retrouvailles font plaisir et on commence à apprécier de pouvoir parler plus facilement avec les Américains que nous côtoyons.  Après 2 h 50 de trail, nous voilà à la sortie du PCT, au croisement de l’highway N° 18, en direction de la ville de Big Bear City. Nous n’avons même pas le temps de nous installer pour faire du stop qu’un randonneur âgé de 75 ans, rencontré quinze minutes auparavant se propose de nous transporter. Il vient de quitter le Trail head et a fait demi-tour pour nous aider. Il a vu trois thru Hikers et étant lui-même marcheur longue distance, il a décidé que ce serait son Trail Magic du jour. Il souhaite nous conduire à notre hôtel, et chez la Trail Angel que Janet a contactée sur internet pour être logé cette nuit. C’est incroyable ce que le tag PCT offre à ceux qui ont la chance de le posséder. C’est aussi extraordinaire cette façon spontanée de rendre service. Les Américains que nous côtoyons sont pour nous des Ovnis. Ce n’est clairement pas l’image que nous avions d’eux avant de commencer l’aventure. Vingt minutes de route plus tard, nous voilà avec Hélène à notre hôtel. La chambre est spacieuse, le lit immense, king size soit plus de deux mètres par deux mètres ! Chouette, nous devrions passer un bon moment. Nous nous lavons puis enfilons les vêtements propres que nous gardons pour les séjours en ville. Nous prenons le temps de manger au calme, au Broadway Cafe. De prime abord on dirait un bouge, en pratique nous mangeons pour pas cher une nourriture locale plutôt de qualité. L’après-midi est consacré aux emplettes. Nous ne perdons pas de temps, le ravitaillement étant dans un autre bourg, Big Bear Lake à quelques encablures. Un bus nous dépose cinq kilomètres plus loin. Toutes les commodités sont réunies pour se refaire après quatre jours « into the wild ». Le passage par la laverie est collector, en culotte et vestes étanches, sans sous-vêtements ! Les locaux sont visiblement habitués, personne ne s’offusque de la présence de randonneurs à moitié défroqués. Les achats de nourritures se font sans difficulté, le supermarché étant bien achalandé. Nous nous retrouvons en sortant avec un ravitaillement conséquent. On finira bien par s’adapter.  Demain nous avons prévu de nous rendre à Wrigthwood, destination que nous devrions atteindre dans 5 jours. Les sacs sont lourds, de nouveau. Pas cool. La séance pizza, télévision du soir, dans l’hôtel, sera vite écourtée. Les programmes américains sont inintéressants au possible. Ou alors on commence à devenir des sauvageons.    On ne met pas de réveil, normalement l’option grasse matinée devrait fonctionner. Nous sentons une certaine fatigue s’accumuler. Will see. J20   J19 Campsite sous la neige J19 Lever de soleil J19 des randonneurs dans le froid J19 Le désert toujours J19 Pause repas au Broadway Cafe One step back Désert du Mojave One step forward

Jour 18 ~De Coon Creek Campground à Arrastre Creek

21 km D+600 D- 900 durée 6 h 30 Nuit magique. Nous nous réveillons en pleine forme malgré une température de -4°C au matin. La journée d’hier semble ne pas avoir laissé de séquelles. Pas de courbature et un moral au beau fixe. Nous sortons de la tente, bien couvert, dehors le sol est à peine saupoudré de la neige tombée cette nuit. Nous allons récupérer nos affaires dans les boîtes à ours et constatons qu’un plantigrade essayer de s’accaparer les sacs à dos. Celui-ci nous a aussi rendu visite. Il a laissé de belles traces autour des tentes. Rien entendu, trop cool. Nous étions réellement fatigués pour être sourds à ce point ! Nous déjeunons sur les tables en bois, extérieur à la cabane. Le soleil est rapidement présent et nous réchauffe. La journée commence vraiment bien. Après une courte montée, nous savourons. Le chemin est facile à suivre, il y a peu de neige ce matin. Quelques rares névés obligent à des glissades peu dangereuses. Les couleurs du levant dans les plantes qui bourgeonne, combiné au givre qui s’illumine de reflets brillants sont incroyables. L’arrivée du printemps est proche. C’est une chance pour nous. Les forêts sont changeantes, pins immenses dans les faces nord-ouest, et chênes dans les pentes à l’est. Au sud, la végétation est souvent plus rase, mélange d’arbrisseaux, parfois de cactus. Les vues sur les Monts San Gorgonio sont splendides. Il est majestueux et son plateau sommital est immaculé de blancheur. Au détour d’un virage, nous aurons aussi un dernier aperçu du Mont San Jacinto, maintenant beaucoup plus petit. Nous avons du mal à croire que trois jours plus tôt nous étions sur ces flancs. Nous avançons sans difficulté le long de Wysup et Onyx Peak. Nous restons toutefois prudents. On est en altitude, entre 2400 et 2600 m, et par endroit le sol est gelé. La journée persiste à être fraîche, les températures oscillant entre 4 °C à l’ombre et 8°C au soleil. Des congères sont encore bien formées et les poteaux du PCT sont parfois bien ensevelis. Dans l’après-midi, nous traversons nos premières forêts « géantes » en entrant dans la vallée d’Arrastre. Les arbres font plus de 40 mètres de hauteur, et sont impressionnants. L’ambiance dans les sous-bois est austère. La luminosité est fortement diminuée, et nous avons presque la sensation d’être dans un conte de Grimm. Au sortir d’une longue section ombragée, nous croisons la rivière une dernière fois. Nous prenons le temps de faire le plein en eau. Nous avons prévu de dormir sur les flancs de DeadMans Ridge, non loin du lieu-dit Camp Oakes, que nous atteignons après une courte, mais tonique montée. La zone de campement est idéale, sauf que celle-ci est en plein vent. Et malheureusement pour nous, le vent est bien présent. Tant pis, le mauvais temps étant de nouveau annoncé, nous installons la tente rapidement en choisissant l’espace le plus en contre bas sous le col. Un muret fait de branchage devrait limiter le risque de voir notre tente souffrir de trop cette nuit. Régis nous rejoint une heure plus tard et campe juste au-dessus de nous. L’endroit est moyen pour sa tente, mais il est trop avancé sur l’horaire pour continuer à randonner. C’est aussi cela le PCT, savoir s’accommoder de conditions pas toujours idéales. Nous sommes par contre surpris, la journée aura été étonnamment solitaire. Peu d’animaux sont visibles, seuls quelques rares oiseaux de temps en temps font acte de présence. Pour ce qui est des humains, c’est pire, nous ne verrons que deux hikers, Régis inclus. À croire que les autres PCTistes ont préféré éviter le mauvais temps. Difficile d’imaginer que nous étions théoriquement cinquante au départ il y une quinzaine de jours. Nous, nous y sommes dans le mauvais et on se prépare à une rude nuit. On va pouvoir tester un peu plus encore les choix faits. Nous espérons que les mérinos, bonnets et duvets seront efficaces. Bref on se claquemure et on écoute le grésil sur la toile. Au bout d’un moment, la neige devenant plus présente, les sons se font plus faibles et cotonneux. La température dans la tente reste trop basse à notre goût, -1°C. Le vent réussit à empêcher que notre chaleur réchauffe notre abri. Par contre et par chance dans les duvets c’est confort et isolation idéale. Dehors, on préfère ne pas savoir. Vivement l’hôtel dans 15 km. Go to Canada. J19 J18 Coon Creek Campground J18 Vue sur le Mont San Gorgonio J18 San Jacinto J18 le PCT sous la neige J18 les flancs est d’Onyx Peak J18 Pause hydratation J18 les arbres grandissent J18 Erwin Lake J18 Campsite au couchant J18 CampSite dans le froid One step back Désert du Mojave One step forward

Jour 17 ~De Mission Creek à Coon Creek Campground

20 km 1800D+  250D- durée 9 h 40 Journée infernale. Uniquement trois kilomètres de chemin ont survécu à l’effrayante montée des eaux dans Mission Creek. La tempête de l’année dernière a été extraordinairement destructrice. L’ouragan de l’été 2023 a ravagé la rivière, et la vallée. Le PCT n’existe plus. Nous devons marcher dans le torrent que l’on va traverser au moins une cinquantaine de fois. Nous avançons très lentement, dans un environnement minéral, sans ombre. Les berges font plus de 5 à 10 m de haut. Par endroit des falaises ont contenu les flots et canalisé l’onde furieuse. On devine à des hauteurs incroyables les stigmates du passage des débris, et des morceaux d’arbres sont restés accrochés à plus de 15 mètres au-dessus de nos têtes. Le sol est, de surcroît, encore instable. Les galets du lit du torrent ne sont plus solidaires entrent eux. Le nombre de chutes par déséquilibre va sévèrement faire douter du bien fondé de l’aventure. Heureusement, nous savons que nous ne sommes pas seuls, et que le Canada, c’est devant nous ! Hélène fera quand même une vilaine glissade avec une contusion du poignet. Rien de cassé, du moins on l’espère. C’est une belle alerte. Un rien peut vous arrêter. Mentalement, ce n’est pas simple de rester concentré sur l’objectif : avancer, avancer et encore avancer. Le moral en prend un sacré coup. La pause de midi au milieu de cet immense canyon est salvatrice, et permet de se remobiliser. Nous avons fait la plus grosse partie. Nous devrions commencer à voir le bout du tunnel sous peu. En pratique ce sera quand même long, et peu aisé. Les six randonneurs que nous sommes, en errance, donneraient probablement une image peu glamour de la fantastique aventure du PCT. Des noms d’oiseaux seront même entendus sur cette section. Pour nous cela sonne un rien exotique ces jurons en anglais. Trop cool. En plus, insensiblement, mais sûrement, nous montons. Nous avons au bout de 6 h 30 de galère, grimpé plus de 850 mètres de dénivelé pour une distance d’à peine 14 kilomètres. Jamais nous n’avons marché aussi lentement, au mieux, 2 kilomètres par heure ! Et pourtant… ce n’est pas fini ! Après un ravitaillement de plus de quatre litres, sympa pour le dos, d’une eau limoneuse et marron, nous devons attaquer la suite de l’étape du jour. Nous savons que nous attends 800 mètres d’ascension, mais cette fois-ci sur… 3 kilomètres. Décidément ce PCT a l’art de se faire côtoyer les extrêmes. Une rapide montée dans un court canyon, perpendiculaire à Mission Creek, et nous rejoignons enfin le tracé officiel. Alès, Mission Control et Janet, épuisés par les difficultés, restent dormir au pied de la dernière épreuve. L’endroit offre peu de couchage, mais devrait suffire. Régis, Hélène et moi repartons en suivant le PCT. Il serpente en lacets serrés et nous arrivons au croisement permettant de s’affranchir de la suite de Mission Creek. Nous apprécions l’humour de nos prédécesseurs. Dans le topo il est écrit, « à la côte 2000, cherchez sur votre droite un bandana rose dans un pin. Le chemin démarre entre deux buissons, droit dans la pente ». Effectivement, les informations sont justes, le bandana est bien la. La sente prend l’azimut, tout droit le long d’une arrête isolée au milieu de nulle part. La trace est parfois à peine visible, l’inclinaison terrible, sollicitant les mollets plus que de raison. Cela va être redoutable à parcourir. Le raccourci « Walk Ridge » dans le bush sera un de ce grand moment du PCT. L’ambiance de fin de journée avec vent, soleil rasant, et surtout froid mordant nous rappelle violemment que nous sommes en montagne. Nous devons nous habiller, avec veste, doudounes et gants. Pas simple. Nous retrouvons enfin le PCT sur les hauteurs et passons quelques minutes à apprécier la vue sur les monts enneigés nous entourant. Nous repartons vite en direction de la zone de couchage, Coon Creek Campground est dans trois kilomètres. Nous devrions y être rapidement. Sauf que… les névés dans les pentes raides sont omniprésents. Nous réussissons tant bien que mal à avancer malgré la neige à mi-cuisse. Nous arrivons vers 19 h 00 épuisés au campsite. Nous montons la tente à 2400 m d’altitude, dans une cabane miteuse, sans fenêtres, et portes. Ce sera quand même suffisant pour, à la fois se protéger du vent, du froid, mais aussi des ours. Un randonneur présent nous conseille de faire attention et de bien utiliser les boîtes métalliques à l’extérieur. Quand nous sortons pour y déposer nos victuailles… il neige ! Nous mangeons rapidement à la lumière de nos lampes frontales et on s’endort dans les duvets en espérant une nuit réparatrice. Vive les vacances. Keep going. J18   J17 Mission Creek J17 Première de nombreuses traversées J17 Mission Creek falaises J17 Berges de Mission Creek J17 affluent de Mission Creek J17 dans le bush J17 Sur le walk Ridge J17 Hélène et Régis en haut de Walk Ridge J17 au loin Mission Creek J17 Emgan et Hélène en haut de Walk Ridge J17 Mont San Gorgonio J17 Le mauvais temps arrive J17 En route vers Coon Creek Campground One step back Désert du Mojave One step forward

Jour 16 ~De Bannings à Mission Creek

27 km D+ 1400 D+ 900 D- durée 8 h30 Les jours se suivent, et ne se ressemblent heureusement pas. Après la laborieuse avancée hier, entre cauchemar, et mauvais rêve, ce jour est tout autre. C’est inattendu d’arriver à faire une étape aussi longue, sans souffrir, en appréciant ce que le chemin offre à découvrir.  Le repos à Banning, chez l’incroyable trail Angel nous a aidés à récupérer physiquement. La veille au soir, après un trajet routier sportif sur l’highway, nous avons pu laisser nos affaires au domicile de celle-ci. Après avoir mangé et bu plus de que raison de l’eau et des sodas, un passage par le WallMart local a permis un ravitaillement solide pour les quatre prochains jours. Nous voilà prêts pour aller sereinement à Big Bear. L’étape en balcon, entre désert et zone plus « alpine » est un condensé de ce qui fait le charme du chemin dans cette Californie du Sud. Le PCT s’enfonce de nouveau plein nord dans d’immenses canyons arides entre des collines pelées. Il offre de nombreux points de vus en cinémascope sur le toujours présent Mojave à notre droite et les contreforts des Monts San Gorgonio dans le lointain. Les paysages grandioses se méritent ici, car il faut réellement avancer plus encore dans la géologie tourmentée de territoires isolés ou l’humain n’a pas sa place. Heureusement, nous progressons vite et cela fait du bien au moral.  Nous devons, par contre, rester extrêmement vigilants. Hélène se fait peur à deux reprises, en ne voyant pas les serpents à sonnettes. Pas cool. Quelques jours plus tard, une infortunée randonneuse se fera mordre, et évacuer vers l’hôpital. Par chance, elle ne sera pas envenimée.  Après une longue portion de montées, descentes, et d’alternance de petits cols en transition, nous découvrons au détour d’un virage l’immense rivière White, qui se dessine au loin. C’est impressionnant, nous devinons aussi que la tempête tropicale d’août 2023 a été d’une rare violence. Celle-ci en débordant, a détruit ses berges et laisse un amoncellement chaotique de roche, sables, arbres. Après une pause repas, à l’ombre, nous suivons celle-ci en rive droite. Le chemin alterne entre portions absentes et intactes, louvoyant au plus prêt du lit du torrent. Après quelques kilomètres, nous arrivons à un mur de terre de plus de quatre mètres de haut, que nous franchissons une centaine de mètres en aval du tracé officiel, sur les conseils d’Alès et Mission Control, deux randonneurs que nous avons rencontrés il  y a quelques jours. S’en suit une traversée peu agréable sur des galets roulants, qui permet toutefois de passer au plus facile. Nous inaugurons notre première traversée ou «river-crossing». Ce n’est pas compliqué à condition de rester prudent. Par contre, c’est surprenant, malgré une eau peu profonde, cela pousse vraiment fort. Les bâtons sont d’une réelle aide pour ne pas tomber.  Nous continuons à avancer et remontons ensuite la berge gauche de White River. Notre objectif est d’arriver à Mission Creek dans la soirée, prochaine rivière que nous devrons suivre vers le nord sur une quinzaine de kilomètres. Dans la descente vers le lit du torrent, nous croisons de nouveau Janet qui nous a distancées, du fait de ma gastrite. Elle a monté sa tente au premier espace disponible au bord de la rivière. Nous décidons de marcher deux kilomètres pour aller au couchage suivant identifié dans le topo. Surprise, celui-ci a tout simplement disparu, rasé lui aussi par la tempête de 2023. Régis, qui était parti plus tôt que nous ce matin, est là. Il est à la recherche d’un lieu où établir sa tente. La zone est détruite, recouverte d’amas d’arbres arrachés, tordus, de galets ou rochers divers. Nous avons repéré un banc de sable, une centaine de mètres plus bas. Nous lui suggérons de rebrousser chemin. La proposition est validée et nous pouvons enfin nous poser. L’endroit est incroyable et plutôt engageant. Bouquet final de la journée, ce soir nous dormons dans le lit de la rivière.  Par contre, une interrogation se fait. Où est le PCT ? Ça s’annonce compliqué pour la suite, les berges sont à plus de quatre ou cinq mètres et visiblement le PCT a disparu. Nous croisons d’autres randonneurs qui sont à se poser les mêmes questions. Après discussion à plusieurs, nous décidons de partir demain, en groupe, à six pour plus de sécurité. Il y aura donc Alès, Mission Control, Régis, Janet, Hélène et moi. En espérant ne pas trop être en difficulté pour la suite.  Will see. J17 J16 Départ de la passe de San Gorgonio J16 en montée vers le col de Yucca J16 Emgan au col de Yucca J16 fleur de Chia J16 Hélène au col de Yucca J16 En route vers White River J16 White River au loin J16 Le San Jacinto J16 White River berge nord J16 White River J16 fleur de Yucca J16 White River après la tempête J16 Horned lezard J16 Du San Jacinto au Monts San Gorgonio One step back Désert du Mojave One step forward